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                  " (...) l'interprétation n'est qu'une forme de pratique musicale, elle est pour l'homme-artiste une des nombreuses possibilités d'exprimer son humanité." ( Kurt Weill, cité dans Kurt Weill de Berlin à Broadway, de Pascal Huynh, éd. Plume, 1993 )

 

'O felice morire' : Arie & Madrigali, Florence, 1600. Giovanni Girolamo Kapsberger, Andrea Falconieri, Sigismondo d'India, Girolamo Dalla Casa, Stefano Landi, Biagio Marini, Giulio Caccini, Giovanni Puliaschi, Claudio Monteverdi. Ensemble Phoenix Munich (Domen Marincic, viole de gambe / Reinhild Waldek, harpe / Axel Wolf, théorbe, luth, tiorbino, guitare) dir. Joel Frederiksen (basse profonde colorature, archiluth). (Harmonia Mundi HMC 901999) Coups de coeur !

"Alors j'irai en chantant, empli d'un autre ravissement. Oh, bonheur de mourir." Voici la dernière strophe de Pietà di chi si more, de Giovanni Girolamo Kapsberger, dont le vers ultime donne son titre au second album solo de Joel Frederiksen chez Harmonia Mundi. Cependant, même si mourir est aller éternellement en chantant, nous préférons garder vivant le plus longtemps possible la basse profonde américaine... et continuer à l'écouter encore ici-bas ! Fidèle à la théâtralité chaleureuse et sans artifices des interprétations du Chevalier des Elfes, Joel Frederiksen rend hommage au style récitatif des derniers jours de la Renaissance, épris d'ornementation expressive et légère, sans afféterie. Giulio Caccini (1550-1618), qui théorisa la Nuove musiche de son époque, en fut l'un des plus ardents défenseurs. Il encouragea le buon canto, un chant juste et émouvant qui se garde d'étaler ses effets et cherche avant tout à exprimer pleinement les passions de l'âme. Les compositeurs qui précédèrent le Baroque, comme Caccini, Kapsberger ou Puliaschi, étaient à la fois compositeurs et interprètes, chanteurs et instrumentistes. Frederiksen perpétue leur tradition en s'accompagnant à l'archiluth, mi luth et mi harpe, et en dirigeant son ensemble, le Phoenix Munich. Cet album empreint de douceur et d'émotions vives embrase et console, voyage poétique et lumineux sur une ténébreuse et troublante carte du Tendre.

 

(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 3 octobre 2008)

 

Et pour mémoire :

"The Elfin Knight", Ballads and Dances. Ensemble Phoenix Munich (Timothy Leigh Evans, ténor, percussions / Domen Marincic, viole de gambe / Sven Schwannenberger, contre-ténor, flûte, flûte à bec, théorbe, luth / Sascha Gotowtschikow, percussion / Helmut Weigl, colachon, théorbe),  dir. Joel Frederiksen (basse et luth). (HMC 901983).Voir le site personnel de Fredericksen : http://www.joelfrederiksen.com

Pour son premier album solo chez Harmonia Mundi, un envoûtant voyage dans la Renaissance anglaise et son implantation dans les Appalaches, la basse américaine Joel Frederiksen enregistre avec sa propre formation, l'Ensemble Phoenix Munich créé à Munich où il réside actuellement. Nous connaissions sa voix chaude et profonde depuis ses apparitions remarquées parmi des groupes de musique ancienne tels que le Huelgas-Ensemble, le Freiburger Barockorchester ou encore le Hassler Consort. La précision de son travail s'accomplit dans l'intensité de ses interprétations, simples, directes et émouvantes. Le Chevalier des Elfes est né d'une ballade tirée du recueil de Francis J. Child, The English and Scottish Popular Ballads, qui raconte les tâches impensables que s'imposent les amants, forts d'un amour qui rend possible ce qu'on croyait irréalisable. Frederiksen nous conte la passion et la tendresse des chevaliers que la guerre et les combats ne peuvent ébranler. Il confie alors prendre plaisir à "raconter des histoires par le chant". Cependant, n'oublions pas le travail musicologique, les recherches poussées dans les manuscrits et les bibliothèques, ainsi que la rigueur des arrangements musicaux qui en permettent la beauté et la fluidité. Autre corde au luth de Joel Frederiksen ! L'équilibre et la vitalité de l'Ensemble Phoenix Munich révèle des musiciens sensibles, parfaitement à l'écoute les uns des autres, ainsi qu'un ténor doux et puissant, Timothy Leigh Evans, dont la voix pleine et légère se mêle harmonieusement à celle, troublante, de Frederiksen. Une suite de moments magiques...

