ISBN : 978-2-213-63561-3 • 2007 • 520 pages

 

 

" On peut se demander qui, de l'homme ou de la nature, est musicien. ou plus exactement, puisqu'il n'y a musique qu'à travers notre oreille et notre entendement, si la musique commence quand on la fait ou quand on l'entend." Pierre Schaeffer, cité p115.

 

Le monde même des bruits peut-il s'abstraire du décor sonore qui nous environne pour se révéler musical ? C'est autour de cette grande question que le compositeur, avant tout ingénieur et chercheur, Pierre Schaeffer a donné le jour à la musique concrète en 1948 avec son Concert de bruits. Dès lors, la frontière entre art musical et technique se mit à trembler : on désacralisait le premier en insufflant à la dynamique du son (sa matière, ses formes, ses énergies) un pouvoir inattendu, une puissance génératrice d'imaginaire, jusqu'alors insoupçonnée. Les sons pouvaient être enregistrés tels quels et transformés ou, produits par oscillations à l'aide d'appareils tout à fait nouveaux, être manipulés. L'essentiel était d'écouter un son enregistré sans en chercher la cause afin de favoriser l'abstraction qui délivre "l'entendre" du "faire", tout en stimulant ce dernier. Évelyne Gayou, elle-même compositrice et membre du Groupe de Recherches Musicales depuis 1975, retrace de l'intérieur les soixante ans de la musique concrète et les cinquante ans du GRM (fondé en 1958), avec une formidable précision, une clarté conceptuelle passionnante et un sens du récit captivant. Son livre offre aussi bien quelques-unes des clés du surréalisme, du dadaïsme, du futurisme ou du sérialisme afin d'y confronter les idées de la musique concrète, que la mise en exergue de fortes personnalités dont les idéaux se retrouvèrent ou s'opposèrent pour créer des mouvements musicaux extrêmement forts. Si Pierre Schaeffer fut la figure de proue de la musique concrète, il sut séduire Pierre Boulez un temps avant que celui-ci ne lui batte méprisamment froid. Schaeffer et le GRM voyaient en la musique concrète une fracture dans la façon d'écouter et de penser, voire même d'être musicien. Boulez et l'Ircam ne considéraient les nouvelles technologies que comme un avantage compositionnel, sans plus. Qu'en est-il alors de l'électroacoustique et de la musique acousmatique ? Et avez-vous évoqué John Cage, Karl-Heinz Stockhausen, Olivier Messiaen ? Toutes vos questions sont prises en considération, traitées avec soin, intelligence, finesse et méthodologie par Évelyne Gayou, toujours limpide, très consciente des enjeux de notre époque et par conséquent fascinante. Elle nous plonge dans une histoire musicale vivante, toujours en mouvement et qui interroge encore aujourd'hui nos habitudes auditives.

(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 4 février 2008)

 

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