VIOLON

 

 

 

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Violin Sonatas. César Franck (1822-1890): Sonate pour violon et piano en la majeur - 1886 / Dmitri Shostakovich (1906-1975): Sonate pour violon et piano opus 134 - 1968. Sergey Khachatryan (violon) et Lusine Khachatryan (piano). (Naïve V 5122)

            La complicité musicale qui lie le frère et la sœur Khachatryan n'est plus à prouver en Belgique depuis la finesse de leur prestation commune au Concours Reine Elisabeth 2005, brillamment remporté par le jeune Sergey qui avait tout juste 20 ans (voir notre dossier CMIREB 2005). Tandis que Lusine, son aînée de 2 ans,  poursuit en parallèle une belle carrière internationale, cet album concrétise leur deuxième enregistrement commun après un premier en 2002 consacré à Bach, Chausson, Waxman, Ravel et Brahms (EMI 5756842). Outre la délicatesse expressive et l'agilité gracieuse de l'interprétation, celui-ci s'inscrit délibérément dans le contraste des émotions, entre le lyrisme chaleureux de César Franck et l'extrême retenue émotionnelle de Dmitri Shostakovich. Des deux sonates si dissemblables fusent pourtant une ardeur brûlante et une intensité qui s'élèvent au-dessus de toute convention. La Sonate en la majeur de Franck vibre de sentiments exaltés dans un éloquent dialogue entre le violon et le piano, véhéments et brillants. Sa douceur et sa tendresse saisissent en opposition avec la Sonate op.134 de Shostakovich, traversée d'une austère gravité, plus mystérieuse que froide cependant comme on tendrait souvent à le laisser croire. Sergey et Lusine Khachatryan en restituent la dureté parfois anguleuse et blessante sans rien céder à la sécheresse, sensibles aux vibrations à fleur de peau qui irisent la partition librement dissonante, d'une cohérence abrupte bien qu'agitée de troubles nerveux, d'émotions fulgurantes et tues, de frissons pudiques qui trahissent la fièvre du compositeur. Un album tout en nuances, d'une grande maîtrise profondément pensée et sentie !

(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 3 avril 2008)

 

Asturiana, Songs from Spania and Argentina. Musiques de Manuel de Falla, Enrique Granados, Carlos Guastavino, Alberto Ginastera, Xavier Montsalvatge et Carlos López Buchardo. Transcriptions pour alto et piano de Kim Kashkashian et Robert Levin. Kim Kashkashian (alto), Robert Levin (piano). (ECM New Series 1975 476 6149)

            Cet album aux chaudes tonalités d'Espagne et d'Argentine vibre d'émotion pure comme d'une intelligence subtile et passionnée. L'alto de Kim Kashkashian retrouve les inflexions profondes et enthousiastes de la voix humaine dans la transcriptions des chansons de Granados, de Falla, Ginastera ou encore Montsalvatge... L'instrument classique épouse les intonations des sentiments populaires, la tendresse et l'abandon que la musicienne admirait en écoutant son père entonner des chants arméniens. L'on sent combien ce travail d'interprétation puise aux sources des émotions d'enfance, pures et intenses. Même si Kashkashian nous emmène en d'autres pays que celui de sa propre histoire, les élans y sont les mêmes, intemporels et nomades. Une exaltation mélancolique y oscille entre le grave et l'extrême légèreté, stimulant vivement l'imagination. Le piano de Robert Levin épouse avec grâce, raffinement et sensualité la chaleur de l'alto de Kashkashian. L'on se sent emporté dans ce tourbillon de réminiscences, chacun y retrouvant ses petites madeleines, avec ravissement...

(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 17 octobre 2007)

 

Violon Sonatas. Dmitry Shostakovich (1906-1975) : Sonate op.134. Mieczyslaw Weinberg (1919-1996) : Sonates N°3 & N°4. Kolja Blacher (violon "Tritton" Stradivarius 1730), Jascha Nemtsov (piano). (Hänssler Classic CD 93.190)

