Richard Wagner

(1813-1883)

Signalons que nous présenterons ici quelques dates et repères destinés à servir de guide dans l'existence mouvementée de Richard Wagner plus qu'à, bien évidemment, établir une biographie exhaustive. Chaque titre souligné vous renverra à la présentation de l'opéra évoqué. Nous vous renvoyons pour plus de précision aux différentes rubriques de notre dossier exposées en page d'accueil ainsi qu'aux sources de notre étude.

Neuvième enfant d'un greffier de police, chez lequel on compte tout de même parmi les ancêtres, quelques cantors (tout comme du côté maternel d'ailleurs !), Richard naît à Leipzig le 22 mai 1813. Sa mère, veuve presque aussitôt, se remarie en 1814 à Ludwig Geyer, acteur, dramaturge et portraitiste dont Wagner restera persuadé qu'il était son vrai père. La famille emménage bientôt à Dresde où le jeune Richard étudie à la Kreuzschule. S'il est plutôt bon élève, et bien qu'on le destine à la peinture, il préfère écrire. Il s'attelle même à une tragédie en vers sur Héraclès d'après le modèle shakespearien ! Ses goûts le portent tout autant vers Eschyle et Sophocle tandis que, musicalement, il se passionne pour Weber jusqu'à connaître par coeur son Freischütz.

A la mort de Geyer, sa mère retourne à Leipzig, y emmenant ses enfants. Richard apprend le violon et le piano sans grande constance. Seul le cantor de l'école thomasienne parvient à contenir son jeu débridé et son caractère dissipé. Le jeune homme lit énormément et se passionne pour la Neuvième de Beethoven, qu'il transcrira pour piano à 17 ans. (A la fin de sa vie, c'est avec elle qu'il inaugurera son théâtre de Bayreuth !) C'est donc vers 1830 qu'il décide d'être musicien. Il suit, à l'Université des cours d'esthétique et de philosophie, de fugue et de contrepoint, apprend à connaître Mozart, découvre la musique française à Vienne en 1832 et, hormis quelques compositions peu représentatives, achève en 1833, en pleine effervescence romantique un opéra trop compliqué à représenter, Les Fées, fort imprégné de Beethoven et de Weber. Nommé chef d'orchestre au Théâtre Municipal de Magdebourg en 1834, il compose son deuxième opéra, La Défense d'aimer, d'après Mesure pour mesure de Shakespeare. L'oeuvre sera représentée en 1836, année où il épouse la cantatrice Minna Planner (1809-1866), qui dira plus tard de leur union qu'elle fut "une guerre de Trente ans" ! En 1837, le voici chef d'orchestre à Riga où il organiste des concerts symphoniques. En juin 1838, il rédige un grand opéra à l'italienne, Rienzi, mais sa vie mouvementée et ses dettes de jeu le forcent à fuir vers la Baltique avec sa femme et leur chien Robber. Leur terrible voyage à travers la tempête en mer du Nord où ils croiront plusieurs fois perdre la vie, inspirera la conception du Hollandais Volant (Le Vaisseau fantôme) ! Entre 1839 et 1842, ses années parisiennes se partagent entre la faim, la misère et la bohême. Il termine pourtant Rienzi (Marquée par les maîtres italiens, cette oeuvre tourne autour du symbole de l'artiste maudit enfermé dans sa tragique solitude et qui manifeste un penchant prononcé pour sa soeur.) qui sera joué à Dresde en 1842 avec un éclatant succès tandis que le Vaisseau fantôme y recevra en 1843 un accueil décevant.

