ELSA, l'innocence parjure

Illustration / Isabelle Françaix

 

"Voyez ! Elle approche, celle que l'on accuse durement !

"Ah ! Comme elle paraît lumineuse et pure ! "*

La douce et jeune Elsa est accusée publiquement d'avoir tué son frère ; elle refuse de se défendre mais certifie avoir rêvé d'un chevalier qui viendrait la défendre et serait le champion de son innocence. Triste et confiante, elle passe de l'absence songeuse à la transfiguration exaltée, de la joie enfantine à la gravité la plus sombre. C'est une enfant prête à se donner à son sauveur, son héros dont elle accepte aveuglément toutes les conditions, sans réfléchir :

" En toi je dois disparaître, / devant toi je m'efface, / pour que je sois heureuse, / prends tout ce que je suis ! "

Médium et inconsciente de l'être, elle accueille un esprit envoyé de Dieu. Lohengrin lui impose de ne jamais lui demander son nom ni son origine. Il exige sa confiance la plus totale sans pouvoir lui donner la sienne, prisonnier des lois secrètes du Graal. La pureté, la fidélité et l'abnégation féminines se confondent en une forme de mysticisme amoureux. Le bonheur dépend du dévouement de la femme et de la force sereine du héros pourtant lointain, inatteignable, à jamais mystérieux.

Les lois de l'amour wagnérien sont implacables : sans le sacrifice d'une femme et son renoncement, aucune issue n'est possible... hormis la séparation des amants et la mort. On entre en amour comme en religion, ou peut-être idéalement en création artistique... L'erreur y est inexorablement punie et le Dieu de Wagner se montre peu miséricordieux.

Lorsque Elsa trahit sa promesse et désire, pour être plus proche encore de son époux, connaître son identité, elle déclenche la fureur du Graal. Lohengrin est rappelé auprès du Saint Calice tandis qu'elle s'effondre sans vie.

(* Les citations en italiques sont tirées du livret de Lohengrin)

Retour aux héroïnes

Retour à l'intro

Retour à l'édito