HARPE

 

 

 

 

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Henestrosa / El arte de fantasia/  The Harp Consort (HMU)

D'india / Voi ch'ascoltate / Ensemble Poïesis (ZigZag Territoires)

Amuse / Nagasawa (Etcetera)

Ginastera / Estancia / Barrera, Pons (HMC)

Bach / The Secret of the Semitones / Andrew Lawrence-King (DHM)

 

 

El arte de fantasia (El libro de cifra nueva - 1557). Dances, tientos & chansons de Cabezon, Mudarra, Josquin, Narvaez, Crequillon, etc. transcrits par Luis Venegas de Henestrosa (ca 1510-1570).  The Harp Consort, dir. Andrew Lawrence-King (double-harpe espagnole, harpe de la Renaissance, orgue, clavecin, psaltérion). (Harmonia Mundi, HMU 907316)

            Au XVIème siècle en Espagne, sous l'égide hautement culturelle de Charles-Quint, l'invention musicale était loin d'être asservie à de lourdes et inamovibles règles de grands puristes et les musiciens s'amusaient volontiers à improviser moultes ornementations, variations et recompositions d'oeuvres déjà existantes. Beaucoup de musicologues contrariés du XXème siècle n'hésitèrent pas, comme nous le rappelle Andrew Lawrence-King, à froncer dignement les sourcils face aux "copier-coller" des arrangements du Sieur Luis Venegas de Henestrosa qui transcrivit très librement des musiques vocales diverses et variées pour harpe, clavier et vihuela. Mais, bon... de tout temps de frileux et pompeux savants brandissent impérieusement la norme pour effrayer les artistes et établir leurs lois. Personne ne semblait s'en soucier au XVIème siècle : Henestrosa créa donc de curieuses et heureuses fantaisies en combinant des fragments d'oeuvres de compositeurs différents, fondant en canción insolite et légère les chansons d'amour françaises et les pièces espagnoles sur poésie religieuse ; dans un style plus noble, on retrouve les tientos et hymnes polyphoniques de Cabezón ou les glosas de Palero rencontrant les oeuvres sacrées franco-flamandes ! Un bonheur inventif, enfin ! Andrew Lawrence-King et le Harp Consort prennent un plaisir audible à nous le restituer, fidèles à cet art de la nuance, ciselé et lumineux, qui transfigure chacun de leurs enregistrements

 

(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 2 juillet 2004)

 

 

Sigismondo d'India (ca 1582-1629): Voi ch'ascoltate.  Ensemble Poïesis, dir. Marion Fourquier (harpe). (ZZT 040101)

            L'Ensemble Poïesis, fondé en 1998 à l'initiative de la harpiste Marion Fourquier et nourri de longues années de travail avec la soprano Cristiana Presutti, se penche une fois encore avec subtilité et passion sur l'alchimie des rythmes et des sons qui saisit la musique italienne du début XVIIème.  Tout autant que son écoute, l'indispensable notice de ce bel album nous permet de comprendre la primordiale importance de la parole que la musique doit alors servir et révéler. D'où cette éclairante citation de d'India extraite de la préface du 1er livre de "Le Musiche da cantar solo" (Milan 1609) : "J'ai entrepris de rechercher quelques subtiles particularités pour bien chanter à une seule voix, et j'ai découvert que l'on pouvait composer de cette véritable manière, usant d'intervalles extraordinaires, passant avec le plus d'audace possible d'une consonance à l'autre selon les sens variés des paroles, et que par ce moyen, les chants auraient un effet plus puissant et une force plus grande pour toucher les sentiments de l'âme...". La poésie de Pétrarque (inspiratrice en son Canzoniere d'innombrables compositeurs !) même issue de trois siècles plus tôt, alimente cette formidable quête d'une osmose entre les errances de l'amour, la diversification des rimes et des styles que l'émoi suscite et que la musique désire ; quant aux poètes baroques (Le Tasse, Guarini, Marino...), nés de ce siècle où prévaut l'incertitude et se relativisent les croyances, où les premières découvertes de la science accouchent du trompe l'oeil, ils cherchent la perfection d'une langue apte à dire l'indicible, troublante et métaphorique. Aujourd'hui, dans le brouhaha qui la saoule, notre oreille aurait besoin de réapprendre à écouter, entre mots et notes, les méandres d'un monde qui patiemment se tisse d'émotions, s'énonce et se chante dans l'intime approche des choses. Dans leur poésie. L'Ensemble Poësis, d'une fine et limpide distinction instrumentale, s'y attache en toute simplicité et avec ferveur, imaginant cet enregistrement comme un recueil de poèmes envoûtants... à écouter avec intensité.

 

(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 14 mai 2004)

 

Amuse, Music for Single & Double Action Harp from the Age of Enlightment & Romanticism. Spohr, Mozart, Bochsa, Corri, Rameau, Pescetti, Bach. Masumi Nagasawa (single & double action harp)(Etcetera KTC 1263 - Soirées du Goût)

            Que voici un bel album, virtuose et sensible, qui se penche sur l'histoire de l'interprétation de la harpe ! Masumi Nagasawa ressuscite avec élégance, grâce et raffinement la musique écrite pour la harpe lors des siècles des Lumières et du Romantisme qui la concevaient pour leurs délicats banquets épicuriens. Pour l'occasion, l'on se familiarise avec le charme et l'aisance de François-Joseph Naderman, compositeur et virtuose du XIXème siècle, tout en douces trilles et exquis ornements ; la dynamique de Louis Spohr à la même époque enchante par l'agile variété de sa Fantaisie op.35, écrite pour son épouse ; on savoure également les arrangements selon Robert-Nicolas Bochsa et Edmund Schuëcker des airs de La Flûte enchantée et des Noces de Figaro, vifs et pimpants ; le charme mélancolique de la surprenante Sophia Corri offre de subtiles et brûlantes interprétations, sans doute les plus investies et les plus vibrantes de ce plaisant recueil. On apprécie encore les audacieuses danses de Jean-Philippe Rameau, la mélodieuse fluidité d'un Giovanni Battista Pescetti et l'exigence extrême de la transcription de quelques Exercices pour clavier de Jean-Sébastien Bach dont ne s'effraie pas Masumi Nagasawa, harpiste aux doigts de fée. Sur harpe simple ou double, elle exprime avec la même douceur virtuose, limpide et rayonnante, le charme de mélodies suaves néanmoins périlleuses. De là sans doute saisit-on les risques délicieux de l'enchantement et ses dangereux frémissements.

