Flûte, clarinette, hautbois

 

 

 

    Johannes Brahms (1833-1897) : Sonatas op.120 : N°s 1 & 2 pour clarinette et piano. Jon Manasse (clarinette), Jon Nakamatsu (piano). (Harmonia Mundi HMU 907430)

            La petite histoire des Sonates pour clarinette et piano illustre un coup de foudre musical énergisant dans la vie de Brahms. En 1890, à 57 ans seulement, le compositeur, qui se sentait trop vieux pour continuer à écrire, avait rangé ses portées et s'était résigné à son inspiration tarie. C'était sans compter sa rencontre avec Richard Mühlfeld de 23 ans son cadet, prodigieux clarinettiste autodidacte, qui l'émut tant par son jeu que Brahms se remit pour lui frénétiquement à l'écriture dès 1891, avec une intensité qui témoignait de son profond bouleversement. Composées en 1894, les Sonates op.120 sont ses dernières œuvres de musique de chambre ; elles affirment son goût pour les caractéristiques sonores de la clarinette déployées sur trois octaves et elles explorent sa préférence pour l'expressivité élégiaque, dans un registre grave, voire sombre, cependant chaleureux et émouvant. Cette grâce caressante du timbre de l'instrument, insinuante et aérienne, se révèle entre ombre et lumière dans le contrepoint rigoureux qui l'unit au piano, ferme, nerveux et tendre. Sans doute la première sonate est-elle légèrement plus sombre que la première, mais la nuance est infime : il s'agirait plutôt d'une forme de langueur mélancolique électrisante, qui s'épanche sans pouvoir se résoudre autrement que dans le chant inéluctablement insaisissable de la clarinette, objet d'inspiration et de désir. Ce troublant équilibre, ou ce déséquilibre maîtrisé, Jon Manasse le restitue avec une sensualité parfaitement mesurée aux côtés de l'élégance pianistique de Jon Nakamatsu, puissante et modérée.

 

(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 3 avril 2008)

 

Antonio Vivaldi (1678-1741) : Concertos pour flûte Op.10 N°1 à 6, RV 440 & RV 429. Emmanuel Pahud (flûte), Australian Chamber Orchestra, dir. Richard Tognetti (violon). (EMI 0946 3 47212 2 6)

            Bien qu'on ne commémore la naissance ni la mort de Vivaldi, on peut bien affirmer qu'il est en toute saison à la fête... et si vous y entendez deux jeux de mots un peu faciles, c'est sûrement qu'ils sont inévitables ! Ceci dit... ne boudons pas ses concertos pour flûte traversière, vifs, légers et indémodables, surtout lorsqu'ils sont joués par Emmanuel Pahud, agile et enjoué. On nous parle volontiers de "l'âge d'or de la flûte traversière" en évoquant le dernier quart du XVIIe siècle et surtout de l'extrême inventivité de Vivaldi en ce domaine, un des premiers (après l'Anglais Robert Woodcock en 1727) à l'entourer de pimpantes et sémillantes cordes dans de jolies et bien galantes trilles. Richard Tognetti et l'Australian Chamber Orchestra s'expriment tout à fait en dignes gentilshommes autour du fringant Pahud... Belle interprétation, mais rien de nouveau pour éclairer la virevoltante chevelure rousse de Vivaldi.

 

(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 18 avril 2006)

 

 

Robert Schumann (1810-1856) : Drei Romanzen op.94, Märchenerzählung op.132, Fünf kanonische Studien aus op.56, Fantasiestücke op.73 / Max Bruch (1838-1920) : Trois pièces de op.83, n°1, 6, 7. Trio di Clarone : Sabine Meyer (clarinette) - lire notre entretien avec la clarinettiste -, Wolfgang Meyer & Reiner Wehle(clarinette, cor de basset). Kalle Randalu (piano).  (Avi-music 53010)

