TRAVERSE

 

Que signifie "Traverse" ?

 

 

Roby Lakatos & Ensemble, avec le Franz Liszt Chamber Orchestra, Myriam Fuks (voix) & Aldo Granato (accordéon). Klezmer Karma. (Avanticlassic 5414706 10242).

Une puissante amitié lie depuis une vingtaine d'années le violoniste tzigane Roby Lakatos et la chanteuse yiddish Myriam Fuks. Une rencontre dans un restaurant des Sablons, à Bruxelles, où le jeune homme se produisait à 17 ans, un coup de foudre musical réciproque... une collaboration fructueuse qui permet un nouveau disque où se retrouvent étroitement mêlées les traditions tziganes et juives. Ces deux tempéraments passionnés expriment avec émotion les couleurs vives et contrastées de leur peuple. Roby Lakatos a arrangé de nombreuses mélodies traditionnelles, n'hésitant pas à y mêler tango, valse ou funk ! Le résultat, parfois inattendu, est détonant et revendique ouvertement la liberté d'expression au-delà de toute attente puriste. Quelques compositions personnelles nous permettent d'entrevoir le goût prononcé du violoniste hongrois pour le pathos que l'énergie sublime. La voix de Myriam Fuks, puissante et rauque, donne à cet album une force supplémentaire, une présence indéniable qui embrase (ou glace) les pinailleurs, et privilégie au-delà de tout l'expression exacerbée des sentiments. Pour son premier enregistrement avec orchestre (et non des moindres, puisqu'il s'agit du Franz Liszt Chamber Orchestra !), et du même coup son deuxième disque à thème (le premier étant Fire Dance, chez avanticlassic également), Roby Lakatos n'a rien perdu de son extraordinaire virtuosité ni de son insatiable expressivité !

 

(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 18 janvier 2007)

 

Loreena McKennitt. An Ancient Muse. (Quinlan Road QR 0774213521095).

Nous l'attendions, le nouvel album de Loreena McKennitt, depuis que nous l'avions rencontrée le 7 décembre 2004 à l'occasion de sa participation au concert Travelling Voices donné au Cirque Royal de Bruxelles en hommage à Yehudi Menuhin (lire notre entretien) ! Et depuis plus loin encore, si l'on se souvient de son album live à Toronto en 1998, composé des reprises de ses nombreux succès... Loreena McKennitt revient de longs voyages sur les traces des Celtes dans les territoires d'Orient : chez le peuple ouïgours du nord ouest de la Chine, dans une famille nomade de Mongolie, au coeur des plaines d'Anatolie intérieure, à Ephèse en Turquie, à Delphes et sur l'île de Chio en Grèce, à Pétra en Jordanie... Dans ce dernier album d'une série de carnets de voyage musicaux, elle interroge les notions du foyer familial, de l'histoire qui lie les hommes aux lieux, de la tolérance dans un monde où le besoin d'engagement spirituel motive souvent les plus profondes blessures. Plaidant à travers ses textes pour l'harmonie et la diversité, citant les poètes et les penseurs les plus ouverts des pays qu'elle a traversés, elle unit dans sa musique les questions universelles les plus délicates et sans doute les plus opposées : l'amour, la conquête, les racines, la mort, la liberté, la vie... Ses accents mélodiques reconnaissables se fondent avec sobriété et humilité dans les influences orientales qu'elle intègre avec évidence, convoquant des instruments de toutes provenances comme le oud, la lyra, le kanoun, la nyckelharpa (violon à clefs scandinave)... Fidèle à son talent de conteuse, elle nous raconte neuf histoires musicales où des personnages phares éclairent notre propre destinée de leurs profondes réflexions. La magie y invoque la méditation, avec tendresse, douceur et lucidité.

 

(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 20 décembre 2006)

 

Regency's nights. Jean-Louis Rassinfosse (contrebasse), Jean-Philippe Collard-Neven (piano). (Fuga Libera FUG602)

Quelle belle rencontre, légère et facétieuse, délicate et troublante que celle du pianiste de formation classique Jean-Philippe Collard-Neven et du gigantissime contrebassiste de jazz Jean-Louis Rassinfosse ! Un dialogue d'une extrême sensibilité, aux touchers mêlés, tendres et brûlants, un duo de lectures arrangées et de compositions originales, d'une mélancolie nonchalante et souriante, au charme envoûtant. L'inventif clin d'oeil au thème du Clan des Siciliens d'Ennio Morricone nous emmène en promenade, dans un voyage paisible (Cool journey), de compositions originales sensuelles et dépouillées de Jean-Philippe Collard-Neven en hommages lumineux aux très latins Gismonti et Buarque, sans oublier le très prenant Jeito cigano de Marcia Maria et Jean-Louis Rassinfosse. Les nuits de Rassinfosse et Collard-Neven swinguent et scintillent, doucement, en retardant l'aube...

