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GIUSEPPE VERDI
10 octobre 1813 - 27 janvier 1901
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La Voix de L'Italie |
(Texte et illustration Isabelle Françaix)
PROLOGUE : Les premiers pas d'un provincial
Les premiers mots de l'histoire de Giuseppe Verdi s'écrivent dans la plaine du Pô, aux Roncole, un hameau situé près de Busseto, qui, au cœur de l'Italie, dans le duché de Parme, fait alors partie de l'Empire français. Près d'un siècle plus tard, le fils de l'aubergiste de campagne Carlo Verdi et de la filandière Luigia, est resté fidèle à ses origines et s'est installé près de son lieu de naissance, dans son domaine de Sant'Agata qu'il aime entretenir et diriger. Le musicien s'est toujours affirmé "paysan", même si ses parents ne travaillaient pas la terre, et n'a jamais vécu bien loin de sa région natale. Cette fidélité à ses racines s'accompagne d'un total dédain des mondanités, parfois jugé un peu frustre, surtout lorsqu'il sert un caractère vif et entier, peu roué aux politesses d'usage. Les interprètes de ses opéras se souviendront longtemps de ses remarques tranchantes, de sa rude intransigeance et de ses coups de colère tempétueux poussés par la rigueur et le désir de perfection. Il amène ses troupes à se surpasser sans craindre de les éreinter ni se ménager lui-même. Aussi, à 80 ans, il garde l'œil vif, le port altier et l'inventivité redoutable ! N'est-ce pas l'image de ce vénérable vieillard qui nous vient directement à l'esprit dès que retentit le nom de Verdi ?
On sait que depuis sa naissance, il n'est pas de nature facile : enfant de chœur à 7ans, il maudit le prêtre qui, pour une inattention pendant le service, l'a envoyé d'un coup de pied, rouler au bas des marches de l'autel ! Pourtant, c'est bien à l'église, en tenant à 12 ans l'orgue des Roncole, qu'il fait son apprentissage musical; il gagne même 36 lires par an pour assister l'organiste du village, lui servir de copiste et remanier à l'occasion ses partitions. Après que son père lui ait offert une épinette désaccordée, l'organiste l'a pris en charge, ainsi que le directeur de musique de Busseto, Ferdinando Provesi. Antonio Barezzi, riche marchand de liqueur et directeur des Filarmonici, l'orchestre de Busseto, devient son protecteur, lui ouvre sa porte et lui prête un bon piano-forte à queue. A 16 ans, le jeune Verdi n'écrit-il pas une Messe pour grand orchestre à 4 voix... aux accents plutôt belliniens que religieux ! Souvent taxé d'anticléricalisme, le compositeur a pourtant débuté sur les bancs de l'église, même si sa musique sacrée lorgnait déjà vers la dramaturgie lyrique.
Malgré ses dons évidents de composition, le Conservatoire de Milan le refuse en 1832 pour "technique pianistique défectueuse". Dépité, il serait prêt à renoncer si Barezzi ne le convainquait de suivre les cours de Vincenzo Lavigna. Ce professeur, qui appartient à ce même Conservatoire qui vient de refouler Verdi, lui fait découvrir Mozart et Haydn. Puisque les grandes institutions lui ferment leurs portes, il se consacre à la musique en artisan autodidacte ; de toute façon, la théorie lui parle bien moins que la pratique. En 1833, il retourne à Busseto, épouse la belle Margherita Barezzi dont il se languissait et, succédant à Antonio Barezzi, devenu son beau-père, dirige la Société Philharmonique. En 1838, un mois après la naissance de leur fils, Giuseppe et sa femme perdent leur fille. Le couple quitte Busseto pour tenter d'oublier ce malheur soudain ; Verdi veut se perdre dans le travail : il a écrit un opéra et se bat pour le faire jouer à Milan. En 1839, il frappe à la porte de Giuseppina Strepponi, prima donna assoluta, et lui joue passionnément son oeuvre : Oberto, Comte de San Bonifacio. Elle est si enthousiaste qu'elle soutient son travail auprès du directeur de la Scala : Merelli lui ouvre ses portes ! Rossini, Donizetti, Bellini avaient connu d'obscurs débuts. A 26 ans, Verdi est lancé par le plus grand théâtre d'Italie ! Quatorze représentations lui font un succès très honorable ; le public apprécie ce jeune musicien dont les idées dramatiques s'affirment déjà : Oberto, le père vengeur de Leonora, est tué dans le duel qui l'oppose au séducteur Riccardo. Sentiments filiaux, honneur bafoué, vengeance, sort implacable, Verdi pose ses premiers jalons. Merelli est si satisfait qu'il lui offre un contrat pour écrire trois opéras. Le suivant, en 1840, doit être un opéra bouffe. Cependant, le fils de Verdi meurt dans l'année, suivi de Margherita, sa femme, atteinte d'encéphalite. Si le compositeur, malgré sa douleur, respecte ses engagements auprès de la Scala, Roi d'un jour (Un Giorno di Regno) qui devrait faire rire, s'avère un fiasco et ne tient qu'une seule représentation. Certains y verront l'antithèse de Verdi, dont la spécificité s'épanouit dans la tragédie ; le compositeur leur fera un superbe pied de nez en écrivant Falstaff à la fin de sa vie. Pour l'heure, après une période d'abattement, il se laisse séduire par l'intrigue d'un livret d'Otto Nicolaï qui raconte l'épopée des Hébreux captifs à Babylone et la conversion de Nabuchodonosor à la foi juive. Ce sont quelques vers de l'Acte III qui le remettent ardemment au travail et pour lesquels il écrira un chœur mémorable : "Va pensiero...", "Va, pensée, sur tes ailes dorées ; / Va, pose-toi sur les coteaux et les collines / D'où s'exhale, tiède et humide, / Le doux air du sol natal." Verdi ne craint pas d'adopter un langage lyrique populaire et violent ; déjà, il franchit les limites du Bel Canto au profit de l'expressivité. Le peuple juif surgit dans les chœurs comme un personnage épique d'une puissance farouche : les Italiens se projettent à travers eux. Ne sont-ils pas les opprimés de l'occupation autrichienne en Italie du Nord ? Ils bissent le chant de la liberté. Nabucco est un triomphe retentissant : 57 représentations entre août et novembre 1842.
ACTE II : Triomphe du pessimiste passionné
ACTE III : La retraite, le retour et la farce