            Langueur romantique pour le Trio di Clarone, fondé en 1983 par Sabine Meyer, son époux Reiner Wehle et son frère Wolfgang Meyer, autour d'un instrument peu commun : le cor de basset, ou clarone (en italien) pour lequel Mozart composa cinq divertissements. Cet instrument de la famille des clarinettes, possède une grande richesse harmonique ; très long, il doit être posé par terre pour être joué. Sa tessiture large et sombre se prête volontiers aux élans doux et profonds des pièces choisies de Max Bruch et Robert Schumann, très parlantes et proches desdites "chansons sans paroles" (Lieder ohne Worte) du romantisme lyrique des deux compositeurs. Le piano de l'Estonien Kalle Randalu se glisse d'ailleurs dans les mélodies de Schumann en partenaire bien davantage qu'en accompagnateur. Nous sommes pleinement dans une musique de chambre qui dialogue avec émotion, pleine et suave, comme portée par une confiante sérénité, sans accrocs ni inquiétants remous. Elle glisse, lisse et tranquille, légère et posée... Nulle aspérité n'en trouble l'écoute. Le Trio di Clarone et Kalle Randalu choisissent la délicatesse et la limpidité, parfaitement unis dans une même vision calme, voluptueuse et raffinée.

 

(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 18 avril 2006)

 

 

Johann Sebastian Bach (1685-1750) : A Flauto Traverso : Les Quatre Sonates authentiques pour flûte traversière. Benedek Csalog (flûte traversière), Miklos Spanyi (clavicorde, pianoforte).  (Ramée RAM0404)

            La flûte traversière trouve dans le clavicorde un allié de choix qui respecte la tendresse et la délicatesse de ses sonorités sans jamais l'étouffer ni s'y heurter. En effet, nous explique Miklos Spanyi, soliste à l'orgue, au clavecin, au clavicorde, au pianoforte ou au piano à tangentes (par ailleurs continuiste et chef de nombreux ensembles), le son du clavicorde est plus faible encore que celui du pianoforte, mais son vibrato soutient davantage le son. N'était-ce pas, selon Forkel, l'instrument préféré de Jean-Sébastien Bach, pour lequel il écrivit Le Clavier bien tempéré ? La douceur des variations colorées et la rondeur des sons du clavicorde et du pianoforte de Spanyi se marient avec souplesse au raffinement de la flûte traversière de Benedek Csalog, sensible et légère. Ces quatre sonates de Bach, lumineuses et joyeuses, nous promènent en d'aériens paysages, clairs et joyeux, d'une transparence vaporeuse, subtilement voilée. Peut-être cependant l'inépuisable suavité des interprètes manque-t-elle ici de piquant, d'un mordant qui réveille et, par contraste, saisisse la vivacité de ces pièces agiles et gracieuses. Trop de douceur et de subtilité enlisent parfois ce qui devrait être équilibre et sérénité dans une certaine torpeur...

 

(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 15 juillet 2005)

 

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Quatuors pour flûte et cordes, K285, K285a, K285b, K298. Quintette pour clarinette et cordes K581. Oxalys (Toon Fret, Nathalie Lefèvre, Shirly Laub, Frédéric d'Ursel, Elisabeth Smalt, Martijn Vink)  (FUG506)

                L'ensemble Oxalys saisit avec une piquante finesse la touchante ambivalence de Mozart, vivante en chacune de ses compositions, qu'il s'attaque à un opéra ou s'adonne à la musique de chambre : l'humour le dispute toujours à la mélancolie, la gravité s'estompe en allégresse. L'irruption d'un instrument à vent parmi les cordes favorise volontiers cette passerelle rêveuse entre le sérieux et le divertissement. Pourtant, ce n'est pas tout à fait de Mozart qu'en vint l'idée puisque c'est le physicien Ferdinand Dejean, qui lui fut présenté par le flûtiste de la Cour à Mannheim, Jean-Baptiste Wendling, et lui commanda "quelques concertinos simples et brefs ainsi que quelques quatuors avec flûte". Mozart y glissa ses thèmes favoris, exubérants, galants et tendres, ce qui valut à la musique quelques belles pages alertes et expressives, élégamment dialoguées. Oeuvres de circonstance, certes, mais spirituelles et pétulantes. Son Quintette pour clarinette et cordes est historiquement la première œuvre réunissant de tels instruments. Elle exalte avec beaucoup de raffinement le timbre chaleureux de la clarinette, explorant son registre avec raffinement dans une douce allégresse, toujours teintée de cette pointe de mélancolie où, chez Mozart, se réfugie  la tendresse. L'ensemble Oxalys marque par sa précision et sa finesse, ses sonorités brillantes et chaudes, son éclat et sa profondeur. Il nous guide en un charmant voyage, vif et serein, où l'on s'émerveille sans songer à plus tard.

