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MUSIQUE DE CHAMBRE |
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Claude Debussy (1862-1918)
:
Sonate n°1 pour violoncelle et piano /
Valse "La plus que lente"/ Scherzo / Intermezzo.
Francis Poulenc (1899-1963)
:
Sonate pour violoncelle et piano /
Bagatelle en ré mineur / Sérénade / Suite française .
Jean-Guihen Queyras (violoncelle), Alexandre Tharaud (piano) . (HMC
902012) COUP
DE COEUR !
Une fois de plus, le duo français Alexandre Tharaud/Jean-Guihen Queyras suit ses intuitions avec une intelligence et une émotion sûres, rétif aux préjugés dans lesquels l'histoire musicale enferme parfois notre écoute. Queyras confie combien l'espièglerie de la Sonate pour violoncelle et piano de Debussy le charme depuis ses douze ans, et il subodore le même engouement pour celle de Poulenc de la part d'Alexandre Tharaud ! La complicité des interprètes traduit avec finesse les affinités musicales de Poulenc et Debussy, a priori étonnantes (le Groupe des Six auquel appartint Poulenc critiquait ouvertement les "brouillards impressionnistes" du "debussysme"), et pourtant profondément claires. Les deux compositeurs, que 37 ans séparaient, défendaient une même conception du vif et gracieux esprit français contre l'emphase "teutonne". Poulenc, atteint selon lui de "debussyte aiguë", revendiquait ses amours légères pour le café concert, son amour de l'opéra et des recherches libres tandis que Debussy en appelait à Couperin et Rameau, à l'élégance naturelle, à l'humour et à l'ironie. Le programme de Queyras et Tharaud enchâsse quelques œuvres tendres et facétieuses de Poulenc parmi quelques autres de son aîné Debussy, troublantes, ironiques et d'une vigueur chaleureuse. Leurs sonates respectives articulent nettement le propos puisque s'y mêlent la douceur et l'humour, la fêlure émouvante et le rire qui l'illumine. Le violoncelliste et le pianiste en expriment l'intensité avec un naturel désarmant, sans fioritures. On les quitte vivifiés, le sourire aux lèvres !
(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 6 octobre 2008)
Félix
Mendelssohn-Bartholdy (1809-1847)
:
Trios pour piano, violon et violoncelle
(Trio n°1 en ré mineur, op.49 / Trio n°2 en ut mineur, op.66).
Trio
Wanderer : Vincent Coq
(piano),
Jean-Marc Phillips-Varjabédian (violon), Raphaël Pidoux (violoncelle). (HMC
901961)
"(...) que la joie ne me fasse jamais oublier que le coeur des choses, l'essentiel, est sérieux et qu'étant sérieux, je pense toujours que le sérieux véritable est serein, et non sombre et froid, voilà ce dont je suis certain." Félix Mendelssohn, 1830, lettre à sa mère, citée dans le notice de Guido Fischer.
Pour les vingt ans du Trio Wanderer, cet enregistrement des Trios de Mendelssohn rayonne de sonorités vives et claires, avec une intensité que les années n'ont pas émoussées. Luminosité, grâce et sérénité habitent ces oeuvres d'un équilibre raffiné et d'une fraîcheur toujours passionnée. Au siècle du romantisme, Mendelssohn évoquait encore les envolées émouvantes de Mozart, cette grave transparence qui habite la sensibilité sans la ternir. Dans ces Trios N°1&2, le Trio Wanderer trouve la justesse des belles envolées mélodiques, la vivacité des rythmes enlevés, la subtilité des danses aériennes et féeriques, et pour le deuxième, la finesse élégiaque d'une douce mélancolie, plus légère qu'un voile... La virtuosité et la finesse de ces belles pièces, vives et entraînantes, troublent notre perception du réel, nous laissant entrevoir la force qui régit nos actes les plus incertains, cette énergie de vivre avec tendresse et sensualité.
(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 9 octobre 2007)
Quatuors à cordes N°5 & 6.
Béla Bartok
(1881-1945)
:
Quatuors N°5 Sz.102, N°6 Sz.114.
