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Mario
Castelnuovo-Tedesco
(1895-1968) :
The Duo Favori Series, vol.VI.
Les
guitares bien tempérées : 24 préludes et fugues pour 2 guitares op.199.
Duo Favori : Barbara Gräsle et Frank Armbruster
(guitares).
2 CDs (Tacet 141)
Pour leur nouvel opus chez Tacet, Barbara Gräsle et Frank Armbruster, qui créèrent le Duo Favori en 1986 à Stuttgart pendant leurs études au Conservatoire, réalisent un premier enregistrement mondial des Guitares bien tempérées qui furent commandées en 1962 à Mario Castelnuovo-Tedesco par Presti et Lagoya. Or, on oublia la plupart des œuvres du compositeur né à Florence, d'origine séfarade espagnole, émigré aux Etats-Unis en 1939 jusqu'à la fin de ses jours ; lui reprochait-on son penchant pour le folklorisme ? Ses cinq opéras restent dans les tiroirs et hormis ses partitions pour guitare et son Second concerto pour violon et orchestre, créé en 1933 par Heifetz et l'Orchestre Philharmonique de New York dirigé par Toscanini, le mélomane serait bien en peine de citer ses autres pièces ! Frank Armbruster qualifie le style de Castelnuovo-Tedesco de "méditerranéen et cantabile", nous saisissant par contraste de la diversité de ses Guitares bien tempérées, hommage évident à Bach et pourtant condensé rondement mené de trois siècles de musique : audaces stravinskiennes, dissonances à la Bartok, mouvements lents de sonate propre à Beethoven, accords "pianistiques" empruntés pour la guitare à Chopin, flirts jazzy, danses anciennes, menuet, gavotte et musette... Préludes et fugues se libèrent de leur définition, l'élargissent ou l'écartèlent. Les guitares inventives de Castelnuovo-Tedesco jouent avec les traditions, tout en respectant leurs charmes. C'est en tout cas à cette compréhension du compositeur que nous invitent les deux interprètes du Duo Favori : leurs guitares s'entendent avec une grande clarté, développant un son extrêmement net, si distinct et articulé qu'il en est presque coupant. On prête plus attention à la diction du propos, à sa structure effilée qu'à sa fluidité ; le jeu de Barbara Gräsle et Frank Armbruster raconte moins qu'il n'énonce, étincelant mais aride. A travers eux, l'écriture de Castelnuovo-Tedesco en ressort intelligente et cristalline, néanmoins tendue et peut-être trop rigide.
(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 11 juin 2005)
Mauro Giuliani
(1781-1829) :
Concerto pour guitare 3 (op. 70) ; Gran Quintetto pour guitare "terzina" et
Cordes (op.65) ; Variations pour guitare "terzina" et quatuor à Cordes (op. 101,
102 & 103)
Edoardo Catemario
(guitare),
Wiener Akademie,
dir. :
Martin Haselböck (Arts - 47689-2)
Second album dans l’œuvre pour guitare & orchestre de Mauro Giuliani par le tandem Catemario – Haselböck dont nous avions déjà évoqué avec fortes louanges les nombreuses qualités musicales. Cette nouvelle incursion s’inscrit dans le même esprit de continuité artistique, et achève le périple concertant d’un instrument et de son répertoire pour lequel Giuliani n’a cessé d’innover et d'expérimenter. Rappelons que le premier volume donnait une lecture dynamique et historiquement des plus abouties de deux concertos pour guitare (Giuliani en composa quatre dont seuls trois subsistent) sur l’instrument jumeau de la fameuse guitare dite Pons l’aîné de 1825, construite et offerte à l’impératrice Marie-Louise de Habsbourg (épouse de Napoléon) qui en fit don à Mauro Giuliani. Cette fois, Edoardo Catemario s’intéresse au troisième concerto pour guitare « terzina », instrument plus petit qui offrait la possibilité de faire monter le diapason d’une tierce mineur et octroyait de ce fait des tonalités que sa cousine classico-romantique ne pouvait atteindre. On pense d’ailleurs que Giuliani en fut le concepteur et principal utilisateur, ce qui contribua grandement à asseoir sa notoriété. L’un des grands avantages de cet instrument était aussi son gain de puissance dans les aigus, qui lui permettait de rivaliser et rayonner en parfaite symbiose avec l’instrumentation de l’orchestre dans les tutti, sans risquer d’être étouffé par le volume sonore global. Partant de ces considérations historiques, Edoardo Catemario se prête au périlleux jeu d’équilibre des résonances, dicté par une virtuosité époustouflante qu’il transcende par une intériorité musicale doucement contrastée. L’accompagnement de Martin Haselböck à la tête de la Wiener Akademie se révèle idéal dès l’introduction du premier mouvement, car il esquisse lui aussi l’alchimie des contrastes virtuoses plein d’élans et la musicalité inhérente à l’œuvre. C’est d’ailleurs grâce à cette esthétique unificatrice que le guitariste se balade entre la partie d’orchestre et son solo pour mieux affirmer son tempérament. Nous avions déjà souligné avec ravissement la puissance festive, la pudeur d’émotions brutes et le panache d'Edoardo Catemario dans ce redoutable répertoire, il nous faut ajouter ici son caractère ludique, curieux et insatiable. Les trois opus de Variations pour guitare « terzino » et le Gran Quintetto montrent une facette obscure de Mauro Giuliani pour la musique de chambre, qu'Edoardo Catemario exhume avec la même finesse, la même fougue et la même générosité.