 

(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 22 janvier 2008)

 

 

    Franz Schubert (1797-1828). Sensucht : Lieder, vol.1. (D.526 / 700 / 926 / 933 / 938 / 541 / 360 / 536 / 636 / 638 / 113 / 794 / 583 / 295 / 716) Matthias Goerne (baryton), Elisabeth Leonskaja (piano). (Harmonia Mundi HMC 901988)

Premier volume de la Matthias Goerne Schubert Edition chez Harmonia Mundi, où le baryton allemand sera accompagné de pianistes toujours différents, Sensucht s'inscrit d'emblée sous le signe extrêmement romantique de la solitude et la nostalgie, auprès de la pianiste géorgienne Elisabeth Leonskaja. Son toucher, étrangement sombre et étincelant, résonne avec une tendre gravité auprès de la voix puissante, caressante et légère de Matthias Goerne, aux couleurs chaudes et nuancées. Nous connaissions l'aisance du baryton dans le lied romantique, recréateur émouvant du Winterreise et du Schwanengesang de Schubert ; nous retrouvons ici son intelligence et son intuition des nuances : à travers sa voix chante le sens comme au rythme du piano de Leonskaja celui-ci se met en mouvement, inquiétant et troublant. L'amour, le voyage, le désir, l'espérance... autant de thèmes chers aux poètes qui inspirèrent Schubert. Mayrhofer, qui fut son ami et partagea un temps sa chambre d'étudiant, signe ici la plupart des lieder, aux côtés de Leitner, Schiller et Goethe. Mais à travers ces textes qui interrogent la condition humaine et ses limites, c'est la voix du chanteur qui transcende l'émotion et en libère l'essence, au-delà des frontières du sens. Il est passionnant de confronter le rôle de la voix au XIXe siècle à celui qu'on lui accorde dans la musique de notre XXIe siècle, souvent pulvérisée, déchirée, soumise au silence ou à la matérialité du langage physique, corporel, cri ou borborygme. Matthias Goerne nous invite à nous abandonner de nouveau à l'apaisement consolateur du lied qui, exprimant avec gravité les angoisses humaines, à la fois plainte et sens, exorcise pour un temps, avec maîtrise, leur emprise.

 

(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 30 mai 2008)

 

 

    Measha Brueggergosman (soprano) : Surprise. Airs de William Bolcom (*1938) : Cabaret Songs (poèmes d'Arnold Weinstein), Arnold Schönberg (1874-1951) : Brettl-Lieder (Cabaret Songs), Érik Satie (1866-1925). William Bolcom (piano), BBC Symphony Orchestra dir. David Robertson. (DG 477 6589)

Un dynamisme hors pair, une voix ample, généreuse, étincelante, une expressivité riche et radieuse, un indéniable talent de comédienne : Measha Brueggergosman entre chez Deutsche Grammophon par la porte du cabaret et en explose les limites avec un bagout phénoménal ! Voilà un album qui n'usurpe pas son titre. Surprise ! chanson de William Bolcom ouvre la fête sensuelle et délurée des airs de cabarets choisis par la truculente Canadienne. Bolcom au piano la guide de ses propres "instantanés d'histoires", comme la soprano le souligne elle-même, au Berlin un peu louche d'Arnold Schönberg jusqu'au Paris fantasque d'Érik Satie. Measha Brueggergosman est aussi à l'aise en allemand qu'en anglais et en français (sa langue natale, qu'elle défend comme il se doit au Canada !), puisqu'elle est allée étudier le lied en Allemagne avec Edith Wiens. Pourquoi pas un premier album consacré à l'opéra, lui a-t-on demandé aussitôt ? La chanteuse refuse de brûler les étapes et plutôt que d'interpréter des extraits incomplets d'œuvres immenses et impressionnantes, elle préfère déployer ses ailes dans des morceaux plus courts mais tout aussi exigeants, où la voix et le sens de la comédie placent la barre haut et clair. Le défi est brillamment relevé, avec une rayonnante fraîcheur, énergisante !