Arcanto Quartett
: Antje Weithaas (violon), Daniel Sepec (violon), Tabea Zimmermann (alto),
Jean-Guihen Queyras (violoncelle). (Harmonia
Mundi HMC 901963)
Le Quatuor Arcanto, né en 2002 sous l'impulsion de musiciens solistes d'une extrême sensibilité et d'une personnalité vive et affirmée, réussit un album puissant et fascinant autour des deux derniers quatuors à cordes de Béla Bartok. Cinq ans séparent les Quatuors 5 et 6 du compositeur hongrois mais l'intensité et la concision plus que jamais les rapprochent. Bartok a écrit ses Six Quatuors à cordes de 1908 à 1939, chacun d'entre eux cristallisant un moment crucial de son écriture musicale, tout comme un événement fort de sa vie personnelle. Très poignante, leur expressivité les range aux côtés des modèles du genre de la première moitié du XXe siècle, auprès de ceux de Schoenberg, Berg ou Webern ; d'aucuns les tiennent pour les dignes descendants de la tradition beethovenienne... Taillé d'un bloc, le Cinquième s'ordonne symétriquement, avec une verve sombre et burlesque, tout en ruptures de ton et contrepoints. Le Sixième se déploie autour d'une ritournelle mélancolique qui en unifie l'intimité et l'expression très personnelle. Bartok l'a commencé en Suisse et achevé à Budapest, juste après l'invasion de la Pologne et la mort de sa mère ; plus rien alors ne le retient en Hongrie... Les accents éloquents de l'alto et du violoncelle développent une atmosphère étrange, d'une force pleine et troublante. Queyras, Sepec, Weithaas et Zimmermann captent avec finesse les déferlements d'énergie qui éclairent la musique de Bartok, et saisissent les silences soudains qui la ravine, brusquement comme un froncement de sourcils ou lentement comme une joie pensive.
(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 11 juillet 2007)
Quatuors à cordes N°6, 8 & 11.
Dmitri Shostakovich
(1906-1975)
:
Quatuors N°6 op.101, N°8 op.110, N°11
op.122.
Jerusalem Quartet
: Alexander Pavlovsky (premier violon), Sergei Bresler (second violon),
Amichai Grosz (alto), Kiryl Zlotnikov (violoncelle). (Harmonia
Mundi HMC 901953)
Ce bel album dédié à Shostakovich est habité de la lumière sombre et profonde que désignait déjà celui des Quatuors n°1, 4 & 9, paru chez Harmonia Mundi en 2005 (HMC 901865 - voir ci-dessous). Si Shostakovich ne nous a légué qu'une quinzaine de quatuors, nous savons qu'il espérait en composer vingt-quatre, chacun d'entre eux reprenant une des vingt-quatre tonalités existantes, destinées à être représentées en vue d'un cycle complet. Le temps lui fut trop court... Le musicologue averti y décèle de véritables jeux de sens que la technique explique quand le jeu des musiciens en partage l'évidence sensible et poignante. Gérard Condé nous rappelle dans la notice que le Sixième quatuor, écrit en Sol majeur, s'altère en La bémol et Mi bémol, emprunts napolitains signifiant l'idée de mort. Celle-ci plane obstinément dans l'univers du compositeur marqué sous l'ère stalinienne par la disparition de nombreux amis. Le huitième quatuor composé en 1960 après qu'il avait visité Dresde en ruines, n'est-il pas dédié "aux victimes de la guerre et du fascisme" ? Mais ce sens inaltérable du tragique ne se dépare jamais chez Shostakovich d'une conscience aiguë de la vanité de l'existence et de l'absurdité de l'ego en représentation. Clarté structurelle et lucidité rééquilibrent toujours la tension mélodramatique toujours plus coupante qu'un rasoir. Ne voulait-il pas aussi que cette œuvre soit "à sa mémoire" de son vivant, pour compenser celles qu'aucun compositeur ne lui écrirait jamais en hommage à sa mort ? Le sens du dérisoire et l'humour cynique trompent volontiers les épanchements trop sérieux. Et pourtant, le troublant Quatuor n°11 vient encore nous contredire : à la mémoire du second violon du Quatuor Beethoven, il évoque l'angoisse et la vivacité de réactions, les soubresauts d'un désespoir farouche qu'ennoblit la tendresse. Les musiciens du Jerusalem Quartet rendent chacune de ces nuances perceptible, avec une délicatesse et une acuité qui impose la concentration, instille la fébrilité et installe une atmosphère vive et tonique.