 

(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 12 mai 2004)

 

 

Alberto Ginastera (1916-1983): Estancia (Quatro danzas del ballet) op.8a , Concierto para arpa y orquesta op.25, Obertura para el "Fausto" criollo op.9, Variaciones concertantes op.23.  Magdalena Barrera (harpe), Orquesta Ciudad de Granada dir. Josep Pons. (HMC 901808)

            On connaît moins Ginastera en Europe qu'aux Etats-Unis où il se décide à compléter ses études musicales après l'accession au pouvoir du Général Péron en Argentine. C'est alors qu'il assiste aux cours de composition d'Aaron Copland, fort impressionné, celui-ci décelant en son élève "l'espoir blanc de la musique argentine". En effet, et selon l'écrivain Borges lui-même (son compatriote) Copland s'intéresse non seulement à la réalité de son pays mais surtout en redessine la "mythologie" musicale. Le compositeur distingue trois périodes dans son oeuvre créatrice : le "nationalisme objectif" qui transcrit le folklore argentin de manière directe, le "nationalisme subjectif" où seules les motivations de sa musique demeurent populaires (choix des sujets formes, etc.) et le "néoexpressionnisme" fort influencé par le dodécaphonisme et le sérialisme mais plus proche de l'expressionnisme de Berg qui lui permet de conserver sa personnalité musicale. Estancia (qui désigne une propriété rurale consacrée à l'exploitation agricole) appartient à la première période et met en scène le dur labeur des ouvriers agricoles où naît une idylle improbable, celle d'une jeune paysanne et d'un citadin décidé à se montrer aussi rude à l'ouvrage que les vrais gauchos. A l'origine, ballet "gauchesque" mis en scène par Balanchine (où un baryton avait même une partition), Estancia est pétri de folklore brut et vif, tout comme l'Ouverture du Faust. Les Variations concertantes évoquent le "nationalisme subjectif" de Ginastera, tandis que le Concerto pour harpe tend vers le néoexpressionnisme, ciselant avec finesse accents argentins et formes d'écriture nouvelles. Josep Pons et L'Orquesta Ciudad de Granada nous donnent une idée dynamique et colorée de l'oeuvre de Ginastera. Quand pourra-t-on entendre au disque ses opéras (Don Rodrigo, mais surtout Bomarzo et Beatrix Cenci) qui défrayèrent la chronique pour leur sexualité et leur violence crue ?

 

(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 7 janvier 2004 )

 

 

Bach (1685-1750): The Secret of the Semitones : Chromatische Fantasie BWV 903, Suite in D minor BWV 997, Fantasia in A minor BWV 944, Partita in A minor BWV 1004 Andrew Lawrence-King , harpe. (DHM 05472-77523-2)

Andrew Lawrence-King et sa harpe magique ne cesseront jamais de surprendre là où l’on s’y attend le moins ! En effet, était-il possible d’imaginer un seul instant qu’il allait s’approprier des œuvres de Bach, les transcrire et les jouer sur sa harpe ? Inimaginable, impensable et pourtant  l’idée n’est pas si bête. Nous savons que Bach n’a rien composé pour la harpe mais comme l’affirme Andrew Lawrence-King : « il a été avancé que sa retranscription pour un instrument harmonique de la Partita pour violon seul en mi mineur aurait été jouée à la harpe… l’arrangement de Bach m’a donc servi de modèle pour transcrire la Partita en ré mineur… ». Et si vous vous demandez pourquoi choisir spécifiquement la Partita en ré mineur, sachez qu’on y trouve la fameuse Chaconne, tant de fois adaptée ! La version pour harpe manquait jusqu’ici au disque, et, lorsque le harpiste révèle que la musique de Bach constitue pour lui « une fantaisie suprême », on comprend immédiatement le plaisir qu’il a pris en l’interprétant sur son instrument insolite et vieux comme le monde ! Désolé de vous décevoir mais si vous pensiez que la harpe ne servait qu’aux Irlandais, vous vous trompez : on en trouve déjà la trace dans la haute antiquité, sous une forme plus rudimentaire mais bien reconnaissable !

                Mais revenons à Bach, sa chaconne et la nouvelle adaptation d’Andrew Lawrence-King. Ce qui étonne, outre la résonance et la dynamique de l’instrument, c’est le mélange des couleurs qui s’apparentent au violon, au luth, au piano et même au psaltérion (cithare) ! Les cascades de notes, dans les grandes envolées, mettent en évidence d’autres aspects des variations que l’on découvre ici sous un tout autre jour. Les prouesses acrobatiques propres au violon cèdent la place à l’épanouissement d’un discours multiple et varié qui souligne et renforce l’aspect populaire de cette danse à trois temps très animée originaire du Mexique, du Portugal ou encore d’Espagne, selon les sources. Un disque étonnant et fascinant !

(Noël Godts, Bruxelles, le 10 décembre 1999)

 

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