INDISCRÉTIONS
"Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la musique sans jamais oser le demander"
Au sommaire : appoggiature - aria - chromatisme - colorature - conduit - masque - opéra - opus - ornement - trille
Appoggiature
Du latin appoggiare : "appuyer"
Considérée au XVIIIème siècle comme le plus expressif des ornements, l'appoggiature est une petite note inférieure ou supérieure à la note écrite, qui doit produire une dissonance dont l'interprétation dépend de la sensibilité du chanteur.
Aria
Une aria (un air) est une composition vocale avec accompagnement instrumental. Elle désigne les parties solos d'un opéra, un oratorio ou une cantate.
Dans un opéra, elle permet une pause lyrique au coeur du drame et laisse le personnage épancher ses sentiments ou commenter l'action, tandis que le chanteur met sa voix en valeur.
L'aria apparaît en Italie à la fin du XVIème siècle sous forme de courte mélodie strophique pour partie solo.
Au XVIIème siècle, elle s'affirme, surtout grâce à Monteverdi et Purcell, avec "basse obstinée", tout en variations mélodiques au-dessus de la répétition d'un motif de basse.
Vers 1650 jusqu'au milieu du XVIII s'impose l'aria da capo si chère, entre autres, à Haendel. "Da capo" signifiant "depuis de début", elle se présente sous la structure ABA. Un intermède instrumental sépare A de B ; la tonalité de B est plus modulante ; la reprise de A permet des variations très élaborées.
A la fin du XVIIIè, l'aria se diversifie. Mozart préfère à la "da capo" l'aria à deux parties contrastées ou la cavatine à une seule partie. Le XIXè romantique se permet de plus grandes libertés tandis que Wagner encourage la continuité musicale plutôt que la séparation entre l'action et son commentaire lyrique.
Chromatisme
Du grec khrôma, "couleur, ton musical"
En écriture musicale, le chromatisme correspond à l'utilisation de notes qui n'appartiennent pas à la gamme diatonique de base d'un morceau, celle-ci se divisant en gamme majeure : do ré mi fa sol la si (do) et gamme mineure : la si do ré mi fa sol (la). Le son chromatique s'obtient en élevant ou abaissant d'un demi-ton une note de la gamme diatonique de base. On passe ainsi par exemple, du sol au sol dièse dans la gamme de do majeur.
Le chromatisme apparaît surtout avec le "système tempéré" (très populaire pendant la période baroque, 1600-1750) où les demi-tons d'une gamme sont tous égaux : on les note en dièse, bécarre et bémol. Il donne plus de couleur à la mélodie et permet de moduler, c'est-à-dire de passer d'une tonalité* à une autre.
On trouve l'origine du chromatisme dans la musique grecque puis dans les notes altérées du chant grégorien et des polyphonies médiévales. Il enrichit considérablement l'écriture des Baroques. Bach utilise les "notes de passage". Chez les Classiques, comme Mozart, le chromatisme ornemente l'écriture. Les Romantiques l'exploitent jusqu'au paroxysme, cherchant des harmonies riches et expressives éclatantes qui déforcent peu à peu le sentiment de tonalité. Au XXème siècle, le dodécaphonisme prend pour base les 12 sons de la gamme chromatique tempérée, sous l'impulsion de Schönberg, entre 1908 et 1923.
tonalité* : La tonalité organise un certain nombre de sons de hauteurs différentes autour d'une note appelée tonique. C'est la gamme, majeure ou mineure, qui définit la tonalité. Le chromatisme l'élargit.
Colorature
La soprano colorature est la plus haute de toutes les voix. Son timbre est pur, léger, cristallin, aérien. "Colorature" peut également s'employer comme adjectif pour désigner un moment musical qui atteint ces qualités.
Conduit
Ce mot fut employé en premier lieu croit-on par Gautier de Coincy (1177-1236) qui fut prieur de l'Abbaye de Vic-Sur-Aisne et naquit près de Soissons, entre Champagne et Picardie. Il nomma "conduits" les chants dont le rythme clair permettait à toute une procession de marcher du même pas.
Masque
Nous devrions écrire "mask", puisqu'il s'agit d'un genre théâtral anglais très en vogue au XVIè et XVIIè siècles. La poésie, la musique, la danse et le luxe de la mise en scène exigeaient des costumes, une machinerie et des décors ruineux ! On peut y voir le pendant du ballet de cour français cher à Lully. Mais nous sommes ici au coeur de somptueux spectacles baroques d'intrigue allégorique ou symbolique. Haendel s'y est lui-même risqué plus tard avec brio et grand succès en 1718 en revenant au mythe d'Acis et Galatée.