 

(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 5 mars 2005)

 

Michel Blavet (1700-1768) : L'Insinuante (Préludes de Mr. Blavet / sonate 2 'La Vibray' / Sonate 4 'La Lumagne'/ Gigue en rondeau / Sonate 3 / Sonate 2 / 'La Dhérouville') Frank Theuns, Marc Hantaï (flûtes traversières), Martin Bauer (viole de gambe), Ewald Demeyere (clavecin), Wim Maeseele (théorbe) (Accent, ACC 23154)

                Michel Blavet fut le plus célèbre flûtiste du milieu du XVIIIème siècle, et sans doute le père des suivants ! La flûte traversière venait d'être améliorée à la fin du XVIIè et son tout nouvel aspect permettait d'obtenir de grandes, belles et pures nuances de son. La virtuosité et la finesse de Blavet, sa légèreté et sa limpidité lui valurent les louanges et les égards de la Cour. Bien qu'autodidacte, il fit preuve de dons si exceptionnels qu'il devint membre de la Musique de Chambre du Roi, premier flûtiste de l'orchestre d'opéra de l'Académie Royale de Musique, soliste en concerts privés et professeur recherché de la noblesse. La mainmise royale sur l'évolution de la musique n'avait plus la poigne de fer de Louis XIV et la France s'ouvrait à d'autres influences que celle bien française (malgré les origines du sieur en question) de Lully ! Ainsi, sous la régence de Philippe d'Orléans, l'Italie pouvait de nouveau enthousiasmer les musiciens. Les oeuvres de Michel Blavet adoptent la forme de la Sonate, essentiellement italienne, mais intègrent les danses telles que la sarabande, la gavotte ou la gigue, en référence à la Suite en plusieurs mouvements, très française. Les morceaux choisis de cet album proviennent surtout de son recueil de Sonates mêlées de pièces pour la flûte traversière avec la basse (1732) ainsi que de son Troisième Livre de Sonates pour la flûte traversière avec basse (1740), tandis que le titre générique L'Insinuante fait référence à son premier recueil de pièces. Insinuantes, enivrantes, endiablées, obsédantes.. autant d'adjectifs pour les flûtes de Frank Theuns et Marc Hantaï, musiciens virtuoses au souffle inspiré, allègres ou mélancoliques, toujours charmeurs, irrésistibles. Leur jeu irradie de la grâce aérienne des pièces de Michel Blavet, vive et ensorceleuse, touchante sans se vouloir démonstrative, virevoltante et libre de tout maniérisme.

 

(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 21 janvier 2004)

 

 

Luigi Boccherini (1743-1805) : Six Quintettes à flûte, OP.17 N°1,5,6 & Op.19 N°2,4,5. Beatrice Jaermann (flûte), Quatuor Sine Nomine ( Patrick Genet, violon / François Gottraux, violon / Hans Egidi, viole / Marc Jaermann, violoncelle) (Claves, CD 50-2202)

            Elégance enjouée, raffinement, charme discret pour ce très honnête enregistrement des Quintettes à flûte de Luigi Boccherini, qu'il qualifiait lui-même d'"opera piccola" ou "petites oeuvres". Les opus 17 et 19, respectivement composés en 1773 et 1774 correspondent aux années prolifiques et heureuses où le compositeur bénéficiait de la protection de l'Infant d'Espagne. On y décèle une liberté éprise de légèreté dont la particularité fut d'ailleurs fort appréciée de Haydn lui-même qui qualifia Boccherini de "génie" tant il admirait ses compositions pour cordes. Mozart fit également référence à la maîtrise et l'inventivité du compositeur italien, de surcroît violoncelliste virtuose. Le Quatuor Sine Nomine, prisé pour son intégrale des quatuors et quintettes de Brahms, ses trois quatuors d'Arriaga ainsi entre autres que ses quintettes de Schubert, contribue à sortir de l'ombre de Haydn un Boccherini prolifique que la discographie relègue trop souvent au rang de "complément". L'interprétation soignée de cet ensemble parfaitement accordé à la flûte agile de Béatrice Jaermann, si elle manque parfois de mordant, de surprise ou de caractère, souligne avec vitalité la plaisante harmonie des oeuvres choisies.