(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 24 mai 2007)
En archives 2005, voir également :
Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Quatuors n°1 op.49 en Ut majeur, n°4 op.83 en Ré majeur, n°9 op.117 en Mi bémol majeur. Jerusalem Quartet (Alexander Pavlosky, premier violon / Sergei Bresler, second violon / Amichai Grosz, alto / Kyril Zlotnikov, violoncelle). (Harmonia Mundi, HMC 901865)
Nous fêterons bientôt le centième anniversaire de la naissance de Dimitri Chostakovich et, malgré l'abondante littérature qui tente de cerner l'un des compositeurs les plus troublants de l'ère stalinienne, contraint à la dissimulation sous la folie oppressive d'un régime de terreur, sa musique amplifie le mystère de sa personnalité. Puisqu'il considérait lui-même ses quatuors comme l'expression idéale d'un "théâtre de l'intime", cet album souligne à point nommé la complexité et les ambiguïtés de son œuvre. Chostakovich n'aborda le genre du quatuor qu'à 32 ans. Il conçut le premier, après sa Cinquième symphonie, comme un exercice de style qui se mua vite en expression vivante et incarnée, aussi stimulante qu'une rencontre imprévue avec la liberté. A tel point qu'il inversa l'ordre des mouvements composés : il mit littéralement en scène son quatuor, de la mélancolie vers une toute contagieuse gaîté ! Il le voulait "printanier", comme le signe d'une éclosion nouvelle. Il en écrivit ensuite quatorze autres en l'espace de 30 ans. Le Jerusalem Quartet a choisi de poursuivre sa sélection par l'angoisse pénétrante du n°4, terminé en 1949 mais créé en 1953 après la mort de Staline. Vrillé d'inquiétude, halluciné et fantastique, c'est une plongée tourbillonnante dans un puits sombre où retentissent l'histoire, le passé, le folklore et l'âme russes. Le n°9, qui date de 1964, sans être tout à fait apaisé, redevient plus intime, lyrique et ... toujours vigilant. On y sent les douloureuses séquelles de la peur, les ombres intranquilles et tenaces malgré la tendresse et le désir inassouvi de réelles métamorphoses. L'interprétation vibrante du Jerusalem Quartet explore les blessures d'une musique tendue vers la lumière, illumine la souffrance du compositeur dans sa vitalité profonde et surprend ses sourires, furtifs, intenses, poignants.
(Isabelle Françaix, Bruxelles, 6 décembre 2005)
Piano Trios.
Ludwig Van Beethoven
(1770-1827)
(Piano Trio in D major Op.70 N°1 "Ghost"),
Dmitri Shostakovich
(1906-1975)
(Piano Trio N°2 in E minor Op.67).
Trio Cracovia : Krzysztof Smietana (violon), Julian Tryczynski (violoncelle),
Jerzy Tosik-Warszawiak (piano). (DUX 0541)
On a beaucoup parlé de Stimmung pour décliner l'univers musical de Beethoven, cette expressivité censée faire éclater les règles du classicisme : atmosphère, humeur, émotion préromantique qui ouvre la voie à l'égalité des instruments en musique de chambre. Le piano, dans un trio, ne fait plus office de basse continue, mais épanche avec expressivité son propre discours. Dans le Trio Op.70 n°1 de Beethoven, composé en pleine maturité, le piano dessine en murmurant l'étrangeté d'un paysage invisible et suspendu dont la fougue du violon et les élans du violoncelle révèlent les impulsions vitales. Le Trio Cracovia en restitue à merveille la tension si particulière qui suscite l'excitation, maintient la fébrilité et livre des pages musicales dynamiques, soulevées d'une étrange joie, profonde et troublante. En écho à ce trio dit "fantôme", l'Op.67 de Shostakovich, composé après la mort d'un des amis les plus proches du compositeur, Ivan Sollertynsky, souligne le potentiel dramatique d'une telle formation de chambre : trois voix instrumentales se rencontrent, se coupent, s'entrelacent, se heurtent avec angoisse. On y ressent avant tout une richesse émotionnelle presque brute, âpre et pourtant traversée de chaleureux et vifs passages peut-être dédiés aux souvenirs partagés... Le piano de Jerzy Tosik-Warszawiak évoque les caprices de la houle parfois violente, souvent affolante, le violon de Krzysztof Smietana chante intensément contre le vent qui emporte la mémoire, dont le violoncelle de Julian Tryczynski semble redessiner les méandres, répercutant la tristesse et l'effroi. L'Allegretto final, et si bien connu, sonne ici avec cohérence comme une invitation à de nouveaux voyages, une poursuite au-delà de toute fin, contre le chaos et l'absurdité.
