Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg

Art poétique et générosité du coeur : les vertus de l'Amour

" Mon enfant / de Tristan et d'Isolde / je connais une triste histoire : / Hans Sachs a été avisé et n'a pas voulu / du bonheur du roi Marke. / Je devais trouver l'homme qu'il te faut, / Sinon j'aurais foncé sur ce genre de bonheur." (Hans Sachs à Eva, Acte III, Scène 1, livret p340)

" Mon ami, c'est là la tâche du poète / fixer et interpréter les rêves. / Croyez-moi, l'illusion la plus vraie de l'homme / lui est dispensée dans ses rêves : /tout art poétique n'est rien d'autre / qu'interprétation véridique du rêve." (Hans Sachs à Walther, Acte III, Scène 1, livret p292)

"Hans Sachs est le héros résigné dans lequel Wagner s'est dépeint. Il est la paix du coeur dans le renoncement." (Guy de Pourtalès, Wagner, histoire d'un artiste, Gallimard, 1932 -p273)

 

Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg de Richard Wagner (1813-1883). Solistes : José van Dam (Hans Sachs), Alan Opie (Sixtus Beckmesser), René Pape (Veit Pogner), Albert Dohmen (Fritz Kothner), Roberto Sacca (Kunz Vogelgesang), Gary Martin (Konrd Nachtigall), John Horton Murray (Balthasar Zorn), Richard Byrne (Ulrich Eisslinger), Steven Tharp (Augustin Moser), Kevin Deas (Hermann Ortel), Stephen Morscheck (Hans Schwartz), Kelly Anderson (Hans Foltz + un veilleur de nuit), Ben Heppner (Walther von Stolzing), Herbert Lippert (David), Karita Mattila (Eva), Iris Vermillion (Magdalena), Chicago Symphony Chorus (Hommes et femmes de toutes les guildes, compagnons, apprentis, jeunes filles et gens), Chicago Symphony Orchestra, dir. Sir Georg Solti. Enregistrement de 1997 remasterisé. 4CDs. (Decca 470 800-2)

Il s'agit bien ici de la seule comédie lyrique de Richard Wagner si l'on excepte une oeuvre de jeunesse peu connue, La Défense d'aimer. Ni Dieux, ni mythes ne hantent la cité médiévale de Nuremberg au XVIè siècle, mais de petits bourgeois, élite des artisans de la ville, y célèbrent l'art poétique en y organisant chaque année un concours de chant. Cette fois, le joaillier Pogner donnera sa fille Eva au vainqueur ! Le noble chevalier Walther von Stolzing, follement épris de la belle (qui lui rend volontiers ses tendres oeillades) mais novice dans l'art poétique et peu au fait des canons classiques défendus par ses juges, bénéficiera de l'aide du sage et bon cordonnier, Hans Sachs, intéressé par les libertés créatives de Walther et attendri par l'amour sincère des jeunes gens. Hans Sachs, qui a réellement existé (1494-1576) et dont Wagner après avoir lu la biographie s'inspire pour édifier un personnage principal tout empreint de bonté et de clairvoyance, défend ici la liberté de l'art poétique ("l'inspiration géniale aux dépens du travail et du pédantisme" selon Marcel Schneider, dans Wagner, Solfèges n°17) et une conception toute vertueuse de l'amour, généreuse et magnanime. Comme le Roi Marke dans Tristan et Isolde, il renonce à celle qu'il aime afin de la rendre heureuse. La comédie n'est donc pas exempte d'un propos tout à fait sérieux, allégé par le ton optimiste et parfois goguenard de l'oeuvre tout entière, souriante et détendue. Wagner revient à une structure par numéros et un diatonisme tonal tandis que son écriture se veut contrapuntique. Le ténor Walther s'égare volontiers dans le bel canto tandis qu'Eva, loin d'Isolde ou de Brunhilde, doit être une jeune soprano lyrique. Fraîcheur de la jeunesse, sagesse de la maturité, conclusion heureuse. Les exégètes de Wagner y voient pour la plupart une antithèse ou "antidote" de Tristan et Isolde, où les mêmes thèmes apparaissent loin de leur dénouement tragique. Mais il y exalte également "l'inspiration géniale aux dépens du travail et du pédantisme"

Soulignons que l'idée de l'oeuvre germa en 1845, que le poème fut écrit entre 1861 et 1863 et la partition de 1866 à 1867. Les Maîtres Chanteurs furent créés à Munich en 1868 sous la direction de Hans von Bülow.

Eva, l'enfant femme

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