(Noël Godts, Bruxelles, le 22 mars 2005)
Sérgio &
Odair Assad (guitares), Fernando Suarez Paz
(violon) : Live in Brussels :
Pièces
de Jacob Bittencourt, Carlos Gardel, Juan Carlos Cobian,
Astor Piazzolla, Egberto Gismonti, Pixinguinha, Charlie Chaplin. (GHA
126.055)
Lire notre
interview d'Odair Assad
! Et notre page Agenda des concerts !
Quelle tonique et brûlante rencontre que celle des frères Assad et du tango ! Elle remonte bien plus loin que ce bel album de notes vives, trépidantes, larges, désespérées et lumineuses où les étoiles, fulgurantes et malicieuses, s'unissent à la nuit, ample et profonde. Leur découverte d'Astor Piazzolla, qui composera pour eux la Tango Suite (1985), enchanté d'entendre sa musique transcrite pour deux guitares, fut sans doute le point de départ d'une exploration curieuse et intense de cet univers de sensualité dévorante, douloureuse et poignante. La présence sur ce disque du violoniste Fernando Suarez Paz, qui fut membre de 1978 à 1998 du Quinteto Nuevo Tango de Piazzolla, exalte à leurs côtés quatre morceaux du compositeur argentin (Milonga per tre, Escualo, Ausencias et Revirado), la beauté caressante et déchirante d'El dia que me quieras de Carlos Gardel, la douceur brésilienne si dansante de Pixinguinha et celle, mélancolique et souriante, de Charlie Chaplin. Dans Los mareados de Cobian, le duo Assad évoque la même lumière, mystérieuse, amoureuse, vivante. Ajoutons à leur programme les élans jazzy de Gismonti dont la formation fut classique, et l'hommage dynamique au plus grand mandoliniste de chôro, Jacob Bittencourt : feu, humour, émotion, plaisir d'un jeu qui partage illuminent cet enregistrement live débordant de spontanéité et d'ardeur maîtrisée.
(Isabelle Françaix, Bruxelles, 21 septembre 2004)
Badi Assad (guitare et voix):
Dança das ondas :
Pièces
de Badi Assad, Sérgio Assad, Leo Brouwer, Marcos Ferreira,
Chico Buarque, Milton Nascimento & Fernando Brant, Roland Dyens... (GHA
126.053)
Le concert de la famille Assad, qui aura lieu au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles le 29 octobre 2004 (voir notre page Agenda des concerts !), titille notre curiosité : on aurait envie de connaître chacun des membres de cette curieuse famille, passionnée de musique et joyeusement créative ! Profitons vite du tout dernier album de Badi Assad, sœur enthousiaste et talentueuse du duo Odair et Sérgio Assad. Une suggestion de Leo Brouwer l'a tout simplement conduite à reprendre huit pièces de son premier album tout en y ajoutant quatre nouvelles chansons car elle ose pour la première fois faire entendre sa voix. Avec justesse et sensualité, "voix et guitare respirant ensemble, dans un contexte acoustique naturel", comme elle l'explique avec humilité, presque timidité. Mais il est clair qu'elle y imprime un style très personnel, tendre et langoureux, que dynamisent ses percussions vocales. Délicate et fine, presque tremblée, caressante jusqu'au murmure, sa voix chante de tendres confidences tandis que ses doigts ressuscitent avec une force claire et assurée des rythmes populaires brésiliens rêvés par des compositeurs classiques. La danse des ondes de Badi Assad charme, envoûte et vous enveloppe de douceur.
(Isabelle Françaix, Bruxelles, 21 septembre 2004)
Göran
Söllscher / Eleven-String Baroque :
Oeuvres de J.S. Bach, Ernst Gottlieb Baron, François
Couperin, David Kellner, Johan Anton Logy, Johan Pachelbel, Johan Helmich Roman
& Silvius Leopold Weiss. (DG
474815-2)
Cela fait maintenant plus de vingt ans que Göran Söllscher affirme son éclectisme musical par diverses incursions dans des répertoires aussi curieux que populaires. Ce fut notamment le cas de deux albums consacrés aux Beatles et d'un autre dédié à Piazzolla. Le voici cette fois dans son répertoire de prédilection, l'ère baroque, dont il visite certaines des grandes figures emblématiques. Orienté autour de Bach et Weiss, son album offre un panel passionnant des différentes approches stylistiques consacrées à la guitare dans une période musicale qui accordait plus volontiers son intérêt au luth. Ceci explique d'ailleurs que la plupart des pièces interprétées ici sont des transcriptions empruntées au répertoire du luth baroque, du clavecin ou encore du violon, adaptées pour une guitare à onze cordes (accentuant ainsi le jeu de basse propre au luth). Göran Söllscher s'approprie quelques fleurons baroques dont on perçoit différents potentiels de sonorité. Cette source d'inspiration donne lieu à de superbes moments d'intensité musicale que l'instrumentation originelle ne relaie d'ailleurs pas toujours avec la même force. C'est le cas des Barricades mystérieuses de Couperin dont on découvre ici les charmes complexes finement élaborés dans une transcription fidèle et respectueuse. Le Tombeau sur la mort de Mr. Comte de Logy de Weiss évoque avec ferveur l'hommage du compositeur à Logy dont Göran Sölsscher propose également dans cet album une suite qui illustre à merveille les multiples liens existant entre les différents membres de la grande famille baroque. Ce recueil évoque avec nostalgie le caractère solitaire d'un instrument, le luth, que Bach, Pachelbel, Weiss et Logy ont contribué à servir avec un raffinement tout particulier. Cet assemblage concocté par Göran Sölsscher peut paraître un peu disparate au néophyte mais il est le reflet d'une vie au service d'un instrument trimballé depuis des lustres à travers cinq continents. Baroque ou contemporain ne sont pour lui que des frontières artificielles pour une communication qu'il veut immédiate et sans détours.