             Kolja Blacher et Jascha Nemtsov rendent un éclatant hommage à l'amitié qui lia Weinberg et Shostakovich, tant humaine que profondément musicale. Mais leur interprétation intelligente et sensible dissipe également les assimilations un peu trop rapides qui portèrent les critiques russes de l'époque à réduire Weinberg à un "petit Shostakovich". Certes les deux compositeurs vécurent les persécutions staliniennes. Weinberg fut même enfermé quatre mois à "Lubyanka", la prison de sinistre mémoire, dont il ne sortit que grâce à la mort de Staline. L'angoisse et la mort hantent son œuvre avec la même intensité que celle de Shostakovich. S'y ajoutent encore la mémoire de sa famille, victime du pogrom de Kishinev puis tuée par les Allemands dès l'invasion de la Pologne en 1939. Shostakovich le persuada de venir vivre à Moscou en 1943, où il resta jusqu'à la fin de sa vie. En 1969, Weinberg créa avec Oistrakh la Sonate op.134 de Shostakovich, une œuvre dans la lignée émotionnelle de la Quatorzième Symphonie, troublante et déchirée par cette "peur de la mort" que Shostakovich décrivait à Solomon Volkov comme ironiquement essentielle aux plus grandes œuvres, à condition qu'elle n'altère jamais notre lucidité. Elle habite les partitions de Weinberg comme une ombre discrète et imperturbable, puissante mais retenue ; une compagne élégiaque telle qu'on en trouve dans les toiles symbolistes... Jascha Nemstov évoque même Messiaen. Chez Shostakovich, la mort grince et rit, caustique et absurde dès qu'elle commence à nous attendrir. Un disque intense : le violon de Kolja Blacher frémit, crie, s'esclaffe, chante, murmure avec une force rare et brûlante. Le piano de Jascha Nemstov dessine les lignes chaotiques d'un univers gigantesque qui tangue et se désarticule avec l'énergie du désespoir. Leur duo est magnifique !

(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 7 mars 2007)

 

Dmitry Shostakovich (1906-1975) : Concertos pour violon & orchestre no 1 in A minor, Op. 99 (opus 77), no 2, in C sharp minor Op. 129. Sergey Khachatryan (violon), Orchestre National de France, Kurt Masur (direction). (Naïve Classique - V 5025) Voir notre entretien avec Sergey Khachatryan.

            Technique et virtuose, lyrique et grinçant, burlesque et oppressant : tel est l'œuvre pour violon et orchestre de Dmitry Shostakovich qui destinait ses deux concertos au Roi David (Oistrakh) en 1947-48 (1er) et 1967 (2e). Avant-gardisme de la forme, lyrisme atonal des émotions, contrastes convergents de forte puissants, unions des contraires, exacerbation des sentiments, tous les ingrédients de la veine shostakovienne sont réunis pour une fête des sens et de l'esprit très particulière, catalysée par la lueur noire d'une répression diffuse et perverse. Comment expliquer la veine créatrice de Shostakovich et son ancrage dans une ère si peu propice à l'épanouissement personnel, si ce n'est par une lutte intérieure libératrice face à la terreur ? La complexité de la personnalité de Dmitry Shostakovich réside sans doute dans ce paroxysme des contraires, si brillamment évoqué dans une oeuvre truffée de références historiques, humaines et personnelles. Défendus au premier chef par David Oistrakh, ses concertos pour violons sont restés bien longtemps le répertoire privilégié de leur dédicataire, au point qu'il fut quasiment impossible d'égaler ses versions devenues au fil des ans les historiques. Quelques noms émergent pourtant : Kagan , Kogan, Sitkovetsky, Perlman chez les anciens, Mordkovitch, Mullova, Repin, Vengerov et Hahn dans la nouvelle génération, rejoints aujourd'hui par le jeune arménien Sergey Khachatryan. Bardée de prestigieux prix aux grands concours internationaux (Louis Spohr, Sibelius, Reine Elisabeth) et lancée conjointement par EMI (série Debut Recital ) et Naïve Classics, la carrière de Sergey Khachatryan s'est envolée depuis son premier prix au CMIREB. Il y avait joué en finale le 1er concerto pour violon de Shostakovich, l'un de ses grands favoris avec le Khachaturian enregistré avec Emmanuel Krivin. C'est dire si Sergey Khachaturian était attendu au disque dans ces partitions qui lui permettent du même coup de commémorer l'oeuvre de l'un de ses compositeurs favoris ! L'associer à l'Orchestre National de France dirigé par Kurt Masur rajoute simplement encore du sel à cette entreprise... déconcertante ! Techniquement hors norme, musicalement imparable, Sergey Khachaturian peaufine un son rond, plein de résonances et de mystères qui convient parfaitement au double langage d'un Shostakovich servi ici avec maestria. On sent dès les premières mesures que le violon souffre dans une longue plainte dont il tente de s'extirper. L'abîme est proche, le doute pointe et le violon devient le seul moyen d'exprimer la rage intérieure d'un sentiment d'impuissance et d'incrédulité. Certes les blessures de l'âme restent très propres dans le jeu de Khachatryan mais les intentions véhiculent une fluidité oppressante techniquement redoutable. Le Nocturne Moderato du premier mouvement, longue lamentation oppressive, dresse le constat d'un climat précaire qui mènera peu à peu au grotesque d'un Scherzo virevoltant et instable, avant la tragique Passacaille d'un troisième mouvement éprouvant mais libérateur d'émotions vives et incandescentes, proche d'un cérémonial funèbre truffé de réminiscences. Vient enfin la libération du Burlesque avec un quatrième mouvement révolté, explosif de tensions omniprésentes chez un Shostakovich que l'on sent ici compris et intégré. Khachatryan et Masur sont les fervents défenseurs d'une âme tourmentée dans deux concertos bien ancrés dans l'histoire du 20e siècle qui ne retient bien souvent du compositeur que sa complexité et sa violence intérieure alors que sa musique met en évidence la révolte d'un écorché par le biais d'une écriture soit satirique ou parfois formelle, proche du peuple ou au service d'un régime hypocrite et oppressif. Cette nouvelle perception de l'univers d'un "artiste du peuple" par l'association de Kurt Masur, Sergey Khachatryan et l'Orchestre National de France est à mettre en rapport avec celle de son créateur initial, David Oistrakh, qui fut sans doute plus corrosive, mordante et meurtrie, mais Oistrakh était aussi l'intervenant privilégié (et tout aussi menacé que Shostakovich) de la naissance d'une œuvre en pleine période de terreur.