(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 24 mai 2007)
Esprit de suite.
Marin Marais
(1656-1728)
(Suite),
Igor Stravinsky
(1882-1971)
(Suite italienne),
Marcel Tournier
(1879-1951)
(Suite d'images n°4),
Manuel de Falla
(1876-1945)
(Suite populaire espagnole).
Duo Hallyncq : Sophie Hallyncq (harpe), Marie Hallynck (violoncelle). (Fuga
Libera FUG519)
Les soeurs Hallyncq, la violoncelliste Marie et la harpiste Sophie, se retrouvent en d'inattendus duos, fruits d'intelligents et sensibles arrangements, tous retravaillés par Sophie Hallyncq elle-même, qui garde intacte la Suite d'images n°4 de Marcel Tournier dédiée à la harpe solo. Invités à partager leur "esprit de suite" qui nous rappelle avec humour que ces deux musiciennes en ont aussi dans les idées, nous savourons l'étrange présence du violoncelle, sombre et intense, et de la harpe, magique et légère. Virtuoses, Sophie et Marie Hallyncq, savent tirer parti de ces contrastes extrêmement sensuels, de la pudique mélancolie de Marin Marais à l'humeur joyeuse et entraînante de Stravinsky, pour terminer après le charme ensorceleur des mélodies instrumentales de Tournier, par les crépuscules lascifs de de Falla. Cependant, il règne ici une telle douceur, une chaleur si prenante que les attaques du violoncelle manquent parfois de vif et de mordant, comme engourdies par la touffeur des sensations... L'articulation s'amollit, l'horizon s'embrume et parfois les sons se perdent un peu quand le rythme s'emballe. Mais la finesse et l'intelligence des interprètes ainsi que leur évidente complicité tend joliment le fil de notre écoute.
(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 24 novembre 2006)
Franz Schubert
(1797-1828)
:
Sonate pour arpeggione
(violoncelle) et piano D.821 / Das Wandern D.795* / Ungeduld D.795* / Die Vögel
D.691*/ Sonatine pour piano et violon op.posth.137 D.384* / Wiegenlied D.498*/
Nacht und Traüme D.827* -
Anton
Webern
(1883-1945)
:
3 petites pièces pour violoncelle
et piano op.11 -
Alban
Berg
(1885-1935)
:
4 pièces op.5 pour violoncelle et
piano.
(*
Transcriptions pour violoncelle et piano de Jean-Guihen Queyras & Alexandre
Tharaud)
Jean-Guihen Queyras (violoncelle),
Alexandre Tharaud (piano). (HMC 901930)
Deux musiciens sensibles apprivoisent le rythme sur un fil tendu entre "le désir, la sensualité, la mort"*, thèmes fondamentaux des morceaux qu'ils ont choisis chez Schubert, Berg et Webern, transcrivant des lieder pour que chante le violoncelle au gré de ce nouveau voyage musical, intense et dansant. Le violoncelliste Jean-Guihen Queyras et le pianiste Alexandre Tharaud ont imaginé autour de l'Arpeggione de Schubert, qu'ils aimaient particulièrement jouer ensemble, un programme subtil et lumineux, sous lequel vibrent la mélancolie et l'angoisse, brûlante, secrète... Le mal d'être qui instille à la vie et aux notes qui s'envolent leur profonde joie, leur élan passionné, leur essence. Queyras et Tharaud ne donnent jamais l'impression de "faire" de la musique en duo ; celle-ci semble naître, naturellement, de leur rencontre. La concision et la sobriété des pièces de Schubert, Berg et Webern rayonnent de leur délicate expressivité, où la notion de jeu prend ici sa mesure, la vie se cachant en d'étranges silences, surgissant tout à coup des soubresauts d'une libre atonalité aux douceurs mélodiques des berceuses, entre de furtifs abîmes et de troublantes sensations... Le violoncelle de Queyras, poignant, rappelle à l'homme sa présence ici-bas, sa vocation à être, malgré tout ; le piano de Tharaud lui dessine un espace entre "Nuit et rêve", un intervalle où s'invente, sur le néant, l'inexplicable émotion, la responsabilité humaine de contenir le monde, librement. L'intelligence de leur programme nous entraîne dans un cheminement touchant et léger, intense et détaché, approfondissant les heures qui pourtant passent encore.