(Noël Godts, Bruxelles, le 29 août 2004)
Mauro Giuliani
(1781-1829) :
Concertos pour guitare 1 (op. 30) & 2 (op.36)
Edoardo Catemario
(guitare),
Wiener Akademie,
dir. :
Martin Haselböck
(Arts - 47688-2)
Voilà un disque qui rend un vibrant hommage à celui qui fut sans conteste à la guitare ce que Liszt fut au piano et Paganini au violon. Virtuose, compositeur et collègue de Beethoven, Hummel et Moscheles (alors en pleine activité dans la capitale autrichienne), Mauro Giuliani fut sans nul doute le plus prolifique des compositeurs pour la guitare, instrument fraîchement transformé au XIXè siècle pour gagner en puissance et volume sonore, et jusqu'alors cantonné à l'accompagnement dans la musique de chambre. Mauro Giuliani, cheville ouvrière de son instrument, composa un nombre impressionnant d'oeuvres destinées à lui donner un caractère concertant et soliste par le biais de concertos (parmi les premiers du genre) et autres sonates ou pièces assimilées. Le grand atout de cet enregistrement est l'apport d'une guitare d'époque, la jumelle de la fameuse Guitare Pons l'aîné, 1825, construite et offerte à l'Impératrice Marie-Louise de Habsbourg (femme de Napoléon) qui en fit don par la suite au virtuose Mauro Giuliani. Le fabuleux instrument deviendra d'ailleurs bien vite le favori du compositeur et virtuose italien. Quoiqu'il en soit, Joseph Pons en fit deux exemplaires identiques dont l'un est ici superbement mis en valeur par Edoardo Catemario. Deux des trois concertos de Giuliani figurent dans cet album qui vient concurrencer de plein fouet l'intégrale jusqu'ici inégalée de Pepe Romero publiée dans les années soixante-dix chez Philips. Edoardo Catemario esquisse avec une puissance affinée et festive l'esprit résolument démonstratif du potentiel sonore et technique de son instrument sans l'exagération ou la gratuité de style que l'on pourrait facilement intégrer à ce répertoire. Les pièges techniques ne manquent pourtant pas chez Giuliani pour perdre le fil conducteur de mouvements superbement construits mais redoutables à mettre en place avec l'orchestre. Ici, chef et soliste harmonisent la musicalité de Giuliani et affinent une mélodie courtoise, propice au mille et uns tournoiements pyrotechniques. Lumineuse, réfléchie et finement élaborée, la démonstration de Catemario joue sur la simplicité des contrastes qu'il expose avec subtilité et panache. Sa virtuosité s'estompe pour laisser place à la pudeur d'émotions brutes, propres au préromantisme autrichien dont Giuliani est un témoin privilégié malgré une origine italienne qui donne ici une plus-value stylistique passionnante.
(Noël Godts, Bruxelles, le 26 août 2004)
Raphaëlla
Smits / Harmonie
du Soir :
Johann Kaspar Mertz
(1806-1856) :
Harmonie du soir, Le Romantique, Tarantelle,
Introduction et rondeau brillant /
Mauro Giuliani
(1781-1829) :
Le
Romarin, Sonate Op.15, Rossiniana
:
(Accent
ACC 23158)
Réputée depuis des années dans le répertoire romantique pour guitare et spécialement dans l’œuvre de Mertz, Raphaëlla Smits revient à ses anciennes amours pour un somptueux album qui complète le voyage initiatique qu’elle avait déjà entrepris précédemment chez Accent. Rappelons brièvement sa superbe palette sonore dans l’album « Romantic Guitar – Giuliani & Mertz », ACC8863 dans lequel elle avait révélé au grand public le guitariste et compositeur viennois Johann-Kaspar Mertz. La guitariste belge poursuit donc son périple avec des pièces très peu enregistrées de Mertz dont cette Grande Fantaisie, Harmonie du soir, qui ouvre son album. Limpidité, fluidité et investissement intègre sont les maîtres mots de cette entreprise finement aboutie. Pédagogue et initiatrice de nouvelles œuvres qui lui sont dédiées, Raphaëlla Smits possède un jeu des plus lumineux pour peindre les atmosphères en demi-teintes de Mertz et Giuliani dont on découvre une intériorité saisissante de naturel. Bien sûr Giuliani est plus « italianisant » que Mertz mais cela n’empêche nullement d’y trouver les caractéristiques propre au romantisme virtuose et cependant très intérieur dans les moments de recueillement. La Rossiniana no 1 de Giuliani est d’ailleurs comparable au grand thème et variations de la Chaconne de Bach si prisée des guitaristes… Un disque pétillant et passionnant !
