DVD

 

The eternal Maria Callas. (EMI 500720 9) Voir notre dossier Anniversaires !

"Qui était Maria Callas, la femme ?" interroge Carlo Maria Giulini dès les premières images du document qui tente de résumer sa vie. Car, précise-t-il, nous connaissons la diva, l'artiste, la comédienne, l'interprète... Mais la femme ?

 Ce dvd, pour celui qui de surcroît ne connaîtrait Maria Callas que de nom et ne serait un familier de l'opéra  qu'à  travers les médias,  est une passionnante introduction à l'art extrêmement sensible et exigeant de la soprano mythique.

Ceux qui l'écoutent inlassablement la retrouveront avec une grande émotion dans des extraits de ses plus belles interprétations.

Ceux qui doutent resteront difficilement stoïques après avoir suivi l'entretien qu'elle accorde à Pierre Desgraupes dans L'invitée du dimanche, en 1969. Maria Callas y évoque sans fard sa passion et son sens du devoir artistique : l'exigence est essentielle à la dignité de l'être humain, quel que soit son métier. Elle s'avoue sans concession lorsqu'elle justifie son retrait temporaire de la scène pour avoir eu le sentiment que sa voix fatiguait, même si le public n'y voyait que du feu : "Je ne peux pas tricher avec moi-même." Ces instants télévisés, très poignants, sont aussi très impressionnants : on y trouve la femme qui féconde l'artiste, sa précision, son intelligence aiguë, sa pertinente acuité et l'extrême empathie qu'elle porte à ses rôles.

(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 11 septembre 2007)

 

Franz Schubert : Sonates pour piano D958, D959 & D960- Filmé au Middle Temple, London (105') Alfred Brendel (piano).  (Philips 070 1139)

Filmé au Middle Temple de Londres en janvier 1988, Alfred Brendel, dans ce recueil des trois dernières sonates de Schubert exprime la sérénité et la ferveur dans l’un de ses répertoires de prédilection. Il signe d’ailleurs le texte qui accompagne le dvd, extrait traduit de son livre Musik beim Wort genommen, où il révèle son approche intellectuelle et charnelle d’une œuvre qu’il visite depuis bien longtemps comme celles de Mozart, Beethoven et Schumann. Curieusement, Alfred Brendel nous rappelle que si « la mort prématurée de Schubert nous a certainement privé de chefs-d’œuvre possibles », ses trois dernières sonates pour piano n’impliquent pas pour autant « un message ultime, une sorte de testament musical », même si elles furent composées dans un laps de temps très court situé entre mai et octobre 1828. Alfred Brendel constate que l’écriture de Schubert en cette année 1828 n’a rien d’un « style de vieillesse » malgré le ton solennel que l’on peut notamment percevoir dans les mouvements lents des sonates D960 ou D958. Harmonie des énergies, symbiose expressive du tissu musical dans ses formes architecturales, tout concorde à la précocité d’une maturité quasi intemporelle, telle qu’elle fut constatée chez un autre génie : Mozart. On déguste ici par l’image les caractéristiques de l’appropriation d’une œuvre par Brendel qui restitue avec concentration et naturel ce que son intellect au fil des ans a disséqué et reconstruit. Alfred Brendel joue ici avec les contrastes et les formes et les assemble dans une sorte de frénésie grandissante et progressive qu’il peaufine avec énergie et volonté, austérité et introspection. Rien dans son jeu n’est laissé au hasard et si la brisure semble trop nette, il l’investit d’une harmonie vivace et d’une résonance fugace dont la limpidité lui sert de vitrail unificateur. La sobriété des images et la précision des instants musicaux illustrent à merveille l’humilité, la concentration et les émotions intérieures que l’on sent ici à fleur de peau. Image et son se révèlent à la mesure du génie de l’interprète !

(Noël Godts, Bruxelles, le 04 septembre 2006)

 

Shostakovich contre Staline : les symphonies de guerre - Un film documentaire de 76 mn de Larry Weinstein (1997). Bonus : 70 mn d'extraits des symphonies N° 4, 5, 6, 7, 8, 9 enregistrées en 1995 par le Kirov Orchestra et le Rotterdam Philharmonic Orchestra (pour la N°7), dir. Valery Gergiev.  (Philips 074 3117)