 

(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 24 novembre 2006)

 

Badi Assad. Wonderland. Badi Assad (guitare, voix et percussions vocales), Jaques Morelenbaum (violoncelle), Carlos Malta (saxophone et flûte), Zeca Assumpçao (double bass), Marcos Suzano (percussions). Interventions d'Elisa Luncinda et Seu Jorge. (Edge 00289 477 6113). Lire notre interview !

Badi Assad nous emmène en un  voyage initiatique au pays des Merveilles, pays des rythmes de l'enfance, de ses espoirs mêlés de craintes et de joies inattendues. Pas à pas, d'une chanson à l'autre, elle traverse les miroirs, explore l'autre côté des galaxies, perturbe les distances, vacille de rêve en rêve jusqu'à retrouver la voix d'un enfant. Grandir, n'est-ce pas accepter l'enfant qui est en nous, accepter le labyrinthe qui nous lie à lui, sans perdre le fil de notre propre quête ? C'est en tout cas ce qu'évoque Badi Assad au gré de rencontres musicales étonnantes, reprises des chansons qu'elle aime et réinvente avec l'aide de son frère Sérgio Assad et de sa nièce Clarice, auteurs de nombreux arrangements de cet album. Vangelis, Annie Lennox, Tori Amos, Caetano Veloso, Lenine... et quelques-unes de ses propres compositions dessinent un parcours mélancolique et lumineux, troublant de désir. Le Brésil sonne en chacun de ses méandres, en ses rythmes langoureux, frémissants. Des voix se croisent : Elisa Lucinda, Seu Jorge, émouvantes. Celle de Badi Assad envoûte, prenante et magique comme l'histoire intérieure que raconte son album, tout en mystères et secrets.

 

(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 28 septembre 2006)

 

Gabriela Montero. Bach & Beyond. Improvisations sur des thèmes de J.S. Bach. Gabriela Montero (piano). (EMI 0946 3 57477 2 0).

 

Fortement remarquée pour son premier album chez EMI, avec lequel elle offrait un cd bonus entièrement consacré à quelques-unes de ses nombreuses improvisations, Gabriela Montero propose cette fois un hommage monographique à Bach. Mais attention, ce Bach-ci est loin de la convention classique puisque la jeune pianiste vénézuélienne s'inspire de quelques thèmes choisis pour voyager ensuite au gré de son inspiration. Elle n'est ni la première ni la dernière à tenter l'expérience, mais sachant que Martha Argerich l'a encouragée sur ce terrain parallèle à sa carrière de pianiste classique, on se demande si la pianiste argentine n'aurait pas trouvé en Gabriela Montero la filiation de son bouillonnant tempérament musical. Ne traçons pas ici toutefois de comparaisons car Gabriela Montero s'affranchit aisément des maîtres qui l'entourent et ne manque certes pas d'imagination ni de poésie pour imposer ses couleurs, veloutées et charismatiques. Sa vision de Bach, généreuse et inspirée, guide son naturel et sa spontanéité, finement nuancés. Gabriela Montero transgresse audacieusement les frontières du classique et du jazz avec fougue et élégance. Ne dit-elle pas que "la musique coule simplement comme de l'eau... je ne sais pas vraiment d'où elle vient, mais elle semble sans fin." A découvrir sans tarder...

 

(Noël Godts, Bruxelles, le 20 mai 2006)

 

Roberto Alagna chante Roberto Alagna, avec la participation d'Arielle Dombasle, Jean Reno, Elie Semoun. (Deutsche Grammophon, DG 983 255-7) Lire notre interview de Roberto Alagna.