(Noël Godts, Bruxelles, le 09 novembre 2006)

 

Peter Ilyich Tchaikovsky (1840-1893) : Concerto pour violon, in D, Op. 35, Sérénade mélancolique, Op. 26, Valse - Scherzo, Op. 34 & Souvenir d'un lieu cher, Op. 42 (for violin and piano). Julia Fischer (violon), Russian National Orchestra, Yakov Kreizberg (direction & piano). (Pentatone 5186 095)

            Attendue dans le concerto de Tchaikovsky depuis son brillant premier album consacré aux Russes Khachaturian, Prokofiev et Glazunov, Julia Fischer vient compléter sa lecture du répertoire traditionnel avec une page incontournable pour les virtuoses du violon épris de romantisme, soucieux de manifester leur endurance et leur intelligence. Dérision d'un tel choix suremployé ? Nullement dans le cas de la jeune Julia Fischer qui ne manque pas d’assise ni de discernement dans ses choix audacieux, assumés avec brio et maturité. Energique et réfléchie dans ses tempi, elle gagne en finesse et fluidité ce que d’autres perdent en puissance, volonté et obstination. D’une aisance déconcertante, elle construit patiemment la structure de son discours musical et évolue par paliers dans la gradation de Tchaikovsky pour culminer au paroxysme d’une incantation énergique, fulgurante et bouillonnante d’intériorité. Sa lecture rassemble les éclats d'une telle musique dans une poésie à fleur de peau que bien souvent les violonistes négligent au profit d’une puissance lyrique démesurée. Julia Fischer ne se perd pas en démonstration mais esquisse avec distinction, prestance et robustesse une sensibilité multiple et diaphane. Une fois encore sa complicité avec Yakov Kreizberg et le Russian National Orchestra galvanise sa verve impétueuse. C’est semble-t-il l’apanage d’artistes incommensurables mais c’est aussi ce que l’on pressentait déjà lors de la publication de leur premier album. Ce nouveau programme entièrement dévoué à Tchaikovsky, avec en complément la Sérénade mélancolique (Op. 26), la Valse – Scherzo (Op. 34) et le Souvenir d’un lieu cher (Op. 42) sous l’accompagnement pianistique du chef, illustre une affinité de cœur et d’esprit qu’il sera sans doute difficile d’égaler dans un futur proche.

(Noël Godts, Bruxelles, le 10 novembre 2006)

 

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concertos pour violon no 1, in B flat, K. 207, no 2, in D, K. 211, no 5, in A, K. 219. Julia Fischer (violon), Netherlands Chamber Orchestra, Yakov Kreizberg (direction). (Pentatone 5186 094)