C'est à la même époque qu'il rencontre Liszt et ... Bakounine. Ce qui le mènera sous les barricades en 1848, après des déclarations et des textes virulents tels que "Art et Révolution". Comme Hugo, il conçoit le drame comme la "synthèse de tous les arts". En 1845, Tannhaüser est créé à Dresde, sans succès. Il imagine lors d'une cure à Marienbad les intrigues des Maîtres Chanteurs de Nuremberg et de Lohengrin qui verra le jour à Weimar sous la baguette de Liszt en 1850, alors que Wagner ayant participé au soulèvement de 1848 a déjà fui pour la Suisse. Son exil durera 12 ans ; considéré comme agitateur dangereux, il quitte l'Allemagne sous un faux nom grâce à Liszt qui lui a procuré un faux passeport. Une preuve de plus de leur inaltérable amitié, malgré les divergences d'opinion et de comportement qui les éloigneront insensiblement plus tard... C'est en Suisse qu'il commencera sérieusement l'Anneau des Nibelungen se liera au chef d'orchestre Hans von Bülow,  et s'éprendra passionnément de la femme de son ami Mathilde Wesendonck. Une histoire d'amour complexe, intense et vouée dans le contexte réel où ils évoluent, à la séparation. Sans doute Mathilde lui sert-elle de tremplin artistique, lui inspirant les cinq Wesendonck Lieder dont elle a écrit les textes, superbe préfiguration de Tristan et Isolde. Grâce à elle encore, il obtient le soutien de son riche mari, mécène et protecteur qui lui loue pour un loyer dérisoire une maison près de la leur. Richard Wagner la nommera l'Asile. La tête, chez Wagner, n'est jamais loin du coeur : l'amitié du mari le sert, sa passion pour Mathilde l'inspire, à moins qu'il n'ait besoin d'exalter sa vie à la lumière de son oeuvre...  Notons encore que son interprétation des écrits de Schopenhauer inspirent grandement ce qu'il nomme "sa vision pessimiste" du drame. Tristan et Isolde meurent d'amour. Mathilde et lui n'ont plus d'avenir. Sans doute la jalousie de Minna et la lassitude d'Otto Wesendonck n'en sont-elles pas les seules raisons.

En 1860, Wagner supervise Tannhaüser à Paris, le modifiant à la fois pour conquérir son public et préciser sa vision de l'âme humaine. Son succès est plus que mitigé, Baudelaire et Gounod étant parmi les rares à l'encenser ! Submergé de dettes, il est tiré d'affaires par Louis II de Bavière à la cour duquel il retrouve Cosima, la fille de Liszt et l'épouse de Hans von Bülow. Les intrigues de Wagner, l'existence dissipée du Roi, la liaison du compositeur avec Cosima irritent la Cour. Hans et elle divorceront en 1866. Wagner devra fuir pour la Suisse où elle le rejoindra. Les Maîtres Chanteurs, sur lesquels il a continué à travailler verront le jour à Munich en 1868. En 1869 naît Siegfried de son union avec Cosima qu'il épouse en 1870. La mort de Minna a rendu possible ce second mariage. Parallèlement, il travaille dur sur l'Anneau des Nibelungen et parvient à réaliser son rêve d'un opéra qui révèlerait la "synthèse de tous les arts" (vers laquelle le portent ses nombreux écrits théoriques*) en obtenant sur un prêt de Louis II le théâtre de Bayreuth en 1872. Notons à ce sujet, en 1926, cette réflexion du biographe Guy de Pourtalès (La vie de Franz Lizst, éd. Gallimard, - dédicace p14) : " A Bayreuth, tout est amour. Les villes de cette hérédité sont rares. Assise, Florence, Tolède, Avila furent bâties par des saints, des artistes ou des femmes passionnées. Pour ceux-là même qui ne les connaissent que par les livres, ce sont des pierres inspirantes. Bayreuth, toute versaillaise au temps des margraves, et "rococo-baroque" comme il convient à une ville allemande qui eut son XVIIIè, est la dernière en date de ces Mecques. Elle serait aussi morte qu'Aix ou Bruges s'il n'y était venu un jour trois desservants du Saint-Graal de la poésie, Liszt, Wagner et Cosima." En 1874, L'Anneau est achevé et donné à Bayreuth en 1876 (colossal ouvrage de... 16 heures !). L'adulation qui suivra cette première éloignera le philosophe Friedrich Nietzsche (devenu l'un de ses proches amis en 1868) du compositeur, tandis que Parsifal , drame solennel sacré, achèvera de les séparer en 1882. La jeune Judith Gautier n'était certes pas étrangère à l'écriture de cet ultime poème : le compositeur et l'écrivain avaient besoin de s'enflammer encore, malgré Cosima, pour une jeune et belle amoureuse. Le personnage sauvage et émouvant de Kundry (et les lettres de Wagner !) en témoignent assez précisément.

Wagner mourra à Venise d'une crise cardiaque, un an après Parsifal. Et Cosima lui survivra activement plus de quarante ans, avec une énergie décuplée pour exalter son oeuvre.

* Ecrits théoriques principaux de Richard Wagner : Le Virtuose et l'Artiste, Une visite à Beethoven (1840), L'Art et la Révolution (juillet 1849), L'Oeuvre d'art de l'avenir (novembre 1849), Opéra et Drame ( janvier 1851). Notons que juste avant sa mort, il travaillait sur un essai : Le Féminin dans l'Humain. Il n'eut que le temps de tracer les mots "Amour. Tragique." avant de mourir...

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