 

(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 16 mai 2008)

 

Venetian Composers in Guatemala and Bolivia : Baldassare Galuppi (1706-1785), Giacomo Facco (1670-1757), Antonio Gaetano Pampani (1705 ?-1775). Roberta Pozzer (soprano), Sylva Pozzer (soprano), Vincenzo Di Donato (ténor), Albalonga dir. Anibal E. Cetrangalo. (Arts 47722-8)

Deuxième album de la série "Musiciens italiens des archives ibériques" après un premier volume consacré aux compositeurs des Pouilles, celui-ci est l'aboutissement d'un précieux travail d'archiviste à la bibliothèque de la Cathédrale du Guatemala, qui permet l'enregistrement de créations au disque d'arias écrites par les compositeurs vénitiens Galuppi, Facco et Pampani. Chacun de ces airs à l'origine lyriques, extraits d'opéras donnés en Italie, ont été adaptés pour la liturgie après, pour la plupart, avoir été traduits en espagnol. Du moins pour ceux de Galuppi et Pampani, Facco écrivant directement en espagnol. Les tourments et la souffrance des airs d'Adriano in Siria ou d'Olimpiade de Galuppi, se prêtent tout à fait au sens tragique des recommandations à la Vierge, invoquée comme guide spirituel lors des offices religieux. Moins convenu et peut-être plus émouvant, le style de Facco manifeste quelques libertés quant à la structure de l'aria da capo et exalte davantage les caractéristiques ibériques en invoquant les rythmes et les accents du fandango. On ne peut que saluer le travail méticuleux de l'Ensemble Albalonga et son chef Anibal E.Cetrangalo, ainsi que la mesure et l'application des solistes. Pondération, équilibre et retenue caractérisent cet enregistrement propre, net et toutefois un peu monotone, sans éclat mais harmonieux.

 

(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 16 mai 2008)

 

Danielle de Niese (soprano) : Haendel Arias. Airs de Jules César, Rinaldo, Alcina, Thésée, Apollon et Daphné, Ariodante, Amadis de Gaule, Sémélé. Les Arts Florissants, dir. William Christie. (Decca 475 8746) Lire notre entretien avec Danielle de Niese.

Si vous ne connaissez pas encore la jeune soprano Danielle de Niese, cet album vous immergera dans l'univers des femmes hændéliennes qu'elle défend avec force et passion, tant pour l'intensité de leur personnalité et leur puissance dramatique que pour les exaltantes mélodies qu'Haendel leur a dédiées. C'est la Cléopâtre de Jules César, son rôle fétiche, qui l'a propulsée au sommet des plus grandes scènes internationales et nous permet aujourd'hui de la découvrir au Théâtre Royal de la Monnaie à Bruxelles. Frémissante et fougueuse, sa voix se déploie avec enthousiasme et agilité, alors que l'interprète prouve son sens de l'analyse psychologique des rôles et diversifie ses approches avec fraîcheur et vivacité. Pour ce disque promotionnel, la jeune femme a choisi ses prestations en fonction de son actualité scénique, afin de ne pas dérouter son public et pour défendre ses goûts musicaux les plus affirmés. Mais si vous l'interrogez encore, elle vous confiera : "Je mourrais de joie sur place si je pouvais chanter la Manon de Massenet" ! A bon entendeur...

 

(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 1er février 2008)

 

Philippe Jaroussky (contre-ténor) : Carestini, L'Histoire d'un castrat (1700-1760). Airs de Porpora, Capelli, Haendel, Leo, Hasse, Gluck et Graun. Le Concert d'Astrée, dir. Emmanuelle Haïm. (Virgin Classics 5099951054427) Lire notre entretien avec Philippe Jaroussky.

