Biographie

 

ISBN 978-2-914373-20-3, Symétrie 2007

 

- 430 pages -

 

 

 

http://www.symetrie.com/fr/edition/francoise.tillard/fanny-hensel-nee-mendelssohn-bartholdy

 

Périlleux travail que d'entrer dans la logique luthérienne du XIXème siècle allemand, sa morale bourgeoise persuadée de détenir l'universelle vérité et d'y découvrir une femme au talent sacrifié... qui pourtant sut se fabriquer, sans amertume ni acrimonie, un destin musical personnel entre les sphères publiques et privées ! L'intelligence et la finesse de Françoise Tillard, pianiste, chef de chant et professeur à la Sorbonne, y parviennent remarquablement. Elle ressuscite avec précision les paradoxes d'une époque, sa créativité et ses pesantes contraintes, et remonte les branches de la famille Mendelssohn, du prestigieux ancêtre juif Moses Mendelssohn à sa descendance convertie au protestantisme, aussi progressiste que soumise aux préjugés. Dans ce cadre strict où l'éducation des quatre enfants Mendelssohn se dispensait avec exigence, Fanny, l'aînée, bénéficia de la naissance de son frère Félix pour étudier la musique à ses côtés. Si tout le monde, professeurs en tête, s'accordait à reconnaître l'extraordinaire talent de la petite fille, son histoire n'en demeura pas moins celle "d'un talent mis sous le boisseau en faveur d'un autre talent" (p70), sans que personne (pas même Fanny, ni son célèbre frère Félix) ne songeât à contester cet irrémédiable tournant.

La force de Françoise Tillard est de chercher à définir la vitalité créative de Fanny Mendelssohn et d'en comprendre l'intensité, plutôt que de déplorer cette aberration de l'histoire. Fanny n'était pas vraiment belle, petite et disgracieuse, légèrement bossue mais son immense regard, vif et pénétrant, révélait une irrésistible détermination vibrante qui pouvait, sous le poids des interdits, la conduire à la dépression. La complicité et l'attachement qu'elle partageait avec Félix, le crédit qu'il accordait à son jugement sur ses propres compositions, son intimité avec leur soeur Rebecka, son union heureuse avec le peintre Wilhelm Hensel, leur fils Sebastian qui écrivit plus tard l'histoire de la famille... ces piliers précieux et significatifs de sa vie familiale n'altéraient pas son désir d'écrire, de composer, de vivre par et pour la musique. Et de la partager. Elle organisa chez elle les Sonntagsmusik, réunissant les plus grand artistes de son époque, mais n'osa publier ses oeuvres qu'après ses quarante ans, peu de temps avant sa mort d'une attaque tout à fait imprévisible.

Si la vie de Fanny Hensel se dévore comme un roman, c'est que Françoise Tillard possède un art du récit sobre et clairvoyant : elle éclaire le passé sans le juger, passionnée par le moindre détail troublant..

(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 22 novembre 2007)

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