Le réalisateur canadien, Larry Weinstein, confie avoir abordé pour la première fois dans sa carrière, un sujet extrêmement politique et affectif, ses films précédents étant presque exclusivement consacrés à l'art pour l'art. Il réussit alors un double portrait bouleversant : celui d'un tyran fou, sanguinaire et incontrôlable face à "un artiste puissant, plus puissant que tous les politiciens" (pour reprendre les mots de Valery Gergiev), dont les symphonies dépeignent avec autant de lucidité que de souffrance la terreur de son époque. Weinstein alterne de poignants documents d'archives (camps de déportés, exécutions capitales, famine lors du siège de Leningrad par les Allemands en 1941, fêtes somptueuses et bains de foule staliniens, films propagandistes, passages à l'écran de Shostakovich...) avec les interventions de ceux qui ont survécu aux purges soviétiques, musicologues russes, compositeurs et amis de Shostakovich, ainsi que sa fille, Galina. Valery Gergiev conduit le fil rouge de ce récit aux voix multiples en dirigeant les symphonies n° 4 à 9, les resituant dans leur contexte et insufflant à l'Orchestre du Kirov l'énergie de leur histoire. Et l'on entrevoit la terrible épée de Damoclès suspendue au-dessus de chacune de leur création, quand Staline réclamait l'optimisme au nom d'une vie "devenue meilleure, plus gaie" et que Shostakovich dénonçait en musique le cauchemar de la répression. La Symphonie n°7 rend-elle le dictateur heureux, lorsque jouée en plein Leningrad par un orchestre à moitié décimé, elle symbolise la souffrance du peuple russe ? Shostakovich demeure tragique en écrivant la Huitième, alors même que les Allemands ont été vaincus, soulignant l'effritement des fondations de l'existence humaine. C'est la Neuvième symphonie pourtant qui attire sur lui les foudres de Staline : sifflotant doigt d'honneur contre les fastes du tyran... Un superbe document, intelligent, subtil et lumineux qui éclaire bien des questionnements sur "l'ambivalence" de Shostakovich et nous invite à réécouter, avec vigilance, les moindres accents de sa musique pétrie, bien au delà des sarcasmes et de l'ironie qu'on y décèle, de douleur et d'aspiration à la joie.

(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 23 février 2006)

 

Joseph Haydn (1732-1809). Op. 20 N°.2 C-DUR Hob.III:32 / Op. 20 N°.5 f-moll Hob.III:35 / Op. 33  N°.3 C-DUR Hob.III:39 / Op. 42  N°.2 d-moll Hob.III:43 / Op. 54  N°.1 G-DUR Hob.III:58 / Op. 54  N°.2 C-DUR Hob.III:57 / Op. 76  N°.5 D-DUR Hob.III:79 - The Lindsays (Peter Cropper, violon / Ronald Birks, violon / Robin Ireland, alto / Bernard Gregor-Smith, violoncelle). Enregistrement au festival de musique de chambre de Kuhmo en 2004. BONUS : Introduction à chaque quatuor / Quatre pour le meilleur et pour le pire : Anatomie d'un quatuor à cordes de Reiner E. Moritz. 2004. 2 DVD. (Opus Arte 2005, OA 0920 D)

Qu'est-ce qu'un quatuor à cordes ? Qui en est à l'origine ? Comment fonctionne-t-il ? Ces deux dvds illustrent avec intelligence, humour et poésie, la passion qui innerve cet ensemble hors du commun où quatre instruments similaires joués par quatre personnalités différentes cherchent une même voix, une "intonation" vive et harmonieuse. C'est Haydn qui le premier pensa, un jour où quatre solistes (parmi lesquels on pouvait le compter) étaient réunis, à composer pour une telle formation. Avant lui, si les symphonies ou les concertos à quatre existaient déjà, la basse continue les sous-tendait encore. Le Quatuor britannique des Lindsays a concentré son attention sur Haydn, Beethoven, Bartók et Tippett, impliqué tant dans les origines de sa formation que la musique contemporaine, et inspirant bien des ensembles du monde entier. C'est justice que de lui rendre hommage au sommet de sa gloire, au moment même où les musiciens se séparent, chacun d'eux désirant se lancer dans un nouveau répertoire auprès d'interprètes différents. Les sept quatuors à cordes de Haydn figurant sur cet album, ainsi que le documentaire très vivant et didactique de Reiner E. Moritz sur l'anatomie d'un quatuor à cordes, ont été enregistrés pendant le Festival de musique de chambre de Kuhmo, au nord-est de la Finlande. La scène du Kuhmo Arts Center, vaste et claire, se prête parfaitement à l'interprétation pure et frémissante du Quatuor Lindsay. L'introduction à chaque opus offre une explication sûre et précise des particularités musicales de Haydn et des difficultés à l'interpréter. Certes, le néophyte risque d'être un peu perdu, mais s'il commence sa lecture des dvds par le documentaire de Moritz, il sera vite éclairé... et happé par la quête de cette étrange formation où s'affrontent et s'enrichissent un premier violon et trois autres solistes déterminés. "Démocratie anarchique" ou "autocratie bénigne" ? Peu importe, Peter Cropper, premier violon des Lindsays, assure : "la perfection technique mène à la stérilité. Nous voulons faire jaillir les émotions enfouies", et chaque soliste lui donne raison. Au sein des Lindsays comme ailleurs, puisque, sans perdre son fil rouge, Moritz fait également entendre et intervenir le Quatuor finlandais Jean Sibelius, le Quatuor hongrois Auer et le Quatuor belge Danel. Un régal instructif. Mais on pourra aussi écouter les yeux fermés et en continu la prenante interprétation des sept quatuors de Haydn, subtile, puissante, douce et fébrile.