"Qui n'a jamais entendu chanter Carestini ignore ce qu'est l'absolue perfection du chant." - Johann Adolf Hasse -

Philippe Jaroussky ose plonger dans une de ses obsessions vocales les plus séduisantes* en dédiant un album entier à Giovanni Carestini, cadet de vingt ans de Senesino et plus âgé de quatre ans que Farinelli. Castré avant la puberté tant sa voix recélait de fabuleuses promesses, Carestini connut un inaltérable succès jusque deux ans avant sa mort. Tous les témoignages de l'époque donnent à penser combien son chant reposait davantage sur l'intensité expressive et la pureté de la voix que sur une acrobatique virtuosité. Ce qui suscitait la jalousie de Farinelli, si spectaculaire et adulé du public comme des mêmes compositeurs de l'époque. Les interprétations poignantes et très intensément senties de Philippe Jaroussky situent effectivement son art bien davantage du côté de celui de Carestini que de Farinelli, puisqu'il privilégie l'émotion sans pour autant manquer de maîtrise ni d'une précision aiguë. Un des grands intérêts de l'album est aussi de faire entendre des inédits sur les cinquante ans de carrière du castrat italien et de comprendre, au fil des airs, l'évolution d'une voix soprano puissante vers un brûlant contralto. Flamme et chaleur habitent la prestation de Philippe Jaroussky qui confirme son talent et son intelligence, portés par le dynamisme éclatant du Concert d'Astrée mené tambour battant par Emmanuelle Haïm.

 

* Voir notre entretien avec le chanteur.

 

(Isabelle Françaix, bruxelles, le 19 décembre 2007)

 

 

Roberto Alagna : Credo, airs sacrés. Titres 2 à 11 enregistrés du 2 au 6 mai 1996 avec les Choeur et orchestre du Capitole de Toulouse et les Petits Chanteurs à la Croix Potencée, dir. Michel Plasson. Titres 1, 13 à 15, enregistrés entre mai et août 2000 avec le London Symphony Orchestra. Titre 12 enregistré en juillet 2007 a cappella. (DG 480 035 3)

Roberto Alagna nous revient avec un album très médiatique animé cependant d'une désarmante conviction et qui traduit bien davantage que l'opportunité des fêtes, occasion que ne manqueront pas de le souligner quelques mauvaises langues excitées par l'événement ! Après ses récents ennuis de santé qui ont réduit ses apparitions sur scène, le chanteur a tenu à rassembler des airs sacrés gravés il y a une dizaine d'années et à y joindre à la dernière minute un Notre Père de sa propre composition, a cappella, le seul enregistré en 2007. Avec sobriété, il semble vouloir tourner une page, à la fois exprimer sa gratitude envers sa guérison et faire la paix avec les ennuis et les détracteurs. Enthousiaste et gracieusement candide, comme doté d'une jeunesse nouvelle, il reprend avec énergie le flambeau d'un ténor qu'il admirait profondément, auquel il rend sans doute un hommage indirect : Luciano Pavarotti. De l'Ave Maria initial, au Petit Papa Noël final, Roberto Alagna raconte ses émotions et les partage joyeusement, ouvertement et sans complexe !

 

(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 30 novembre 2007)

 

Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Sept romances sur des poèmes d'Alexandre Blok op.127, Les 2 Trios (Trios pour piano, violon et violoncelle N°1, op.8 / n°2 en mi mineur op.67). Evgenia Grekova (soprano), Yakov Kasman (piano), Petr Macecek (violon), Petr Prause (violoncelle). (Calliope CAL 9370)

"L'amour brûle de son visage aux ardents rayons / Au milieu du déluge des terreurs, / et sa bouche aux lèvres qui saignent parle / avec rigueur et peine d'une vérité éternelle : l'épouvante." (Gamayoun, l'oiseau prophète)

