PERCUSSIONS

 

  

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  • Alain Bancquart Amour grand terrible champ critique / Roland Auzet (Tschann)

  • Joël Grate Follow / Joël Grare (Alpha 504)

Alain Bancquart (1934*) : Amour grand terrible champ critique pour percussion et bande magnétique. Roland Auzet (percussions), Bande magnétique réalisée au C.C.M.I.X.. (Tschann Libraire Musique TLM 0903-01)

                Alain Bancquart est un chercheur insoumis, un archéologue de l'avenir en quelque sorte puisqu'il fouille les dimensions presque imperceptibles de l'espace et du temps, explorant les infrasons, la microtonalité, les micro-intervalles. La musique, secondée par l'extraordinaire évolution électronique, s'exprime en seizièmes de ton, une octave se distribuant sur 96 points au lieu des 12 demi-tons habituels ! La temporalité et l'écriture, bouleversées, exigent dès lors de nouveaux modes de jeux car elles révèlent de nouveaux timbres, de troublantes dynamiques qui nous invitent à sentir le temps différemment. Oui, sentir est le mot juste, bien plus que penser car, si la démarche du compositeur suppose un premier cheminement intellectuel, sa réalisation convie les sensations : percussions et sons électroniques juxtaposés créent d'infimes variations où le mouvement habite le temps en apesanteur, avec fluidité, en mutation. N'oublions pas qu'il s'agit d'une histoire d'amour : le titre de cette oeuvre, Amour grand terrible champ critique, est extrait d'un poème de Marie-Claire Bancquart (Partition, éditions Belfond, 1991), poétesse et épouse d'Alain Bancquart, dont la beauté des évocations a attendu plus de vingt ans avant de pouvoir être traduite en musique, le compositeur guettant les moyens techniques qui lui permettraient d'explorer à l'instar des mots l'infini, l'immortalité et le seuil, le fini. Les rencontres, l'intimité magique des couples fascinent le musicien inspiré par la poétesse; ainsi en va-t-il de l'instrumentation de cette oeuvre où écart et union se rejoignent : "Les deux éléments (percussion et électronique) agissent donc de façon individuelle. Deux longs parcours dans le temps et l'espace, à l'image d'un couple composé de deux êtres très différents et très unis. Il ne s'agit pas de musique à programme, mais plutôt de l'autoportrait d'un poème." Reflets, anamorphoses, déformations, changements de perspective... Une invitation à écouter en déjouant les illusions du fini, en flottant, conscients de nos limites, sur le souffle de l'intemporel.

Lire également notre rubrique Livres : Habiter le Temps, d'Alain Bancquart, éd. Symétrie.

(Bruxelles, le 10 décembre 2003)

 

Joël Grare (1961*) : Follow (Follow, Fugitives, Koân). Joël Grare, Axel Lecourt (percussions), Nicolas Giraud (trompette et percussions). (Les chants de la terre, Alpha 504)

               "J'aime ces énigmes que m'offre la percussion. Est-elle oeuvre d'art, instrument profane, sacré ?" (Joël Grare) Comme le titre cet album, il faut se laisser faire, s'abandonner et "suivre" l'impulsion musicale de Joël Grare : il nous emmène dans un univers mystérieux qui n'est pas très loin de nos jeux d'enfant, de nos émerveillements du corps et de l'âme, du bonheur ingénu des premières fois qui émerveillent. Une poterie s'observe, se caresse et résonne sous nos doigts : un monde sonore "se raconte entre les notes". L'approche musicale de ce jeune compositeur est métaphysique, avec simplicité : elle investit l'âme des instants, éternelle et fugitive. Trois oeuvres nous en ouvrent les portes : Follow, qu'il composa en écoutant le troisième mouvement de la neuvième symphonie de Bruckner, sur 8 clochettes Devouassoud de Chamonix, une clochette de chameau en ré (de Jérusalem), une cymbale du Kerala (sud-ouest de l'Inde) en si aigu ; Fugitives, duo magique avec le danseur Wu Zheng (quelques photos du livret nous en livrent la grâce et la pureté) ; Koân, exercice zen destiné "à déjouer les mécanismes de la pensée", suite chorégraphique à laquelle la trompette donne une couleur jazz. On écoute et l'on rêve : méditation, souvenirs, réminiscences. La musique de Joël Grare est riche d'échos, de ses propres coups de coeur (Bruckner mais aussi Rudyard Kipling... parmi de nombreux autres) qui jouent avec les nôtres. Comme l'écrivait Cocteau dans les Enfants Terribles, le propre des enfants est de "partir..." en toute innocence, pour s'inventer un monde où ils vibrent et se retrouvent, intacts, l'âme à nu, offerte, attentive, vivante. Invitation au voyage...

(Bruxelles, le 22 juin 2003)

 

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