Ne boudons pas l'entreprise qui a de quoi emballer les cœurs ! Un hommage à Luis Mariano, à sa personnalité solaire éclatante, sa voix radieuse et vibrante ! Un retour au dynamisme rayonnant de l'opérette, à ses sourires naïfs, sa mélancolie douce, sa tendresse enveloppante et souvent enchanteresse. Qui n'a pas envie de s'y blottir et de s'y laisser couler ? La curiosité attise le désir : "Comment ? C'est Roberto Alagna qui chante ?" Le monde classique frémit à l'idée de gentiment s'encanailler, à sortir des rangs sans trop de risques : Alagna et DG sont une garantie de sérieux suffisante. On peut enfin avouer que les trémolos et le vibrato de Mariano nous ont tous remué l'âme. Ne craignons point le désuet et suivons le guide. Osons, que diable ! Et qu'on s'amuse ! Eh oui, chacun s'amuse vraiment dans cet album qui invoque Mexico, La Belle de Cadix, Maria Luisa et même... Cole Porter ! Car Mariano n'a pas interprété que du Lopez ! Et puis, Arielle Dombasle place judicieusement son filet vocal ténu mais convaincu, Elie Semoun remplace Bourvil avec humour et personnalité,  et Jean Reno assume pleinement sa réplique (toujours craquante) au très américain I love Paris ! Casting in ! Mais... mais... mais... on a furieusement envie de dénicher de sous notre pile poussiéreuse de vinyles le vrai Luis Mariano, sa clarté légère, sa candeur frémissante, sa fraîcheur sans artifices. L'envol évident de sa voix. Roberto Alagna a le mérite de ne pas chercher à imiter Mariano, comme à chanter avec conviction et bonheur : un plaisir évident. Cependant son timbre reste un rien opaque, comme retenu... non qu'il manque de souffle, mais plutôt de lumière. Vous y trouverez l'enthousiasme sans toucher vraiment la magie, le charme inexplicable de l'original... qui bénéficiait d'un vrai orchestre et non de bandes préenregistrées !

 

(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 12 novembre 2005)

 

Mozart l'Egyptien 2, sur une idée de Hugues de Courson & Ahmed El Maghraby. Classical and Oiental Soloists, SIF Choirs Sofia, Bulgarian Symphony Orchestra, dir. Deyan Pavlov. Ensemble du Caire, dir. Khaled Dagher. (Virgin Classics 5457322)

2006 arrive à grands pas et Mozart semble être vénéré à toutes les sauces. 250 ans et pas une ride dans l’âme musicale de celui qui a sans doute généré le plus d’enregistrements depuis sa mort. Pensez d’abord à la quantité de l’immense production du génie intemporel, immuable et éternel ? Tout ceci nous amène au second volume du brassage entre l’orient et l’occident, connu sous l’appellation Mozart l’Egyptien. Est-il utile de rappeler les liens que Mozart faisait lui-même avec l’Orient dans sa musique ? Son Cosi fan tutte, son Enlèvement au sérail, sa Marche turque et bien d’autres encore, sont truffés d’anecdotes, de citations ou d’évocations qu’il empruntait au folklore oriental et arrangeait avec sa judicieuse verve musicale. Aurait-il bafoué une telle entreprise ou l’aurait-il fabriquée lui-même ? Puristes, musicologues et mélomanes ne tomberont bien sûr jamais d’accord sur un parti commun à prendre, défendre ou partager mais les instigateurs du projet Mozart l’Egyptien n’en ont cure et arrivent à un résultat qui donne à réfléchir. Hughes de Courson, principal concepteur du projet parle d’un « voyage sur un tapis volant entre l’orient et l’occident » et, à vrai dire, l’image est remarquable. Le génie vole sur son tapis d’un continent à l’autre et transgresse ou traverse les frontières ! C’est selon le point de vue ! Pour ma part, je suis plutôt emballé car l’impact de la musique mozartienne s’en retrouve décuplé par la force de deux parties en présence, mixées avec finesse, authenticité, curiosité et humour. Crossover, mixage, brassage ou hérésie, chacun trouvera ou ne trouvera pas son compte mais une chose est sûre : l’expérience ne laissera personne indemne. Le premier album fut un succès inattendu pour les concepteurs et interprètes mais le second risque fort de suivre la même voie et même d’aller plus loin encore. Hughes de Courson parle volontiers d’échanges et de dialogues entre deux cultures et deux musiques et à l’évidence, il faut bien avouer que l’exercice de fusion et d’adaptation est des plus réussis pour la quasi-totalité des arrangements qu’il signe lui-même. Imaginez le fameux « Der Hölle Rache » chanté en arabe sur lequel on été ajoutées les pulsations rythmiques de percussions typiquement arabes, ou encore le « Qui Tollis » de la Messe en Ut chanté à la manière d’incantations soufis sur le texte « O Dieu, aie pitié de nous, pardonne-nous » et ce, en arabe, latin, copte et grec. Chaque emprunt, chaque ajout est expliqué pour chaque extrait avec concision et précision. Type d’instruments, rôle du chanteur dans la culture qu’il représente, extrait de l’œuvre mozartienne utilisée, tout concorde à faire de ce brassage musical un guide ludique à travers deux cultures qui ne font plus qu’une si l’on se laisse prendre au jeu de la curiosité initiatique et inventive. Le Petit Robert dit de l’interprète : « Personne qui donne oralement, dans une langue, l'équivalent de ce qui a été dit dans une autre, servant d'intermédiaire entre personnes parlant des langues différentes » Qui est donc l’interprète de l’autre dans ce cas ?