Si les Sept romances sur des poèmes d'Alexander Blok doivent être replacées dans le contexte d'une époque traumatisante pour la Russie pour que résonne dans l'histoire l'angoisse de leurs textes comme de leur musique, elles forment également une œuvre intemporelle et puissante, une mise en garde vibrante contre l'extinction de notre compassion. Les purges staliniennes ont durement frappé et après en avoir vécu les horreurs, Chostakovitch comme ses compatriotes l'ont ressentie au plus intime de leur existence, assistant avec impuissance à la chute de leurs proches. Toute cette incommensurable violence, le compositeur l'intériorise dans ce cycle d'une déchirante pureté, dépouillé à l'extrême et finalement confiant en la vie, à travers la musique. Le dernier poème, rassemblant piano, violon, violoncelle et soprano, ne s'intitule pas "Musique" ? Les Sept Romances furent créées en 1967 par Galina Vichnevskaïa, David Oïstrakh (son époux), Mstislav Rostropovich et Moisei Vainberg, Chostakovitch en convalescence après un infarctus, lui ayant confié à sa place le piano. On ne peut en écouter le bouleversant enregistrement originel chez Melodya (74321 53237 2) sans frémir, tant les interprètes vibrent d'émotion, tous vivement touchés par ce qu'ils donnent sur scène. Le présent enregistrement nous livre un travail d'interprétation extrêmement sensible et méticuleux, d'une humilité et d'une sobriété fidèles à l'exigence de Chostakovitch, mais inévitablement plus distancié. Ce qui n'en minimise pas la portée ni l'intensité : Yakov Kasman, Petr Macecek et Petr Prause rivalisent de finesse et d'acuité autour de la soprano Evgenia Grekova dont la voix jeune et pure brûle d'une ardeur étincelante. En complément, les Trios 1 et 2 nous incitent à une prenante rêverie, du lyrisme très équilibré des jeunes pages de Chostakovitch à une œuvre plus mature, douloureuse et poignante.

 

(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 30 novembre 2007)

 

Gloryland : Folk songs, Spirituals, Gospel Hymns of Hope & Glory. Anonymous 4 (Marsha Genensky, Susan Hellauer, Jacqueline Horner, Johanna Maria Rose), Maxim Vengerov (violon), Celso Albelo (ténor), Luca Pisaroni (baryton basse), Darol Anger (violon, violon baryton, mandoline octave, mandoline), Mike Marshall (guitare, mandoline, mandocello). (HMU 807400)

Colombes cherchant un lieu de repos, hirondelles qui volent haut, toutes en quête d'un absolu comme "ces verts pâturages où nous vivrons sans plus jamais mourir", les quatre voix d'Anonymous 4 nous convient à l'envol, de chansons traditionnelles en cantiques populaires, de gospel songs en chants du renouveau de la foi, dans la plus pure tradition anglo-américaine. Le violoniste classique et traditionnel, compositeur jazzy Darol Anger et le virtuose de la mandoline, de la guitare et du violon Mike Marshall ont signé tous les arrangements de cet album entraînant et solaire. On y respire l'espoir des grands espaces. Textes sacrés et profanes s'y mélangent avec naturel, et voici qu'une prière fervente nous invite à danser, en toute candeur... On y croise de belles demoiselles seules dans le désert ou de gentes et jolies dames que l'on exhorte dans un sourire à "être prudentes avec les hommes", un saint plein d'espoir qui regagne sa demeure, des pénitents en route vers "la brillante rivière", ou ce "pauvre étranger, un voyageur qui chemine dans cette vallée de larmes"... Et nous les accompagnons sans nous faire prier davantage dans leur marche infatigable qu'apaisent les douces voix d'Anonymous 4. Souvenons-nous de leur précédent opus : American Angels, Songs of Hope, Redemption and Glory. (HMU 907326) !

 

(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 21 septembre 2007)

 

Maria : Airs de Pacini, Persiani, Mendelssohn, Garcia, Bellini, Hummel, Malibran, Halévy & Rossi. Cecilia Bartoli (mezzo-soprano), Maxim Vengerov (violon), Celso Albelo (ténor), Luca Pisaroni (baryton basse), International Chamber Soloists, Orchestra la Scintilla, dir. Adam Fischer. 1 cd + 1 DVD (Decca 4759077 4)