(Noël Godts, Bruxelles, le 27 mai 2004)
Heinrich-Albert-Duo
(Joachim Schrader, Jan Erler, guitares) :
Vienna Guitar Duos.
Joseph Haydn/Ferdinando
Carulli (Symphony
Hob I:104),
Mauro Giuliani (Grandi
Variazioni concertanti per due Chitarri op.35),
Joseph Haydn/François de Fossa
(String Quartet Hob III:8),
Anton Diabelli
(Serenade op.63),
Ludwig van Beethoven/Ferdinano
Carulli
(Andante
variée).
(MDG 603 1235-2)
Le jeune Jan Erler (né en 1979) et son professeur depuis 1996, Joachim Schrader rendent hommage en un beau, clair et très mélodieux duo, aux compositions et arrangements pour guitare des classiques viennois. Bien qu'elle n'ait pas encore tout à fait atteint au XIXème siècle sa facture actuelle, la guitare était très appréciée au détriment du luth tombé en désuétude une cinquantaine d'années plus tôt. A sa place trônaient la lyre-guitare, l'arpeggione (proche du violoncelle) et une guitare à 6 cordes plus petite qu'aujourd'hui. Certes, le XIXème siècle aimait les arrangements. Comme Haydn était très populaire, il n'est pas étonnant de trouver ici une transcription d'époque de Carulli et une autre de de Fossa, toutes deux d'une grande habileté pour rendre les effets orchestraux. Mais c'est l'arrivée du virtuose Giuliani à Vienne qui fouetta les sangs de l'art de la guitare par sa fabuleuse dextérité mélodique. La Sérénade de Diabelli exigea pour la première fois une guitare tierce ("accordée d'une tierce plus haut que la première guitare normale"), ce qui a conduit le Heinrich-Albert-Duo à réduire la longueur des cordes d'une première guitare à l'aide d'un capodastre. L'entrain et la sensualité presque romantique en dynamisent fougueusement l'exécution tandis que l'adaptation de l'Andante variée de Beethoven par Carulli se fait plus intime et mystérieuse. Le Heinrich-Albert-Duo glisse imperceptiblement d'un registre à l'autre avec finesse et harmonie, respirant sur la volupté des silences, limpide et envoûtant.
(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 26 mars 2004)
Alexander-Sergei Ramirez :
Odyssey.
Oeuvres de Joaquin Perez Turina (Sevillana),
Carlo Domeniconi (Koyunbaba,
Op. 19),
Nikita Koshkin
(Merlin's
Dream),
Yuquijiro Yocoh
(Sakura -
Theme & Variations on a Japanese folk song),
Philip Houghton
(Kinkachoo,
I Love You),
William
Bland
(Nouveau
Rag),
Ernesto
Cordero
(Tres
Cantigas Negras),
Antonio
Lauro
(Valses
Venezolanos),
Alejandro
Nuñez-Allauca (Koribeni
No. 2),
Dilermando Reis
(Si Ela Perguntar),
Astor Piazzolla
(Verano
Porteño),
Francis
Bebey (The
Magic Box).
(DG
474 208-2)
Après un premier disque consacré exclusivement à Agustin Barrios Mangoré (voir plus bas), le guitariste péruvien propose cette fois une odyssée qui le mène dans une multitude de pays, représentés par des compositeurs pour la plupart inconnus du grand public. Turina, Cordera, Lauro, Piazzolla et Bebey sont les garants des obscurs Domeniconi, Koshkin, Yocoh, Houghton, Bland, Allauca et Reis qu'Alexander-Sergei Ramirez révèle avec un indéniable talent. Ce tour du monde dans l'oeuvre internationale pour guitare illustre les différentes visions des harmonies acoustiques de l'instrument associé à des percussions, comme auprès d'Alejandro Nunez Allauca. Véritable carte de visite de la guitare, Odyssey piste les influences du folklore et l'inspiration de la guitare chez des compositeurs aussi prolifiques qu'ingénieux. Techniquement très abouties, la majorité des oeuvres données à entendre sont des évocations musicales des racines de ces compositeurs toujours très près de l'histoire sombre ou heureuse de leurs pays. On y découvre un ragtime de l'américain William Bland qui mêle tradition et inspiration dans un savant tourbillon sonore. Fraîcheur et nostalgie bercent cette fabuleuse et inédite anthologie qui devrait sans aucun doute titiller les jeunes guitaristes en quête de répertoire.
(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 20 mars 2004)
John
Williams
: El Diablo Suelto.