(Noël Godts, Bruxelles, le 11 octobre 2005)

 

 

 

Duo pour un quatuor d'après Lawrence Durrell (1912-1990). Cristina Delume (chant, récitante), Bernard Wystraëte (musique originale et instrumentation). (MAP 019)

            Voilà un concept original pour une approche poétique contemporaine de la musique : à partir de textes extraits de L'Esprit des lieux et L'Ombre infinie de César, de Lawrence Durrell, Cristina Delume et Bernard Wystraëte ont imaginé un récital vocal et instrumental inspiré de la sensualité méditerranéenne pour laquelle Durrell avait fini par se fixer dans le sud de la France. Le plaisir des corps nourris de soleil, du mistral et des tempêtes, des tumultes de la vie qui se goûte ou se dévore ; la fascination des corridas, la grandeur mystérieuses des femmes du Sud... autant de sensations et d'images qui se mêlent en un savant "entrelacs musical" que n'auraient pas désavoué les troubadours d'antan. Les engagements musicaux de Cristina Delume y font d'ailleurs songer : auteur-interprète, chanteuse itinérante des compositions de Chango Farias Gomez (rénovateur du folklore argentin), fondatrice du groupe Araï (où elle chante en guarani), impliquée dans de nombreux spectacles de poésie et musique, librettiste d'oeuvres lyriques contemporaines, créatrice du groupe Calicanto, traductrice des mémoires de Victoria Kamhi (épouse du compositeur Rodrigo - Voir  notre rubrique Livres)... Sa voix sonne avec force et clarté, vive et ensoleillée, riche de cet entrain qui permet les belles découvertes. Bernard Wystraëte a plus d'une corde à son arc, pratiquant la flûte traversière, le piano, le saxophone, la percussion, la composition et la direction d'orchestre. Il s'attaque cette fois à la musique électronique, un peu à contre-courant de textes assez classiques aux élans parfois romantiques, mais qui suggère librement les passages répétitifs du vent, l'étrangeté du pays des cigales parfois troué de silence. Une curiosité intéressante... qui gagnerait à posséder une notice plus étoffée. Pour ceux qui voudraient le découvrir, qui était Lawrence Durrell, quel fut son parcours ? Pourquoi le Sud ? On l'apprendra en cherchant soi-même, bien sûr, les détails de la vie de ce diplomate romancier poète essayiste né aux Indes, talentueux évocateur des lieux et  toujours à la recherche du soleil. De même, une indication précise des plages de l'album ne serait pas négligeable car il faut souvent compter pour savoir où l'on se situe. Mais... la démarche en vaut la peine !

 

(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 23 février 2005)

 

Jan Garbarek. In Praise of Dreams. Jan Garbarek (saxophones ténor et soprano, synthétiseur, percussions), Kim Kashkashian (alto), Manu Katché (batterie). (ECM 1880 981 1068)

            Six ans depuis le dernier enregistrement du saxophoniste norvégien Jan Garbarek, hormis quelques apparitions dans d'autres albums que les siens ! Et son "éloge des rêves" nous transporte immédiatement hors du monde visible, dans cet univers envoûtant dont il possède indéniablement quelques secrètes clefs. Cette fois cependant, il s'entoure de la sensuelle et troublante altiste américano-arménienne Kim Kashkashian et de l'exceptionnel batteur Manu Katché, connu pour ses brillantes prestations chez Peter Gabriel. La chaleur de l'alto de Kashkashian, sa pureté sonore et sa profondeur s'accordent à la fluidité du saxophone de Garbarek et aux riches pulsations des percussions de Katché. Une mystérieuse entente semble les unir, ouvrir des portes. L'esprit s'évade s'il se laisse porter par cette douceur envoûtante dans de larges et fascinants espaces, intemporels, illimités.