* Selon les termes de Jean-Guihen Queyras lui-même.
(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 21 septembre 2006)
Astor Piazzolla
(1921-1992)
:
Tiempo del Angel :
Verano Porteno / Milonga del Angel
/ Fuga y Misterio / Oblivion / Contrabajisimo / Melodia en La menor / Muerte del
Angel / Chiquilin de Bachin / Invierno Porteno.
Isabelle Chardon (violon
solo), Dirk Van de Moortel (violon), Philippe Allard (alto),
Eric Chardon (violoncelle), Alain Denis (contrebasse), Léonardo
Anglani (piano) & Jean-Christophe Delporte (accordéon). (Fuga
Libera FUG603)
Autour de l'accordéoniste belge Jean-Christophe Delporte se rassemblèrent six artistes classiques compatriotes, tous amoureux du Tango nuevo de Piazzolla, pour former l'ensemble Astoria. Cet album les réunit autour de la figure d'un ange sensuel et troublant comme les rues chaudes de Buenos-Aires toujours hantées par les milongas et melodias du compositeur argentin. Leur interprétation emporte par sa tranchante clarté, presque électrique, tout en contraste avec leur passionnante poursuite d'un mystère tapi dans l'obscurité. Les instruments rôdent, s'accouplent, se séparent, se cherchent, se perdent et se rejoignent avec une joie percutante, encore empreinte de la nostalgie qui l'a précédée. On entre certainement dans une faille du temps où s'engouffrent les rêves, les espoirs, la douceur et d'où jaillit une violence pulsionnelle et instinctive, résolument vitale. Le livret de cet album s'enrichit des visions picturales de l'artiste français Jacques Crahay : chacune de ses peintures, mieux qu'un long discours, évoque l'ambiance des morceaux choisis. Le regard y est mis en abyme, effaré, brûlant, dislocateur, s'embrasant dans un soupir...
(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 22 juin 2006)
Franz Schubert
(1797-1828)
:
Duos pour piano et violon :
Fantaisie en Ut majeur op. posth.
159, D.934 / Sonate en La majeur op. posth. 162, D.574 / Rondo brillant en si
mineur op.70, D.895.
Isabelle Faust,
violon
et Alexander Melnikov,
piano. (Harmonia Mundi, HMC
901870)
Quel frémissant et gracieux duo que celui des jeunes interprètes Isabelle Faust et Alexander Melnikov ! La violoniste française et le pianiste russe redessinent avec une douceur légère les pleins et les déliés de l'âme schubertienne, dans un répertoire pour lequel le grand romantique allemand composa peu mais de manière très variée. L'ambiguïté hante cependant ces pièces destinées à un public de salon qui n'en comprit pas toujours immédiatement l'étrangeté ni les nuances. Leur vitalité se lit certes dans la vélocité des exigences virtuoses mais elle s'alimente des tensions qui la suscitent, entre joie et questionnement, enjouement et angoisse diffuse. Rondeau, fantaisie, sonate... les cadres se fissurent, éclatent, secoués de subtils frissons dramatiques et pétillants d'ardeur. Le violon d'Isabelle Faust sait chuchoter sans perdre un gramme de sa musicalité. Lorsqu'il s'éraille, c'est dans la maîtrise et l'émotion, tandis que le piano d'Alexander Melnikov, sombre et grave, sait galoper avec une soudaineté entraînante. Ni l'un ni l'autre ne cèdent aux lieux communs, aux facilités, à l'excès de savoir-faire ni au lyrisme évident... Ils racontent plutôt des états d'âme vacillante, tout en confidences et éclats de rire.
(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 4 mai 2006)
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