Oeuvres de Fuigueredo, Canonico, Lauro, Riera, Lopez,
Gutierrez, Sojo, Fernandez, Borges & Montes. Avec la participation de
Alfonso Montes
(cuatro). (Sony
Classical SK90451)
Voilà un bien beau voyage initiatique que nous propose le guitariste australien John Williams ! Ses apparitions discographiques se faisant de plus en plus rares, on apprécie d'autant mieux l'éclectisme du programme composé de pièces appartenant au répertoire populaire du Venezuela. Antonio Lauro, Ovelio Riera, Pedro Lopez et quelques autres méconnus se partagent une affiche bigarrée dans laquelle on trouve également des adaptations pour guitare et cuatro, instrument national du Venezuela tenu par Alfonso Montes. Les guitaristes en herbe comme les professionnels reconnaîtront certainement en la personne d'Antonio Lauro l'ambassadeur du Venezuela mais il ne faudrait pas en oublier les autres compositeurs célébrés par un John Williams en toute grande forme. Les aficionados connaissent les Vals Venezolano de Lauro mais qu'en est-il de celles de Raul Borges ? Tout l'intérêt de ce disque réside précisément dans le choix d'oeuvres quasi inconnues du répertoire que John Williams permet de découvrir dans une interprétation de tout premier ordre. Il avait par ailleurs enregistré un disque chez CBS avec quelques compositions de Barrios et Ponce mais ici, il approfondit sa démarche en dénichant des inédits de la collection du légendaire guitariste-compositeur Alirio Diaz. John Williams raconte dans la notice de son disque comment il a pu le rencontrer à12 ans et... 50 ans plus tard, c'est avec humilité et affection qu'il reconnaît en lui l'inspirateur de sa passion pour la musique du Venezuela. A l'audition de son disque, on reconnaît sans hésitation les pérégrinations d'un passionné qui se donne pleinement à la guitare. John Williams règne depuis des décennies dans le royaume des guitaristes, aux côtés de son comparse Julian Bream avec qui il a fait quelques disques en duo. Il ne semble toujours pas avoir pris une ride musicale ! Amoureux de découvertes, ce disque est pour vous !
(Noël Godts, Bruxelles, le 20 janvier 2004)
Filomena Moretti (1973*) : Johann Sebastian Bach (Prélude, Fugue et Allegro BWV 998), John Dowland (Fantasia), Alonso Mudarra (Fantasia X), Joaquin Rodrigo (Tres Piezas Espanolas), Manuel de Falla (Homenaje a Debussy, Danza del molinero, Danza del fuego fatuo), Agustin Barrios-Mangore (Sueno en la floresta), Isaa Albeniz (Sevilla, Asturias, Leyenda-Preludio), Francisco Elxca Tarrega(Jota). (Transart TR 107)
Ce récital de Filomena Moretti enregistré en public le 20 décembre 2001 au Conservatoire Verdi de Turin, nous offre un intéressant voyage à travers les différents accents de la guitare au fil des époques et de son acceptation de plus en plus affirmée au coeur de la musique "noble" ! Le jeu clair et doux de la jeune guitariste, qui fut l'élève de Ruggero Chiesa après avoir obtenu son premier prix au Conservatoire de Sassari en Italie, lauréate de nombreux concours et titulaire de la Golden Guitar en 1998 pour son enregistrement de Fernando Sor sous le label Stradivarius, nous promène agréablement de Bach à Rodrigo en passant par Dowland, de Falla ou Albéniz... Elle puise intelligemment dans la diversité de leurs compositions, interprétant des pièces pour luth de Bach retranscrites par Chiesa, des fantaisies de Dowland et Mudarra qui, d'Angleterre ou d'Espagne , révèlent une proximité de langage, la rudesse ibérique et chatoyante de Tarrega, le presque minimalisme de Falla qui rend hommage à Debussy, l'inspiration indienne très romantique de Barrios, les sons tragiques d'Albeniz... Un très beau moment de sensibilité et de pureté tant le toucher de Filomena Moretti, d'une virtuosité naturelle, cristalline, dénuée de tout excès tapageur, crée une tendre intimité, un climat initiatique...
(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 11 mars 2003)
Andrés Segovia (1893-1987) : The Art of Segovia : Oeuvres d'Albéniz, Bach, Castelnuovo-Tedesco, Chopin, Debussy, Dowland, de Falla, Franck, Frescobaldi, Grieg, Haendel, Mendelssohn, Torroba, Moussorgski, Paganini, Pedrell, Ponce, Rameau, Rodrigo, Roussel, Scarlatti, Scriabine, Segovia, Sor, Tarrega, Turina, Villa-Lobos 2CDs (DG 471697-2)
Après son extraordinaire hommage, The Segovia Collection en quatre cds époustouflants, au "père de la guitare" (voir plus bas), Deutsche Grammophon complète son exploration du travail et de l'art du génial autodidacte par une nouvelle sortie riche et émouvante. Certes, Andres Segovia incita ses contemporains à composer pour la guitare afin qu'elle puisse enfin, dans le monde classique, "tutoyer le violon et le piano" : il éveilla à sa cause le romantisme d'inspiration nationale de l'Espagnol Torroba, de l'Italien Castelnuovo-Tedesco, du Mexicain Manuel Ponce et fut le premier interprète des concertos pour guitare et orchestre des précités puis de Rodrigo, Turina, Roussel, Tansman, Villa-Lobos... Mais n'oublions pas qu'il perpétua la tradition de la transcription, pratique courante pour les cordes pincées depuis la Renaissance. C'est ainsi qu'il adapta pour la guitare les Franck, Scriabine, Grieg, Debussy ou Moussorgski, tout autant que plus avant les partitions pour luth de Dowland ou celles pour clavier de Frescobaldi, Rameau, Scarlatti, Haendel. Sans omettre bien sûr sa grande passion pour... Bach ! Sa transcription en 1935 de la Chaconne en ré mineur pour violon seul reste dans les annales (DG 471430-2) mais nous trouverons ici quelques pièces de même acabit extraites des Partitas. Cet album est donc un mets de choix, une anthologie vibrante et captivante, une plongée passionnante dans l'approche d'une étonnante diversité de l'art de Segovia. Bienheureux ceux qui (re-)découvriront la luminosité de son phrasé, la pureté de sa technique, l'évidence naturelle de sa virtuosité !