 

(Isabelle Françaix, Bruxelles,  le 22 octobre 2004)

 

Clarice Assad (piano et voix). Invitation. Avec la participation de Sergio Assad (guitare),Najda Salerno-Sonnenberg (violon), Ethan Startzman (basse). (NB : non diffusé dans le commerce, ce cd de "présentation" est disponible à chacun de ses concerts)Voir notre page Agenda des Concerts

 

            La fille de Sergio Assad, l'aîné du duo guitariste Assad réalise avec vigueur et bagout son premier album, entourée de son père à la guitare et d'amis virtuoses. Bon sang ne sachant mentir, Clarice Assad redynamise en tout cas le proverbe : son toucher clair et tranché au piano énonce une personnalité lumineuse et décidée, doublée d'une agréable voix veloutée, qui ose avec netteté les rythmes brésiliens et jazzy. Elle aborde Cole Porter (Easy to love) avec la même aisance qu'Aquarela do Brasil qu'elle réinvente avec fraîcheur. Cette jeune femme est tonique ! Emouvante lorsqu'elle reprend ses propres compositions comme le mélodieux Ondas ; drôle et entraînante sur son très dansant Ad Lib, vif et périlleux. Un album prometteur...

 

(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 21 septembre 2004)

  Yo-yo Ma (violoncelle) : Obrigado Brazil. Œuvres de Mariano, Jobim, Villa-Lobos, Bandolim, Guarnieri, Powell, Pixinguinba, Gismonti, Assad, Azevedo. Arrangements Calandrelli. Avec la participation de Sergio et Odair Assad, Cyro Baptista, Oscar Castro-Neves, Paquito D'Rivera, Egberto Gismonti, Romero Lubambo, Cesar Camargo Mariano, Rosa Passos, Kathryn Stott . (Sony Classical, SK 89935)

            Dès que Yo-yo Ma se penche sur la musique du monde, celle-ci étincelle de mille feux, vivante des amitiés musicales dont s'entoure le violoncelliste passionné, toujours vif à déceler les résonances intemporelles au coeur de son époque. Cette fois, son violoncelle chante sa gratitude à l'héritage musical brésilien, riche des voix africaines, européennes et amérindiennes qui l'ont nourri et propagé à travers le monde. Quelle extraordinaire réunion d'interprètes pour cet album tout de joie et de mélancolie, vibrant de l'authenticité d'une musique bien loin des fastes hollywoodiens et du kitsch de pacotille que les rythmes brésiliens ont pu inspirer ! Mais qui n'ont pas trompé les plus grands : Arthur Rubinstein, Miles Davis et même Orson Welles dans un tout autre registre, tout comme l'anthropologue Levi-Strauss, en furent fascinés. C'est ainsi que le percussionniste Cyro Baptista, le clarinettiste cubain Paquito D'rivera, la guitariste et chanteuse de bossa-nova Rosa Passos, le pianiste brésilien Cesar Camargo Mariano, la pianiste complice de Yo-yo Ma, Kathryn Stott, les fabuleux guitaristes Oscar Castro-Neves, Romero Lubambo, les frères Sergio et Odair Assad et le compositeur multi-instrumentiste Egberto Gismonti entourent Yo-yo Ma pour rendre hommage à des compositeurs brésiliens d'hier et d'aujourd'hui, intenses et émouvants. Que l'on songe aux "choros", ces mélodies tristes que le français traduit par "pleurs", et dont la tristesse se nimbe de lumière. Chansons populaires, musique de danse langoureuse, airs plus classiques et toujours bouleversants (tel qu'Alma Brasileira de Villa-Lobos), la voix indolente et veloutée de Rosa Passos... un rêve feutré hanté de douleurs lancinantes, tout en demi-teintes et en subits éclats dorés, idéal pour le violoncelle de Yo-yo Ma. Envoûtant...

 

(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 21 novembre 2003)

 

Retour à notre éditorial (sommaire)