 

(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 14 mars 2003)

 

 

Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Suites BWV 1010-1012, Transcriptions de Marion Verbruggen pour flûte à bec des originales pour violoncelle seul. Marion Verbruggen (flûte à bec). (HMU 907260)

            Le défi est de taille : comment transcrire avec richesse la texture polyphonique des doubles cordes du violoncelle pour un instrument plus monodique encore, tel que la flûte à bec ? Bach aurait-il approuvé une telle conversion alors qu'il n'a jamais considéré la flûte à bec comme un instrument soliste ? Seule la sensibilité de l'interprète peut déterminer la réussite de cette entreprise plutôt risquée. L'aisance aérienne de la virtuose néerlandaise Marion Verbruggen déploie avec naturel toute l'inventivité de Bach : l'étoffe et la complexité de ces Suites, malgré leur conception pour un instrument seul, se démultiplient dans la résonance de la flûte à bec. Elle rejoint la gravité originelle du violoncelle sans gommer ses propres couleurs : légère, spontanée, virevoltante, elle s'élève avec mélancolie, touchante de grâce sensuelle et éphémère. Destinées, on le suppose, à un élève, ces Suites de Bach ajoutent aux quatre vieilles danses de la suite traditionnelle baroque (allemande, courante, sarabande, gigue) un prélude et une danse moderne en deux parties (menuet, bourrée ou gavotte). Marion Verbruggen révèle tant leur beauté entraînante et gaie que leur douceur languide et nostalgique. Lumineux, simple et apaisant comme le souvenir d'un soir de bal à la lueur des étoiles.

 

(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 13 avril 2001)

 

 

James & Jeanne Galway (flûtes) : Hommage à Rampal. Francois Devienne (1759-1803) : Concertos n°7 & 8 pour flûte et orchestre / Domenico Cimarosa (1749-1801) : Concerto pour deux flûtes et orchestre de chambre. London Mozart Players. (RCA 09026 63701-2)

            Voici un bel et joyeux hommage au flûtiste français Jean-Pierre Rampal que James Galway reconnaît comme "son héros" : à treize ans, nous raconte-t-il, il découvrit à la radio les sonorités fluides et impeccables de ce musicien qu'il chercherait à rencontrer à Paris, des années plus tard, alors qu'il étudiait au Conservatoire. Rampal, qui n'y enseignait pas, accepta cependant de lui consacrer une heure de cours, lors de laquelle naquit une belle amitié doublée d'une estime réciproque. Galway renoue ici avec les débuts de la flûte traversière qui, si elle fut créée à la fin du XVIIème siècle sous le nom de "flûte allemande", ne tarda pas à être fort prisée des Français, amoureux de ses sonorités spirituelles et élégantes, capables avec distinction de jouer les drames les plus flamboyants. François Devienne, l'un des pères fondateurs du Conservatoire de Paris, rédigea pour la flûte une Nouvelle Méthode et composa pour cet instrument des centaines de morceaux dont plus de douze concertos. Son Concerto n°7 écrit en 1787 pendant l'agitation révolutionnaire évoque la grâce et le feu des virevoltes mozartiennes tandis que le n°8 écrit en 1794 tend plus manifestement vers Beethoven. Domenico Cimarosa, quant à lui, ravissait l'Italie de ses opéras comiques. Puisque de ses concertos, deux seulement ont survécu, réjouissons-nous que s'il en reste un pour clavecin, l'autre se destine à deux flûtes avec un humour et un brio galopants, dignes de l'opéra bouffe ! James et Jeanne Galway, les deux époux flûtistes, s'en donnent à cœur joie avec bonheur, vivacité et intelligence.