Opéra
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La famille du respectable opus étend ses vastes branches sur tout ce qui ressemble, de près comme de loin, à une oeuvre, voire un ouvrage. L'opéra revendique la ramée la plus prestigieuse de cet arbre généalogique de travailleurs et d'actifs, tous de bonne composition. Celui-ci est né en Italie, vers 1600. Du moins... c'est là qu'il a trouvé son nom. On pense en effet, sans trop de certitudes, que les Grecs de l'Antiquité aimaient les chœurs et composaient des oeuvres destinées à les mettre en valeur. Mais, c'est chez Giovanni de'Bardi, comte de Vernio, éminent Florentin, écrivain, compositeur et... mécène que se rassemble la Camerata Fiorentina, gratin artistique ambitieux de réformer la musique. On y récite la tragédie grecque sous l'impulsion de Vincenzo Galilei (le père du fameux Galilée), on s'y extasie sur la monodie.
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Lorsque Giovanni de'Bardi quitte Florence, en 1592, Jacopo Corsi assure la relève. C'est chez lui que balbutie le style représentatif où se trouve tout à l'honneur le récitatif, "déclamation chantée" du Dafne de Peri et Rinuccini. Le 6 octobre 1600, les chroniqueurs du mariage par procuration de Henri IV et Marie de Médicis au Palais Pitti à Florence, annoncent la représentation du "premier opéra de l'histoire de la musique" : Euridice, de Jacopo Peri, sur un livret d'Ottavio Renuccini ! La musique se soumet aux nécessités de l'expression dramatique.
Monteverdi avait-il assisté à l'événement ? Personne n'est en mesure de l'affirmer, preuve à l'appui. Mais le voici qui, se rapprochant du style florentin, en repousse les limites : le 24 février 1607, l'Orfeo, favola in musica (fable en musique) crée au Palais ducal l'idée du drame en musique. Son Arianna connaît l'année suivante un succès monumental ! Que dire du Retour d'Ulysse dans sa patrie, en 1641 ou du Couronnement de Poppée en 1642 qui donne à l'opéra vénitien des dimensions réellement novatrices : après avoir exploré la mythologie, il entre tout de go dans le récit historique !
Entre-temps, Rome dès 1620, avec Stefano Landi et Luigi Rossi, institutionnalise l'aria, c'est-à-dire l'air où s'exprime avec brio l'émotion d'un personnage tandis que le récitatif se cantonne à faire progresser l'action. Cette déclamation notée et chantée se rapproche des inflexions de la voix parlée tandis que l'aria s'envole, solo vocal, sur les ailes de la mélodie.
A Venise, Pier Francesco Cavalli et Antonio Cesti marchent sur les traces de Monteverdi. On appelle le premier à Paris pour son Xerxès en 1660 et le second à Vienne pour La Pomme d'Or, en 1668.
Et L'Italie va conquérir l'Europe !
L'opéra français n'a pourtant rien à voir avec son cousin italien : il s'éloigne du livret et lorgne vers la pièce de théâtre, plus tragédie lyrique, prosodique et récitative que guillerette mélodie libre des contraintes rythmiques de la déclamation. Tournez-vous vers Lully : voilà le dictateur musical sous Louis XIV ! A sa mort, on se dégourdit les oreilles et les yeux avec les actes primesautiers et plutôt décousus de l'opéra-ballet, genre hybride de l'Europe galante d'André Campra en 1697.
En Angleterre, le premier vrai opéra anglais n'arrive que tardivement, car on aime les Italiens. Purcell conquiert son royaume, consacrant l'intensité dramatique des arias, avec Didon et Enée en 1689. Quant à l'Allemagne, elle se laisse séduire par l'Italie sans réagir trop promptement...
Et l'opéra s'habille, élargit sa panoplie, s'ouvre à la diversité :
- Opera Seria, opéra sérieux napolitain, sous l'impulsion du très novateur Alessandro Scarlatti au début du XVIIIème siècle ! Ingrédients : une intrigue de préférence mythologique ou historique, 3 actes précédés d'une sinfonia, ouverture instrumentale, des dialogues baptisés techniquement recitativo secco ou parlando, des arias et impérativement : aucun chœur. L'aria da capo, air à reprise, souligne la virtuosité des interprètes (et vive le bel canto !) tandis que l'orchestre sort de sa maigre fonction accompagnatrice pour jouer dans l'action un véritable rôle dramatique. Au XIXème, Rossini, Bellini, Donizetti, Verdi porteront aux nues ces brillants débuts. Pour l'heure, hormis en France, où veille Jean Philippe Rameau, défenseur de la musique contre le texte, l'Europe se pâme ! En Angleterre, un Allemand fou de l'Italie composera 36 opéras sérieux : Haendel consacre le genre. Hasse n'en crée pas moins de 56, entre deux allers et retours d'Allemagne en Italie.
- Opera Buffa, opéra bouffe qui fait concurrence à l'opéra sérieux sur son propre territoire ! Il a grandi à partir des entractes de l'opera seria : d'intermèdes bouffons issus de la commedia dell'arte, il se taille une place à part entière. Ingrédients : l'aria, indétrônable; le récit , incontournable, se veut burlesque, cherche le comique; des registres de voix étranges, comme la basse; des mélodies populaires. Nous citerons Durante, Pasquini, Galuppi et surtout Pergolèse et sa Servante maîtresse en 1733. Jean-Jacques Rousseau, en France, prend parti pour lui contre Rameau. L'opéra-comique français est né ! En Allemagne, Haydn compose sur des livrets de Goldoni.
