PARSIFAL

"Célébration scénique sacrée" (Wagner)

" Vers Lui, vers son salut mystique, / mon coeur souffrant aspire. /Du sombre abîme où l'âme expie, c'est Lui qu'il faut atteindre." (Amfortas , acte I, livret p103-105)

Parsifal :

"Ce nom est arabe. Les anciens trouvères ne l'ont plus compris. 'Parsi' - 'fal' signifie parsi (pensez aux parsis, adorateurs du feu), pur ; fal : dit fou (fol), dans un sens élevé, c'est-à-dire homme sans érudition, mais de génie..." (Richard Wagner, lettre à Judith Gautier, cité dans Wagner, histoire d'un artiste, de Guy de Pourtalès, Gallimard, 1932 -p400)

"Le pur et ingénu transcendant insensé" (Franz Liszt, ibid.)

 

Parsifal de Richard Wagner (1813-1883). Un festival scénique sacré en trois actes. Création le 26 juillet 1882 au théâtre du festival de Bayreuth. Solistes : Dietrich Fischer-Dieskau (Amfortas), Hans Hotter (Titurel), Gottlob Frick (Gurnemanz), René Kollo (Parsifal), Zoltan Kélémen (Klingsor), Christa Ludwig (Kundry), Robert Tear (Premier Chevalier), Herbert Lackner (Deuxième chevalier), Birgit Finnilä (Altstimme), Rotraud Hansmann (Premier écuyer), Marga Schiml (Deuxième écuyer), Heinz Zednik (Troisième écuyer), Ewald Aichberger (Quatrième écuyer), Lucia Popp, Alison Hargan, Anne Howells, Kiri Te Kanawa, Gillian Knight, Margarita Lilowa (Filles-fleurs de Klingsor), Wiener Philharmoniker, dir. Sir Georg Solti. Enregistrement de 1973 remasterisé. 4Cds (Decca 470805-2)

Dernier opéra de Wagner et seule oeuvre à avoir été expressément écrite pour Bayreuth (dont le théâtre fut inauguré en 1872), Parsifal accomplit les idéaux de l'univers wagnérien : la démarche esthétique du compositeur poète, spiritualisée à l'excès, étroitement liée à la religion, doit conduire au salut. L'amour, la sensualité, la pureté, le sacrifice, la souffrance et la rédemption s'emparent du mythe du Saint Graal ; "l'âme expie" en traversant la foi et les rites d'un christianisme "wagnérisé", autant dire "ésotérique" et "peu orthodoxe" selon les adjectifs employés par  Jean et Brigitte Massin dans leur Histoire de la Musique occidentale (Fayard, 1983 -p814).

Poussons plus loin l'analyse. La chair réconcilie l'homme à son destin : c'est à travers le message qu'elle porte inscrit en sa sauvagerie que s'affirme la foi. Parsifal, de l'arabe Parsi (chaste) et Fal (fou), (et non Parsival, comme on aurait pu s'y attendre), ce jeune homme simple et encore pubère, sera le rédempteur : il retrouvera la Lance sacrée qui a blessé le Christ au flanc et qui a marqué au même endroit Amfortas, le roi pécheur ayant succombé à l'attrait de la chair. Le pur Parsifal, affranchi d'un baiser de Kundry, la messagère des chevaliers du Graal, la sorcière esclave de Klingsor le paria qui désire posséder le Saint calice, comprend la malédiction dont lui seul peut délivrer le roi. Les lèvres de Kundry, plutôt que de l'entraîner vers la luxure, délivrent le message lucide de la connaissance du Bien et du Mal et confortent la foi de l'adolescent. En atteignant Parsifal, le baiser de Kundry se détourne de la sensualité pour devenir révélation. Le Mal s'effondre devant la conscience fervente et fidèle du "Chaste Fou". Pourtant, loin de s'extasier devant ce blasphème qui réconcilie le corps et l'âme (certes pour mieux faire renoncer celle-ci aux plaisirs de la chair...), Friedrich Nietzsche, devenu depuis 1868 un ami et fervent admirateur de Wagner, se dresse contre lui avec colère et dégoût : "Toi qui souffrais de toutes les chaînes, / Esprit sans paix, avide de liberté, / (...) Toi aussi tu t'effondres devant la croix. / Toi aussi ! Toi aussi - un vaincu !" (Nietzsche, cité dans Ibid. p814). A Bayreuth d'ailleurs est-il d'usage de ne jamais applaudir après Parsifal... Est-ce parce qu'il serait superflu de manifester son approbation après un chef-d'oeuvre hors norme (comme l'avance Albert Lavignac dans Le Voyage artistique à Bayreuth, Librairie Delagrave, 1930) ou par conscience et égard envers l'atmosphère sacrée qui en émane ? Le lent prélude qui ouvre Parsifal impose d'emblée une lecture plus spirituelle que dramatique en exposant consécutivement les thèmes de la Cène, du Graal et de la Foi, leitmotive repris et développés avec finesse tout le long de l'oeuvre.

Notons enfin que si Wagner découvrit en 1845 l'adaptation allemande du XIIIès du Graal par Wolfram von Eschenbach, ce récit le hanta presque 40 ans avant qu'il ne concrétise son projet de le mettre en musique ! Ebauché en 1857, le livret ne fut achevé qu'en 1877. C'est entre 1876 et 1882 qu'il put enfin travailler activement à sa composition.

 

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