A découvrir, dans notre rubrique Coups de coeur : "La guitare : lumières et éclipses", le parcours d'Andrés Segovia et sa place dans l'histoire de la guitare.
(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 16 octobre 2002)
Joaquin Rodrigo (1901-1999) : Concierto de Aranjuez, Fantasia para un gentilhombre, Musica para un jardin, Tres viejos aires de danza, Marco Socias (guitare), Orquesta Ciudad de Granada, dir. : Josp Pons, (Harmonia Mundi HMC 901764)
Josep Pons a toujours été un fervent défenseur du répertoire hispanique qu'il interprète avec un soin très particulier, contribuant ainsi à la redécouverte moderne d'oeuvres éminemment réputées et paradoxalement peu enregistrées. Ce fut notamment le cas pour La Vida breve et Noches en los jardines de Espana de Manuel de Falla dont il donna l'interprétation moderne irréfutable qui manquait jusqu'ici au catalogue des oeuvres espagnoles. L'écouter dès lors s'attaquer à Rodrigo, figure emblématique de l'Espagne, n'a donc rien de surprenant si l'on considère qu'il poursuit une cause et se donne les moyens complets de la mener à son terme. S'entourant de solistes et musiciens compatriotes, il marque ainsi du sceau hispanique un répertoire qu'il pratique en artisan rassembleur d'énergies pour offrir l'essence même des couleurs chaudes et ensoleillées de la péninsule ibérique. Sa vision des 2 concertos pour guitare qui firent la popularité mondiale de Rodrigo déborde d'une vitalité époustouflante affinée par un soliste particulièrement inspiré, le guitariste Marco Socias qui vivifie avec grâce et délicatesse des oeuvres dont nous pensions avoir fait le tour depuis bien longtemps ! Les noms attachés au Concierto de Aranjuez sont pourtant légendaires, quand on pense à Segovia, peiné de n'en avoir été l'instigateur ni le créateur, car il fut destiné à l'ami du compositeur, le grand guitariste Regino Sainz de la Maza. Rodrigo dédicacera cependant à Segovia la Fantasia para un gentilhombre créée par le "père des guitaristes" en 1954 à San Francisco avec Enrique Jorda. Narciso Yepes créera à son tour l'Aranjuez à Paris en 1950 et contribuera à l'épanouissement international du concerto qui ne tardera d'ailleurs pas à devenir une source d'inspiration classique pour tous, y compris en jazz pour Miles Davis ! John Williams, Pepe Romero, Alexandre Lagoya, Paco de Lucia, pas un guitariste n'est passé à côté ! L'attrait d'une nouvelle incursion dans cet univers était donc un pari audacieux que Josep Pons et Marco Socias remportent brillamment car ils y ont apporté les nuances locales et ardentes de leur patrie. Leur travail de mise en relief et de valorisation des instruments que Rodrigo avait lui-même superbement élaboré trouve ici son épilogue dans une clarté des timbres et des tempi qui charme et éblouit grâce à la modestie et à la simplicité déployées.
(Noël Godts, Bruxelles, le 13 octobre 2002)
Leo Brouwer (1939*) : Rara (Cornelius Cardew : Material / Hans Werner Henze : Memories from Cimarron / Leo Brouwer : Exaedros I - La espiral eterna / Sylvano Bussotti : Rara / Maurice Ohana : Si le jour paraît / Joseph Maria Mestres Quadreny : Perludi per chitarra / Girolamo Arrigo : Serenata per chitarra / Cristobal Halffter : Codex I / Juan Blanco : Contrapunto EspacialIII-c) Leo Brouwer (guitare)(DG 20/21 471 589)
Cette petite anthologie d'enregistrements réalisés entre 1970 et 1973 par le compositeur et guitariste cubain Juan Leovigildo Brouwer, dit Leo Brouwer, rassemble comme son nom l'indique de passionnantes raretés écrites par des compositeurs nés entre 1914 et 1939, pour la plupart injustement méconnus. Tous se prononcent pour un langage signifiant, tout au moins engagé dans une vision pertinente de la musique, apte à en développer les structures, les innover et en multiplier les développements. Leo Brouwer utilise les formes qui le touchent, qu'il s'agisse poursuit-il ,de celles d'une feuille ou d'un arbre ; il s'inspire de la spirale pour créer en 1971 La Espirala Eterna. Sylvano Bussotti entretient ce qu'il nomme "la culture de l'oeil", enrichissant sa musique de visions picturales. Hans Werner Henze désire délivrer un message, transmettre une idée concrète ; la guitare l'émeut par la subtilité de ses "cordons nerveux", dont il tire évidemment grand parti dans ses Memories from Cimarron. Dans ces morceaux variés et étonnants, pour beaucoup déroutants, en quête d'un langage innovateur, Leo Brouwer captive par sa simplicité, sa clarté et son intensité.
