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Editions Robert Laffont, S.A., Paris, 2005
ISBN 2-221-10395-5
Le métier de vivre
" Le Professeur disait toujours : 'Ne demande pas ton chemin à celui qui le connaît mais à celui qui, comme toi, le cherche.' " Leçons particulières, Hélène Grimaud, p151.
Le poète italien Cesare Pavese écrivit deux tomes passionnés sur "le dur métier de vivre". Hélène Grimaud ne le cite pas dans Leçons particulières mais, à un moment vital où les forces de sa protagoniste chancellent et déterminent une échappée hors d'un emploi du temps comble et figé, elle en éprouve le défi au cours d'un voyage improvisé. Sa protagoniste ? Le personnage central de son récit. Elle-même ? Une autre aussi, certainement : mise en scène à travers un conte initiatique. Elle écrit "Je" et nous raconte une histoire, détour par l'imaginaire d'une quête réelle de soi, du désir, de la ferveur. Chez Hélène Grimaud, l'ombre des poètes qu'elle aime est toujours inspiratrice. Elle insuffle une dynamique à ses propres rêves, porteuse, idéale. Qui dirait que Rimbaud est moins présent ici que dans Variations sauvages, son précédent livre ? "Je est un autre", écrivait-il... Hélène Grimaud, implicitement, tire un roman de cette pensée, imagine le fabuleux et incessant voyage qui peut ramener chacun à soi. Sans fin, au fil des rencontres les moins prévisibles, les plus simples ou les plus troublantes. Chaque personnage sur son chemin incarne alors un reflet de son existence passée ou un signe de son avenir, un signe intensément présent qu'elle écoute avec vigilance. Les références des lectures qu'elle dévore avec écarquillement, la puissance des musiques qui la traversent, l'histoire qui la soulève sont autant de strates qui légitiment son écriture, lui reconnaissant profondeur et résonance. Et puis soudain, au milieu du roman, surgissent trois pages libres et légères, une étrange envolée, mystérieuse et allègre, une échappée belle au-delà de toute référence... Sur la plage du Lido où s'attarde Hélène, une petite fille retient son regard : "Elle était lovée sur la plage, couchée sur le flanc, indifférente aux bateaux qui passaient l'un après l'autre sur la mer, les genoux ramassés vers son menton." (p.91) Cette furtive vision lui suggère une variation troublante et libre sur un thème inattendu : "De quoi sont faites les petites filles ?" Le mystère de ce qui la conduit à écrire, jouer ou élever des loups se donne ici tout entier, hors de toute justification, dans l'oubli (ou la condensation, aussi fine qu'une buée) de tout ce qu'elle a pu apprendre. Il semble alors que batte dans ces trois pages le coeur de Leçons particulières : chair, gouffre, ombres et lumière "de quoi sont faites les petites filles", cette vibration inconsciente des rêves qu'adultes, nous brûlons de retrouver. Là, tout le livre est mis en abyme, et le voyage d'Hélène bifurque... Elle porte en elle l'immensité, et la cherche.
Une aventure autobiographique ? Comme peuvent l'être les rêves, certainement !
Un roman ? Oui, et qui se lit avidement, avec fluidité !
Une écriture ? Simple, aiguë, touchante... Intense, toujours.
Mais, n'ajoutons rien... à chacun sa lecture...
(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 23 novembre 2005)
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