ISBN : 978-2-221-10526-9 • 2007 • 329 pages

 

 

" L'humanité est la vérité de la musique." Zhu Xiao-Mei.

 

Que cache ce titre, si poétique et mystérieux : La Rivière et son secret ? Un cheminement éprouvant, terriblement long et initiatique pourtant, qu'il nous est impossible d'imaginer, à nous Occidentaux, lorsque est prononcée cette périphrase encore étanche de "révolution culturelle". Zhu Xiao-Mei, reconnue aujourd'hui comme une pianiste exceptionnelle, professeur au Conservatoire national de musique de Paris où elle vit désormais, raconte sa propre histoire et, à travers celle-ci, témoigne d'une époque effroyable où les pires exactions furent commises au nom de la Chine de Mao et de la dignité du peuple chinois. Cependant, à aucun moment la musicienne, dont l'adolescence et les débuts de l'âge adulte furent volés dans les camps révolutionnaires, ne se laisse aller à la colère ni à l'esprit de vengeance. Elle regarde avec recul la lente destruction que l'endoctrinement et la violence d'une dictature peuvent infliger à des esprits simples dans un monde pauvre et privé d'horizon. Elle ne s'épargne pas davantage, observant ses propres trahisons sans moins les juger que celles de ses compatriotes d'alors, crédules, manipulés, dépossédés de toute individualité et par conséquent de toute compassion. Il s'agit, non pas de la Chine, mais d'une certaine Chine, emportée par un totalitarisme aveugle comme ont pu l'être d'autres nations, d'autres peuples, avant, pendant ou après elle...

Une profonde douceur, un calme impressionnant rythment le récit en deux temps de cette femme exilée : "En Chine" puis "En Occident", qu'ouvre et que ferme une aria dans laquelle résonne la voix de sa grand-mère. Zhu Xiao-Mei écrit au présent, avec une intensité sobre et tranquille, d'autant plus émouvante. La principale constante de son existence, son dévouement le plus fidèle, ce qui la sauve et la réconcilie avec l'humanité et sans doute la pousse à écrire ce bouleversant témoignage, est sans conteste la musique. Et puis, ces paroles de Lao-tseu, énigmatiques jusqu'aux dernières pages du livre : "La bonté suprême est comme l'eau / Qui favorise tout et ne rivalise avec rien. / En occupant la position dédaignée de tout humain / Elle est tout proche du Tao."

Zhu Xiao-Mei nous livre ainsi, à travers sa propre expérience, un voyage spirituel, indissociable de l'imagination artistique et, par dessus tout, de la musique.

(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 2 décembre 2007)

Lire notre présentation du cd de Zhu Xiao-Mei : Les Variations Goldberg (Mirare)

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