(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 14 juin 2002)
Andrés Segovia : The Segovia Collection : his legendary recordings on the American Decca Label 4CDs (DG 471430-2)
DG rend un hommage indispensable au père spirituel de la guitare qu'était Andrés Ségovia. On ne peut que féliciter le label jaune pour cette heureuse initiative qui vient enfin combler une lacune de taille en éditant pour la première fois en CD quelques pages jusqu'ici superbement ignorées. Qui se souvient, si ce n'est l'aficionados de la transcription par le violoncelliste espagnol Gaspar Cassado, d'un des nombreux concertos de Boccherini ? Qu'évoquent pour le grand public les noms de Mompou, Aguado et Sanz ? Il était donc utile de rappeler que la guitare n'est pas seulement l'instrument du célébrissime Concerto d'Aranjuez. Sachez d'ailleurs que Rodrigo n'en est pas resté là puisqu'il dédia à la guitare pas moins de trois autres concertos qui furent hélas bien supplantés et occultés par le succès intemporel du célèbre mouvement lent de l'Aranjuez. L'édition de DG met l'accent sur les pages importantes de l'instrument du maître hispanique sans jouer pour autant la carte de la popularité dont quasiment tout ou presque a déjà été dit précédemment. C'est donc avec bonheur que l'on retrouve le Concerto del sur de Ponce et la Fantasia para un gentilhombre de Rodrigo que viennent encadrer les études de Fernando Sor, les transcriptions de Bach, les différentes pièces de Granados, Albéniz, Sanz, Milan, Castelnuovo-Tedesco, Torroba, Mompou et Aguado. L'indispensable du répertoire pour la guitare se trouve ici réuni pour le plus grand plaisir des connaisseurs et amateurs car le livret met précisément l'accent sur le caractère historique d'oeuvres incontournables, pour qui veut bénéficier d'une initiation intelligente. Doit-on encore décrire le jeu si particulier de Segovia, ce génial autodidacte qui "sentait" la musique sans la théoriser ? Douces, sensuelles et rondes, les notes s'égrènent miraculeusement sans démonstration superflue de virtuosité, bien qu'il faille une dextérité hors du commun pour interpréter la plupart de ces oeuvres ! La musicalité primait pour cet enchanteur de la guitare, surdoué des cordes toujours dans la justesse de l'émotion.
A découvrir, dans notre rubrique Coups de coeur : "La guitare : lumières et éclipses", le parcours d'Andrés Segovia et sa place dans l'histoire de la guitare.
(Noël Godts, Bruxelles, le 21 mai 2002)
Alexander-Sergei Ramírez : Confesión de Agustín Barrios Mangoré (1885- 1944) (DG 471532-2)
Sait-on d'où vient le troisième nom d'Agustín Barrios ? Mangoré était un chef guarani légendaire dont le guitariste, qui portait volontiers en concert le costume traditionnel des Indiens du Paraguay, coiffa le pseudonyme, se rebaptisant à l'occasion Cacique Nitsuga (anagramme d'Agustín) Mangoré ! Né, certes au Paraguay, dans une famille d'intellectuels très cultivés, il n'en reconnaissait pas moins ses racines, explorant aussi bien le folklore de son pays que les formes classiques de la guitare. Ses préférences musicales l'orientèrent toutefois vers le plus grand des Baroques et il fut le premier à transcrire Bach pour son instrument, tout en lui rendant clairement hommage dans ses propres oeuvres. Le romantisme habite également ses mélodies, souvent ensorceleuses et mélancoliques. Il adapta d'ailleurs pour la guitare Chopin et Schumann. Ajoutons-y encore Grieg, Tchaïkovski et Mendelssohn, sans oublier ses interprétations de ses illustres prédécesseurs, tels qu'Aguado, Giuliani, Costé et Arcas. Cet album nous permet de découvrir 19 de ses plus belles compositions grâce au toucher envoûtant d'Alexander-Sergei Ramirez, né en 1962 à Lima d'un peintre péruvien et d'une pianiste allemande. Technique et virtuosité sont impératives pour rendre avec sensibilité l'univers tout en lyrisme et sensualité de Barrios. Le "Paganini de la guitare", autrement surnommé le"Chopin de la guitare", expérimenta des progressions harmoniques inédites, déplaçant une seule note dans un arpège et jouant de tonalités mineures peu banales pour son instrument. Ramírez a plus d'une corde à son arc : cet élève de Maritta Kersting, José Luis Gonzalès (lui-même disciple de Segovia) et Pepe Romero, pratique également le violoncelle, le violon, le piano et le chant ! Il restitue avec intelligence et naturel, velours et chaleur l'univers oublié de Barríos qui bénéficia pourtant à son époque d'une fabuleuse renommée, adulé en Amérique latine. Un disque essentiel !