            Suite et fin de l’aventure mozartienne de la jeune violoniste allemande Julia Fischer pour cette année 2006. Nul doute que sa vision de l’œuvre concertante pour violon du Viennois aura marqué les esprits en cette année de festivités. Fougue, finesse et caractère, intelligence et subtilité : la critique est unanime. Epaulée par son fidèle complice des débuts, Yakov Kreizberg, elle reconstruit un univers classico-romantique chez Mozart avec une palette de sonorités généreuses, des inflexions rigoureuses sans austérité. Légèreté et grâce se conjuguent avec maîtrise sous un archet souple et subtil. S’adonnant également au plaisir de ses propres cadences, écrites conjointement avec Yakov Kreizberg, Julia Fischer synthétise la lecture vivante et contemporaine d’un répertoire intemporel dont elle s’approprie avec élégance, panache et simplicité, l’âme, l’esprit et la sincérité. Soutenue par les membres du Netherlands Chamber Orchestra, qu’elle galvanise par son inspiration et son énergie, elle mène le tempo avec détermination et tempérament. Gageons que 2006 sera aussi l’année Julia Fischer

(Noël Godts, Bruxelles, le 9 novembre 2006)

     

Sonatas : César Franck (1822-1890) : Sonate pour violon & piano en la majeur, Eugène Ysaÿe (1856-1931) Sonates pour violon seul, Op. 27 - cinquième sonate en sol majeur & sixième sonate en mi majeur, Rafaël d'Haëne (1943*) : Sonata per violino e pianoforte. Yossif Ivanov (violon), Daniel Blumenthal (piano). (Ambroisie - AMB102) Lire notre interview !

            Premier album pour le jeune violoniste Yossif Ivanov, deuxième lauréat du CMIREB 2005 ! Accompagné au piano par Daniel Blumenthal, il propose un voyage initiatique de trois siècles à travers la forme sonate représentée ici par César Franck, Eugène Ysaÿe et Raphaël d’Haëne. L’idée est séduisante car elle permet d’esquisser l’évolution de la pensée et de la construction du genre depuis le courant romantique jusqu’à nos jours au gré des influences les plus diverses dont l’école belge est un des grands représentants. Débutant leur programme par la seule et unique sonate pour violon laissée par César Franck, Yossif Ivanov et Daniel Blumenthal en décortiquent les aspérités, les contrastes et les élans romantiques afin d’en synthétiser avec puissance et distinction la fougue, le caractère et l’élégance. Dédié à Eugène Ysaÿe, ce fleuron du XIXe siècle trouve en Yossif Ivanov une nouvelle jeunesse, rythmée par la candeur, l’inspiration et la spontanéité d’une lecture tonique et respectueuse, lyrique et aboutie. Les deux sonates pour violon seul extraites de l’opus 27 d'Eugène Ysaÿe participent de la même énergie, vibrante, investie et captivante. Seul avec son violon, Yossif Ivanov construit les sonorités de sa toile avec patience et détermination, lumière et rugosité. Modernité du propos, rigueur technique et assimilation des anciens (Bach et Bartok ne sont pas loin) sont les gages d’une compréhension précoce et prometteuse. Rafaël d’Haëne vient terminer ce programme avec sa Sonata per violino e pianoforte, composée pour Philippe et Yossif Ivanov en 2003. Condensé de lyrisme entrecoupé d’éléments dissonants, ici vecteurs unificateurs de modernisme, la sonate de Rafaël d’Haëne s’inscrit dans la continuité de la structure classique en quatre mouvements et offre de lointaines réminiscences aux univers des Enesco, Bartok, Shostakovich et Dutilleux (ancien professeur de composition de Rafaël d’Haëne à l’Ecole Normale de Musique de Paris). Daniel Blumenthal et Yossif Ivanov en donnent une lecture âpre et condensée dans laquelle les tensions et les brisures rythmiques sont les leitmotivs d’une musicalité introspective et litanique. Nul doute que cette sonate s’inscrira dans le répertoire des modernes…du XXIe siècle !

(Noël Godts, Bruxelles, le 18 juin 2006)

 

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concertos pour violon 1-3 (K. 207, 211 & 216). Fabio Biondi (violon & direction),  Ensemble Europa Galante. (Virgin Classics - 0946 3 44706 2 9)