La Bartoli défierait-t-elle la Malibran ? Les mauvaises (ou suspicieuses) langues seront déçues, car avec sa faconde, sa puissance et sa passion généreuse, Cecilia Bartoli rend un vibrant hommage à la toute première et mythique diva de l'histoire de l'opéra : l'Espagnole Maria Malibran (1808-1936). Certes, Decca ne recule pas devant une présentation des plus prestigieuses du dernier opus bartolien : mise en valeur des objets ayant appartenu à Maria et que collectionne Cecilia, dvd d'extraits musicaux avec interview de Cecilia Bartoli, photos sublimissimes de la diva... Cependant le travail de la mezzo-soprano italienne résonne d'humilité et de rigueur face au répertoire de cette artiste complète qui charma le monde, de l'Europe à l'Amérique, pendant sa trop courte vie interrompue par une chute de cheval alors qu'elle était enceinte. Cette jeune femme, résolument moderne, était une incroyable musicienne, tant interprète que compositrice ; son sens du jeu et sa compréhension des personnages surprenaient bien au-delà des conventions ; la politique l'enflammait tout autant et elle ne cachait pas son opinion quitte à bousculer l'hypocrisie sociale ; épistolière pleine d'humour, elle s'avérait également une sportive accomplie... "L'icône romantique par excellence", commente Cecilia Bartoli. Reconstituer la sonorité de l'époque est un enjeu de taille puisqu'il n'existe bien évidemment aucune trace de la voix de Maria Malibran, mais l'étude détaillée des partitions, notamment de celles de Bellini, au coeur de ce projet belcantiste, et le recours aux instruments d'époque font parti du choix parmi les plus communément admis et relevé ici avec éclat par Cecilia Bartoli. Entourée de musiciens brillants, dont Maxim Vengerov au violon, la mezzo-soprano déploie avec aisance une voix somptueuse, "sombre, veloutée et moelleuse" comme ces trois adjectifs décrivaient celle de la Malibran, sans craindre les notes les plus profondes ni les trilles les plus aériennes.

 

À partir de l’automne 2007, la Cecilia Bartoli-Music Foundation présente dans huit pays d’Europe une exposition itinérante d’objets rares, de lettres et de manuscrits musicaux du romantisme et du bel canto italiens. L’exposition est centrée sur la célèbre cantatrice Maria Malibran, dont on fêtera le deux-centième anniversaire en 2008. Un camion mobile sera donc accessible à Bruxelles les 27 / 28 / 29 & 30 septembre 2007, jusqu'à midi pour le dernier jour, ainsi que les 11 et 12 décembre 2007. Voir http://www.mariamalibran.net/fr .

 

(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 14 septembre 2007)

 

 

Ah ! mio cor : Airs de George Frideric Handel (1685-1759) extraits de Alcina / Hercules / Agrippina / Giulio Cesare in Egitto / Joshua / Ariodante / Theodora / Amadigi di Gaula / Orlando / Rinaldo. Magdalena Kozena (mezzo-soprano), Venice Baroque Orchestra, dir. Andrea Marcon. (Archiv 477 6547)

                 La première collaboration de Magdalena Kozena et Andrea Marcon qui dirige Le Venice Baroque Orchestra est totalement somptueuse et décoiffante ! Une même énergie farouche et lumineuse unit le chef, les musiciens et la mezzo-soprano tchèque qui explore chez Haendel une profondeur émotionnelle riche et intense. Le XXème siècle a redécouvert la puissance dramatique des opéras et oratorios du compositeur britannique d'origine allemande, passionné par les personnages démesurés, bouleversés par l'amour, la jalousie, la haine. Au XVIIIe siècle, les grands rôles, tant masculins que féminins, étaient dédiés aux cantatrices ou aux castrats, et il faut une palette vocale époustouflante pour suggérer la fièvre et le délire qui emballent les airs torturés de Dejanira, Alcina, Ariodante ou Orlando ! Des graves soudains et des plus rauques aux aigus effrayants, Magdalena Kozena, afin de rendre une émotion avec justesse, n'hésite pas à laisser percer l'émotion la plus poignante, avec une maîtrise, une puissance et une santé qui saisissent absolument ! Aucun excès dans le pathos pourtant, aucun cabotinage, et l'on vibre au rythme de la détresse extrême des fragments de vie qu'elle incarne avec une honnêteté et une beauté désarmantes.

 

(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 7 septembre 2007)

 

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