Pensées Choisies
"La bibliographie wagnérienne est si considérable et si riche en ouvrages d'apologétique, de mystique philosophique et d'exégèse passionnée qu'on éprouve une certaine difficulté à ramener à l'échelle humaine le génial auteur de Tristan. On a soumis le récit de sa vie et l'analyse de son oeuvre à tant de rigides classifications et d'ingénieux systèmes que l'apport des commentateurs a fini par donner à la fiction le pas sur la réalité. Il y a, en effet, dans la logique d'une belle théorie solidement construite un élément de séduction plus puissant que les prosaïques données de la vérité historique. richard Wagner demeurera donc toujours le prisonnier de sa légende." (Emile Vuillermoz, Histoire de la musique, Le Livre de Poche n° 4805, Librairie Arthème Fayard 1973 - p231)
Friedrich Nietzsche (1844-1900), 40 ans après Tannhaüser et bien que les chemins du philosophe et du compositeur se soient séparés :
" Voici un musicien passé maître dans l'art de trouver des accents pour exprimer les souffrances, les oppressions et les tortures de l'âme... L'Orphée de toutes les misères intimes." (Cité dans Wagner, histoire d'un artiste, Guy de Pourtalès, Gallimard, 1932 - p137)
Arthur Schopenhauer (1788-1860), l'inspirateur, fit parvenir ce message à Wagner :
" Remerciez en mon nom votre ami Wagner de l'envoi de ses Nibelungen, mais il faut qu'il accroche sa musique à un clou : il a plus de génie pour la poésie. moi, Schopenhauer, je demeure fidèle à Rossini et à Mozart." (Ibid. p292)
Hermann Hesse (1877-1962), dans Musique, éditions José Corti, 1997.
Hermann Hesse, qui a d'abord apprécié la musique de Wagner, se montre de plus en plus dur à son égard, détestant l'homme (un "arriviste rusé") et se méfiant de sa musique : " En musique, ce que je ressens comme un déclin commence bien plus tôt, à Wagner ; et parfois même Beethoven me semble trop arbitraire (...)" (1953, p220)
A propos de la publication en 20 petits volumes des oeuvres littéraires de Wagner par les éditions Insel (en 1914) : "(...) un texte comme celui de Parsifal est assez peu digeste lorsqu'on ne l'accompagne pas en pensée de sa musique géniale. Ces oeuvres littéraires de Wagner viendront donc, comme ses opéras, inonder à nouveau le monde et émouvoir la jeunesse... Souhaitons que cela se passe dans le calme. On ne parlera pas de ces poèmes, on mentionnera en histoire de l'art ces conceptions théâtrales wagnérienne à côté de Makart ou de la Renaissance néo-allemande, et la musique de Tristan, des Maîtres-Chanteurs ou de Parsifal passera à la postérité, inoubliable dans sa beauté et sa grandeur souffrante." (p161-62)
" Pour Wagner (...), le preneur de rats, le musicien de la garde du Second et plus encore du Troisième Reich, Lu Bou We* sait exactement de quoi il retourne. Il dit : ' Plus la musique est bruyante, plus les hommes deviennent mélancoliques, plus le pays est menacé, plus bas tombe le Prince, etc.' (...)" (1934, p181-82) * Ancien Chinois.
" Que Wagner, en dépit de tout, recommence toujours à fasciner les musiciens, j'en ai force exemples ; c'est le charme ancien qu'exerce toute magie noire. Au bout de cette fascination, il y a les canons, les guerres et tout le reste de ce que Dieu a interdit. (...)" (1934, p184)
Jean-Bernard Piat , dans le Guide du mélomane averti, Livre de Poche n°8026, Librairie Générale Française 1992.
" (...) le non wagnérien ne retiendra que les aspects négatifs de la personnalité hors du commun de Wagner, qui était un épouvantable orgueilleux, égoïste, écornifleur, etc. Il citera avec indignation le mot ressassé du musicien incompris : "Le monde me doit ce dont j'ai besoin." (p191)
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