            En ligne dans l’œuvre concertante pour violon de Mozart, fort prisée en 2006, Fabio Biondi allie la légèreté du style galant à la française à la virtuosité frondeuse de l’Italie. Il souligne la part du clavecin (pianoforte), qui est l’assise de la basse continue, et rappelle les couleurs chères au concerto grosso tel que l’envisageaient Locatelli, Corelli, Geminiani ou Tartini, inspirateurs du traité de violon de Léopold Mozart, père du génie précoce. Avant-gardiste dans les formes, Wolfgang compose ses cinq concertos pour violon à 19 ans au cours de la seule année 1775, probablement destinés au violoniste Antonio Brunetti ou  pour son propre usage. Fabio Biondi et son ensemble Europa Galante en proposent une vision ciselée et évanescente à l’italienne, proche des accents vivaldiens qu’ils affectionnent : coups d’archets nets et puissants mais trop hachés, sans rondeurs, plénitude ni respirations (Allegro & Rondo du K. 216). On n’y trouve  ni la fantaisie ni le fantasque de Mozart, et Biondi y perd sa nonchalance et sa décontraction habituelles. Sa retenue étonne face à l’extravagance qu’il déploie dans d’autres répertoires. La comparaison de son Mozart avec celles de Fischer, Midori, Mutter ou Manze devrait bientôt animer un nouveau débat ! D‘autant que l’année Mozart est loin d’être terminée…

(Noël Godts, Bruxelles, le 8 mai 2006)

 

Maurice Ravel (1875-1937) : Tzigane, Rhapsodie de concert pour violon et orchestre (1924) : transcriptions pour violon et orchestre à cordes de David Walter / Ernest Chausson (1855-1899) : Poème pour violon et orchestre op.24 (1896) ; Concert pour piano, violon et quatuor à cordes op.21 (1891). Augustin Dumay (violon & direction), Jean-Philippe Collard (piano), Orchestre Royal de Chambre de Wallonie. (Cascavelle VEL 3082)

           Le raffinement et l'élégance du violon d'Augustin Dumay s'emparent avec solennité de trois œuvres exceptionnelles de Ravel et Chausson dans leur version épurée pour orchestre à cordes. Le violoniste, à la tête de l'Orchestre Royal de Wallonie, se joue des défis du Tzigane de Ravel, que le compositeur décrivait lui-même à Bartok comme "un petit morceau d'une difficulté diabolique [qui ferait] revivre la Hongrie de [ses] rêves". On y trouve en effet un dramatisme virtuose où s'épanchent librement (et sans réelle préoccupation d'authenticité originelle) des chants tziganes, expressifs et envoûtants. Dumay en visite les arcanes avec une aisance et une articulation limpides, majestueuses. Un rien de componction peut-être se retrouve dans sa vision du Poème de Chausson, inspiré du Chant de l'Amour triomphant de Tourgueniev, mais qu'anime le lyrisme tourmenté du compositeur, doloriste et expressif. L'extrême finesse de Dumay, soucieux d'une transparence sensible et vibrante, se réchauffe au piano sensuel, contrasté et chaleureux de Jean-Philippe Collard dans le Concert pour piano, violon et quatuor à cordes de Chausson, pièce originale de musique de chambre, d'une profonde et intime densité. Rigueur et gravité, belle et digne luminosité baignent sans affectation néanmoins leur interprétation parfois frémissante et toujours majestueuse. Avec une emphase retenue, tendue, libérée soudain avec fougue s'affrontent angoisse sombre et clarté aveuglante, très noblement.

(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 6 avril 2006)

 

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concertos pour violon 3-5 (K. 216, 218 & 219). Andrew Manze (violon & direction),  The English Concert. (Harmonia Mundi - HMU 807385)

            Andrew Manze rejoint les festivités mozartiennes avec un projet intégral de son œuvre  concertante pour violon, y incluant ses propres cadences. Ce premier volume consacre les pièces de la maturité du violoniste Mozart âgé de 19 ans en 1775, année pendant laquelle il composa les Concertos 3 (K. 216), 4 (K. 218) et 5 (K. 219). Andrew Manze en traduit la dimension concertante dans laquelle le soliste incarnerait le chanteur d'opéra. Spontané et généreux, il véhicule les particules élémentaires de l’unisson mozartien qu’il restitue ici avec esprit et finesse, sans la moindre précipitation. Mozart n’aurait sans aucun doute pas réfuté ses tempi, ni trop rapides ni trop lents , mais indéniablement sereins. Les partitions mozartiennes, d'une simplicité trompeuse, cachent bien des pièges pour celui qui voudrait se mettre en valeur au détriment de la partition. Bien au contraire, Andrew Manze peaufine avec les membres du English Concert une lecture audacieuse, incisive et néanmoins respectueuse des derniers concertos du prodige. Ayant consulté leurs fac-similés autographes et leurs très nombreuses cadences existantes, il synthétise une vision moderne de Mozart avec  inventivité, minutie et humilité. Ses cadences manifestent un langage inspiré qui est la continuité moderne d'un Mozart plus que jamais intemporel malgré les 250 ans qui nous séparent de lui ! Vivement le second volume…

(Noël Godts, Bruxelles, le 30 janvier 2006) 

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