Sophie Watillon

une âme rêveuse s’en est allée

 

(Photo Laurent Sully Jaulmes, pour Alpha)

 

C’est avec tristesse et consternation que nous avons appris le décès prématuré de la violiste belge Sophie Watillon. Secrète, investie et profondément inspirée dans chacune de ses pérégrinations, elle avait gagné ses ailes musicales sous les auspices des plus grands dans le monde baroque. Débutant à Maastricht chez Philippe Pierlot à l’âge de 16 ans, elle poursuit sa route chez Wieland Kuijken à Bruxelles et achève son parcours à la Schola Cantorum de Bâle chez Paolo Pandolfo. Remarquée par Jordi Savall, elle intègre sans tarder ses ensembles Hesperion XXI et la Capella Reial de Catalunya, gagnant au fil de ses contributions respect, reconnaissance et admiration. Jordi Savall, Philippe Pierlot et Sophie Watillon deviennent les chaînons d’une filiation musicale désormais établie avec évidence et reconnue par tous. Elle enchaîne concerts, disques et nombreux projets en musique ancienne comme instrumentiste au sein de la plupart des ensembles baroques (Seminario Musicale, Cantus Köln, Poème Harmonique, Ricercar Consort…). On se souvient de son album solo La rêveuse,  consacré à Marin Marais (Alpha 036), qui lui valut le prix de l’Académie Charles Cros en 2002 parmi tant d’autres contributions artistiques bercées par sa douceur et l’harmonie de son inspiration musicale. Partageant ses activités entre l’enseignement et les concerts, elle était également professeur de viole de gambe à l’Ecole Supérieure de Catalogne ainsi qu’à l’Académie de musique de Woluwé Saint-Lambert. Sérénité, plénitude et générosité s’harmonisaient avec rigueur, respect et curiosité dans l’alchimie d’un jeu diaphane et incandescent. Elle avait enregistré un dernier album en octobre 2004 à l’église Franc-Warêt de Namur, consacré au compositeur anglais Christopher Simpson, qui vient d’être publié par le label Alpha en ce mois d’août 2005. La maladie a eu raison de son art, de sa force, de sa sensibilité et finalement de sa raison de vivre. Les pleurs de Mr. de Sainte Colombe ne suffiront pas à assouvir nos peines car si l’âme de Sophie Watillon résonne encore, son cœur quant à lui s’est éteint à tout jamais.

 

Noël Godts, le 4 septembre 2005

 

Un clic sur son dernier disque, paru chez Alpha :

 

 

(Editorial)