 

(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 4 avril 2001)

 

 

Toru Takemitsu (1930-1996) : I hear the Water Dreaming, Musiques pour flûte. Patrick Gallois (flûte), BBC Symphony Orchestra dir. Andrew Davis. Avec Göran Söllscher (guitare), Fabrice Pierre (harpe) et Pierre Henri Xuereb (viole). (DG 453459-2)

            Nous voici emportés à la dérive d'un monde que seule la musique peut évoquer, subtile rencontre du Japon et de la France, entre l'eau, le vent, le son et le rêve. On rapproche volontiers le compositeur japonais Toru Takemitsu des Français Messiaen et Debussy. Lui-même revendique clairement son attachement à Satie, dont il a arrangé pour flûte et harpe l'un des Préludes pour piano : flottements harmoniques libres, sons détimbrés, apesanteur, légèreté gracile du Fils des Etoiles. Le son se promène comme une chose vivante, au gré des courants naturels de l'eau et du vent : "I hear the water dreaming, Toward the sea, And Then I knew 'twas wind, air..." Traduisez : "J'entends l'eau rêver, Vers la mer, Et j'ai compris que c'était le vent, Air..." autant de titres inspirés de la nature et de la poésie. Takemitsu ne cite-t-il pas, en guise d'introduction aux trois versions de "Vers la mer", Moby Dick, de Herman Melville : "Que le plus distrait des hommes soit plongé dans ses rêveries les plus profondes (...) et il vous conduira infailliblement vers l'eau (...). Oui, comme chacun sait, la méditation et l'eau sont intimement liées." La flûte se prête à cette mystérieuse évanescence que l'on retrouve dans le shakuhachi traditionnel japonais, sorte de flûte en bambou à laquelle se substitue ici la flûte en bois de Patrick Gallois, délicate et onirique. Songes fugitifs, épisodes lyriques calmes et rhapsodiques, caresses envoûtantes de la harpe de Fabrice Pierre... pour une évasion mélodique imprévisible, insaisissable et spirituelle.

 

(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 27 juillet 2000)

 

 

Michala Petri : Scandinavian Moods. London Philharmonic Orchestra, dir. James Judd. Avec Bo Skovhus (baryton), Niels-Henning Orsted Pedersen (double-basse) et Finn Ziegler (vibraphone). (RCA Red Seal 74321679502)

                Et nous serons comme les enfants qui suivent le joueur de flûte de Hamelin, captivés par la légèreté lumineuse de Michala Petri… Nous n’avons pas besoin d’être allés dans ces beaux pays du Nord dont les noms nous semblent magiques et lointains : la Suède, la Norvège et le Danemark existent d’abord dans notre imaginaire. C’est là qu’habite la Reine des Neiges, c’est dans ces vastes étendues de forêts, de montagnes et de fjords que nous avons accompagné Nils Holgersson dans son merveilleux voyage. Les musiques de Grieg, Nielsen ou Alfven, nous les connaissons pour les avoir rêvées : elles éveillent immédiatement nos souvenirs et notre joie de vivre. Cette douce mélancolie et ces sourires nostalgiques pour des airs traditionnels qui n’appartiennent pas à nos contrées, sont pourtant bien les nôtres !

                Ce disque d’ « atmosphères scandinaves » ressuscite le folklore nordique du XVIIIème siècle à nos jours. Des compositeurs contemporains, tels que le Norvégien Rolf Lövland, le Suédois Evert Taube ou le guitariste danois Georg Riedl ne nous sont pas inconnus. Lövland permit à Secret Garden de remporter l’Eurovision en 1995 ; quand à Riedl, il rendit célèbre le générique du feuilleton télévisé Fifi Brin d’Acier, d’après Astrid Lindgren. Nous trouvons également pour la première fois l’enregistrement d’un poème d’Andersen, chanté par le baryton Bo Skhovus mais malheureusement pas traduit ! Dommage, car une partie de notre plaisir nous est volé…

                Il n’en reste pas moins que nous passons un agréable moment de douceur et d’enchantement en compagnie de Michala Petri.

                Profitons-en pour souligner qu’un autre disque, cette fois chez Decca, célèbre les musiques du Nord : Barbara Bonney y chante quelques Diamonds in the Snow, accompagnée superbement par Antonio Pappano. Rendez-vous à notre rubrique voix !   

 

(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 22 janvier 2000)

 

 

 

 

 

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