(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 5 décembre 2005)

 

Leif Ove Andsnes plays Bach and Mozart. Concerto 18, K. 456 (III Allegro vivace), Concerto 5, BWV 1056 (II Largo & III Presto), Concerto 9, K. 271 "Jeunehomme" (III Rondeau : Presto), Concerto 20, K. 466 (I Allegro & II Romance). Leif Ove Andsnes (piano & direction), Norwegian Chamber Orchestra. Enregistrement live au Old Post Office building à Oslo / 2004 (EMI 0946-3-10436-9-7)

Insatiablement curieux, Leif Ove Andsnes propose un programme didactique d'extraits d'œuvres concertantes de Mozart et Bach. Commentaires, explications et interview illustrent le propos musical du pianiste norvégien qui montre ses grandes affinités avec ces deux compositeurs. Dirigeant depuis son clavier les membres du Norwegian Chamber Orchestra, il explique son besoin vital d'écoute mutuelle grâce à laquelle il peaufine un jeu net et incisif, mélancolique et rieur. Car selon Leif Ove Andsnes, toute la difficulté chez Mozart réside dans la "dualité d'émotions qui mêlent larmes et rires dans une même envolée lyrique". Considérant Mozart comme "un pur miracle malgré ses 35 ans de vie terrestre",  le pianiste norvégien met en évidence l'aspect théâtral de l'œuvre concertante du Viennois dont il dit encore que "sa beauté peut facilement devenir superficielle si l'on n'y capte pas l'humour et la tristesse qui y sont intimement mêlés". Soutenu par la jeunesse et la dynamique du Norwegian Chamber Orchestra, il insuffle vie et poésie à ces pages qu'il structure selon sa conception instantanée. Proposant des mouvements extraits des K. 456, K. 271 & K. 466, Leif Ove Andsnes justifie sa démarche par un besoin de partage cohérent, visiblement au rendez-vous de ces deux concerts car le public semble y avoir répondu avec enthousiasme, compréhension et satisfaction. Proposant les largo & presto du BWV 1056 de Bach, le "premier concerto que j'ai joué avec orchestre à l'âge de 11 ans", Leif Ove Andsnes s'amuse et instruit dans un même élan de spontanéité et de communication. Images et musiques se complètent avec une décontraction, une intelligence et une finesse inspirées par la personnalité du pianiste.

(Noël Godts, Bruxelles, le 5 décembre 2005)

 

Franz Schubert (1797-1828) : Winterreise D 911 (Voyage d'hiver). Cycle de lieder d'après les poèmes de Wilhelm Müller. Thomas Quasthoff (baryton), Daniel Barenboim (piano). 1 DVD (111 mn /  couleur, NTSC, audio  allemand / sous-titrage anglais, français, allemand, espagnol, chinois) : Winterreise (83 mn) + Bonus (répétition et interviews : 28 mn, discographies, trailers)/ Enregistrement live à la Philharmonie de Berlin / 2005 (DG 00440 073 4049) - Lire notre interview de Thomas Quasthoff datée du 10 octobre 2004 -