Où se situent Gluck et Mozart parmi ces catégories ? Le premier, originaire de Bohême, est connu pour avoir débarrassé Paris vers 1750 du "lullo-ramisme," entendez par là le syndrome de la sclérose des adeptes dépassés de Lully et de Rameau. Mozart éclate les restrictions de genre, gravité, légèreté et désespoir. Sa musique peut casser son texte, son texte contredire sa musique ! Il bouleverse les idées reçues et coiffe au poteau la suprématie italienne.
- Opéra romantique, et irruption de l'univers symphonique sur scène ! Beethoven n'en compose qu'un mais ce sera celui-là, le précurseur : en 1805, Fidelio apparaît auréolé d'idéalisme. Carl Maria von Weber et son Freischütz suivent dès 1821. L'Allemagne tire la couverture à elle. Tout cela sent fortement Wagner, les épopées du Nord et l'idée grandiose de "mélodie infinie" qui ne scinde plus l'aria du récitatif : texte et musique sont indissociables et vivent l'un de l'autre ! Berlioz, en France, n'est pas de cet avis : tout est dans la musique ! La Russie fin de siècle n'est pas en reste : Glinka partageait les vues de Weber; voici Borodine, Moussorgski, Rimski-Korsakov, Tchaïkovski ! En Bohême-Moravie s'imposent Smetana et Dvorak...
- Opéra vériste. Nous sommes au XXème siècle et l'on dit du Carmen de Bizet que c'était le premier, ni mythologique, ni mélodrame romantique. Nous irons lorgner, du côté de l'Italie chez Mascagni, Leoncavallo et surtout Puccini.
Dès lors, il est de plus en plus difficile d'établir des distinctions : de grandes personnalités s'approprient le genre lyrique, le déforment, le stimulent, le renouvellent, l'investissent de leur ferveur créatrice. Parlera-t-on, dans la tradition anti-romantique, d'opéras "de chambre", Strauss, Stravinski, Milhaud, Shostakovitch... Évoquera-t-on le théâtre musical de Kurt Weill ? Les "opéras-oratorios"de Honegger et Schoenberg ?... Notre but n'étant pas de retracer l'histoire entière de l'opéra mais d'en élucider quelques mystères, à vous de dessiner les routes de vos propres explorations. Nous vous invitons, en outre, à nous accompagner quelquefois dans nos évasions récréatives ! ( récréation )
Sources :
Encyclopédie Universalis 1998, Jean-Vincent Richard, L'opéra de Péri à Puccini; Harry Halbreich, Histoire de l'opéra de Pelléas à nos jours.
Histoire de la musique occidentale, Jean et Brigitte Massin, Fayard, 1983.
Monsieur Bluff et... l'opéra, Peter Gammond, Ed. Anne Carrière Paris, 1997.
Opus
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Loin de renâcler à l'ouvrage, l'opus fait honneur à ses origines latines : opus, operis, opéra, oeuvre, travail, activité... ho hisse ! Il classe, il identifie, il s'immisce et hop! il prend sa place, ornée d'un précis numéro, pour désigner sans confusion un morceau de musique dans l'œuvre d'un compositeur. Beethoven, Symphonie en Ré mineur op. 125. L'abréviation ne lui fait pas peur. Pourtant, il prend parfois de grands airs :" Nommez-moi B.W.V., s'il vous plaît, quand je suis chez Monsieur Bach. "Bach-Werke-Verzeichnis" pour les profanes, comme l'a décidé un jour celui qui classifia l'œuvre entière du Cantor de Leipzig, Herr Schmeider, bitte." "Chez Mozart, appelez-moi tout simplement Koechel : ce digne archiviste répertoria le travail du Viennois ébouriffé. Ne vous limitez pas à l'initiale. "K.", non : c'est d'un vulgaire..." On écrit "K.", on dit Koechel, sans oublier le numéro. "Demandez "D.", alias Deutsch, si désirez Monsieur Schubert. Et "R.V." tout simplement pour le Rivoli de Vivaldi." "Qui sont-ils tous, ces grands inconnus ? Ne posez plus la question : contentez-vous de savoir qu'ils jouent les médiateurs indispensables à notre sens de la boussole." Avouez quand même qu'on en perdrait son latin ! Cet opus consciencieux, qui se suffit à lui-même sans emprunter son nom à personne, adore pavoiser. C'est un méticuleux comptable déguisé en perturbateur, à moins qu'on ne le reconnaisse... et tout rentre dans l'ordre.
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Ornement
L'ornement est une surimpression au discours musical premier, qui permet au musicien de donner vie à ce qu'il interprète. Il ajoute des variations à la phrase musicale de base, censées l'embellir. On l'appelait autrefois "agrément". Son origine remonte à celle de la musique vocale !
Voir trille et appoggiature.
Trille
Le trille ou cadence, tremblement, est la répétition d'une note écrite avec la note immédiatement supérieure. On le découpe en trois moments : 1) appui (ou appogiature) sur la note supérieure 2) battement 3) liaison (anticipation de la note suivante).
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