(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 16 mai 2002)
Rolf Lislevand & l'Ensemble Kapsberger : Alfabeto - Foscarini -. Giovanni Paolo Foscarini (XVIIè. Dates inconnues)Toccatas, Passacailles, Corrente..., Domenico Pellegrini (ca.1600-ca.1662)Ricercata, Giovanni Battista Granata (ca.1600-ca.1684)Toccata, Francesco Corbetta (ca.1615-ca.1681)Espagnoletas, Preludio, Corrente... (Naïve - Astrée- E 8852)
La guitare classique a conduit le Norvégien Rolf Lislevand (*1961) à Vérone, où il se passionne pour la musique italienne de la première moitié du "Settecento". Il mêle à la rigueur de ses recherches le goût de l'improvisation auquel les traditions musicales du XVIIème siècle ne sont pas étrangères... On imagine facilement la richesse de sa rencontre avec Jordi Savall qu'il accompagnera dans Hespérion XX, la Cappella Reial de Catalunya et le Concert des Nations : sensibilité, cœur, musicalité, rigueur ! En 1994, il enregistre son premier album (chez Naïve également, sous le label Astrée) consacré à Hieronymus Kapsberger, luthiste d'origine allemande né en Italie. L'Ensemble Kapsberger, réuni pour la première fois en cette occasion, se retrouve ici avec les mêmes motivations : sortir la musique baroque des interprétations qui la figeraient, révéler sa vitalité chatoyante, sa liberté de phrasé et son inventivité permanente. C'est pourquoi cet album se consacre à l'alfabeto, système de notation musicale rudimentaire pour une musique éprise de liberté, sensuelle, gracieuse et raffinée cependant. Ce mode d'écriture transpose la tonalité en indiquant où placer les doigts sur une guitare à cinq cordes, le rythme et la mélodie appartenant à la sensibilité de l'interprète (souvent le compositeur lui-même à cette époque). Granata, Pellegrini et Foscarini approfondirent les ressources du "jeu en battements" propre à la guitare baroque. Foscarini, dont on ne connaît quasiment rien, utilisa les modèles des compositions du XVIème siècle mais il en changea les proportions, allongeant ou abrégeant les cadences, développant des séquences à contretemps, jouant de la surprise là où l'on attendait une tradition. Notons ici que l'Ensemble Kapsberger relève le gant de l'interprétation inspirée tout en préservant l'équilibre entre la mélodie, l'harmonie et la structure : on trouvera en effet des percussions qui aident l'auditeur à retrouver un rythme et un tempo naturels et l'utilisation instrumentale de la voix, peu typique du XVIIème siècle mais prenante et envoûtante. Ce qui nous permet d'entendre chanter Arianna Savall, fille de Jordi et harpiste confirmée. Un album intelligent, équilibré, plein de fraîcheur, tonique et mélodieux !
(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 19 janvier 2002)
Emmanuel Rossfelder : Danses Latines. Isaac Albéniz (Espagne, 1860-1909)Asturias, Sevilla, Agustin Barrios (Paraguay 1885-1944)Valse Op.8 n°3&4, Julia Florida, Mazurka Apasionata, Francisco Tarrega (Espagne 1852-1909)Valses en ré & en la, Recuerdos de la Alhambra, La Gran Jota, Astor Piazzola (Argentine 1921-1992)Primavera Portena, La Muerte del Angel (Mondodo 1207) Voir Portrait et Entretien avec Emmanuel Rossfelder.
Le jeune guitariste Emmanuel Rossfelder donne une superbe occasion de redécouvrir la guitare classique à ceux qui oublieraient que de talentueux compositeurs y ont consacré énergie, talent et passion ! Aux plus dubitatifs, nous citerons Paganini, Britten, Rodrigo, Villa-Lobos ; nous leur rappellerons encore les transcriptions de certaines oeuvres de Bach ou de Falla. Avec ceux que la guitare titille, nous nous souviendrons ici de Francisco Tarrega, dont quatre pièces sont jouées, et qui ouvrit à la guitare espagnole ses premiers horizons au-delà du flamenco, en y consacrant sa vie avec une passion proche du mysticisme. Quatre morceaux du Paraguayen Agustin Barrios, de souche indienne, mélangent avec originalité les influences culturelles européennes et latino-américaines. Tour d'horizon latin qui se poursuit avec des transcriptions bien connues de l'Espagnol Albeniz et de deux tangos argentins de Piazzola. Emmanuel Rossfelder souligne avec simplicité et générosité la chaleur et la sensualité de son instrument. Parlera-t-on de virtuosité ? A n'en pas douter, le jeune guitariste a intégré le raffinement de son maître, Alexandre Lagoya, qu'il combine à sa propre fluidité musicale, dégagée de tout effet bassement démonstratif. Harmoniques brillantes, palette sonore soyeuse et limpide, ce qui captive et envoûte , c'est la sonorité douce et caressante de son jeu, son rythme chaud et mouvant, ce soleil pourpre qui sourit dans sa musique. Du plaisir authentique !
(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 19 décembre 2001)