Il y a un an, Thomas Quasthoff nous bouleversait à la Monnaie, dans ce même Winterreise, auprès de Wolfram Rieger. Dans cet enregistrement, son interprétation s'enrichit encore d'un patient travail de maturation du texte et de ses couleurs sonores : elle s'alentit, se creuse, se distille goutte à goutte, dans une fiévreuse et patiente recherche. Quelques extraits des répétitions avec Daniel Barenboim, des bribes passionnantes d'entretien , au cœur de leur réflexion musicale, illustrent leur collaboration exigeante et créative : ensemble, ils recréent une histoire, réinventent un voyage, ouvrent un espace où le public est invité à "participer consciemment", selon le credo de Thomas Quasthoff. Pour Daniel Barenboim, le chanteur de lied doit "penser de manière créative"; quant au pianiste, il veille à susciter l'événement, la rupture, la faille dans la mélodie horizontale du chanteur. Leur entente est "fusion", et non "juxtaposition". Loin de se dessécher en vains mots dans la bouche de ces musiciens exceptionnels, cette conception d'un duo musical s'incarne pleinement sur scène. Et l'on comprend, pour ceux qui n'ont pu voir Quasthoff et Barenboim réellement sur scène, l'importance d'un tel document ; filmé en direct, avec une totale sobriété (sans doute guère plus de quatre caméras, braqués sur des plans fixes, lointains ou de plus en plus rapprochés, jusqu'au gros plan expressif), le récital n'a pas besoin d'effets de réalisation. La voix de Quasthoff, modulée jusqu'à la plus infime nuance, les paysages qu'ouvrent son regard, les mains agiles de Barenboim, son profil tendu et concentré, la qualité du silence qui lie secrètement les interprètes suffisent à ce frémissement continu qui nous agite et nous soude à l'écran sans que nous puissions un seul instant reprendre notre souffle. Pas plus que les musiciens d'ailleurs, comme le confie Barenboim qui, face à ce cycle si "compact", craint de "respirer entre chaque lieder"... Il faudrait écrire au fronton des écoles (et pas seulement des conservatoires) cette pensée vécue de Daniel Barenboim : "La musique n'est pas là pour nous faire oublier la vie, mais pour nous la faire comprendre."

(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 14 novembre 2005)

 

 

Olivier Messiaen (1908-1992) : Vingt Regards sur l'Enfant-Jésus. Roger Muraro (piano). 2 DVDs (205 mn / toutes zones, couleur, NTSC, menu français / anglais) : Vingt Regards sur l'Enfant-Jésus (119 mn) + Documentaire : Un regard sur Olivier Messiaen... avec Roger Muraro (52 mn), Quatre Regards sur... Yvonne Loriod, Par Lui tout a été fait, l'Opus 1, Le son-couleur (38 mn). / Réalisation : Stéphane Aubé / Son : Pascal Perrot, Studio Alys / Habillage graphique vidéo : Kang-Hyuk Rhee, Euteka / 2005 Accord-Universal Classics France / Aller Retour Productions - 476 719 0. (NB : www.rogermuraro.com )

"Pourquoi  ce DVD Messiaen à La Meije et Petichet ? Je voulais faire partager le privilège que j'ai eu de travailler en ces lieux avec Olivier Messiaen et Yvonne Loriod." Roger Muraro.

De fait, l'enregistrement des Vingt Regards sur l'Enfant-Jésus, dans la chapelle au cœur des montagnes où vécut Messiaen, est un bijou de finesse et d'émotion. Stéphane Aubé filme avec sobriété la prestation éclatante de Muraro : au centre de l'édifice, le piano noir Steinway baigne dans la lumière des vitraux. Les mains du pianiste, alertes et délicates, s'y reflètent comme dans une eau vive qui absorbe les couleurs : le jaune solaire, le vert des arbres que l'on devine alentour, le mauve de la chemise de Muraro... La netteté des plans, leur simplicité, leur évidence, le dépouillement et la clarté des images rejoignent pleinement cette définition que le pianiste donne, au cours de l'entretien du second dvd, de l'art de Messiaen : "économie de moyens et puissance d'évocation". Ces deux heures d'une œuvre pourtant exigeante envoûtent par leur construction rigoureuse et leur intensité mystique "aux ordonnances multicolores", comme l'avait lui-même souligné Messiaen. Tandis que vingt regards se posent sur l'Enfant de la crèche, depuis celui de Dieu à celui de la Vierge, des anges ou d'entités symboliques tels que le Silence ou l'Etoile... nous pénétrons dans l'univers du compositeur français, ses résonances, son rythme, ses couleurs, ses ruptures de ton, son goût du sacré et de la nature, sa liberté créative... Roger Muraro a été l'élève d'Yvonne Loriod dont il est toujours un des proches comme il le fut d'Olivier Messiaen. Son interprétation de la musique du compositeur disparu, son amour pour elle sont profonds et chaleureux, intelligents et subtils ; le second dvd qui présente un long entretien avec le pianiste, est une formidable introduction à l'univers de Messiaen. Muraro, qui connaît son œuvre sur le bout des doigts, en parle avec une humilité passionnée tout en dévoilant à travers de touchantes anecdotes certaines facettes de la personnalité généreuse du compositeur et de son épouse. Sous le charme de ce vibrant témoignage musical et affectif, on se répète avec bonheur que la musique, c'est d'abord cela : l'écoute humble des sons qui nous entourent et leur partage à travers nos rêves et notre personnalité.

(Isabelle Françaix, Bruxelles, le 19 octobre 2005)

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