Tristan et Isolde

La mort d'amour ou "la volupté suprême"

"Dans la masse des vagues,/ dans le tonnerre des bruits, / dans le Tout respirant / par l'haleine du monde, / me noyer, / m'engloutir, / perdre conscience - / volupté suprême !" (Dernières paroles d'Isolde)

Tristan und Isolde de Richard Wagner (1813-1883). Solistes : Birgit Nilsson (Isolde), Fritz Uhl (Tristan), Regina Resnik (Brangäne), Tom Krause (Kurwenal), Arnold van Mill (Marke), Ernst Kozub (Melot), Peter Klein (un pâtre), Waldemar Kmentt (un jeune matelot), Theodor Kirschbichler (un pilote). Choeurs : Singverein der Gesellschaft der Musikfreunde (Marins, chevaliers et écuyers, suivantes d'Isolde). Orchestre : Wiener Philharmoniker dir. Sir Georg Solti. 4CDs. Enregistrement de 1960 remasterisé. (Decca 470 814-2)

" Dès les premières scènes (du troisième acte), je pris clairement conscience que j'avais déposé là (aux éditions Härtel) ce qu'il y avait de plus risqué et de plus étrange dans ce que j'avais jamais écrit. En donnant forme à la grande scène de Tristan, plus d'une fois je me demandai si je n'étais pas fou de vouloir donner une chose pareille à un éditeur. Mais je n'aurais pas voulu sacrifier un seul cri de souffrance, bien que tout cela m'infligeât à moi-même une indicible torture." (Richard Wagner, Ma vie, éd. Buchet/Chastel, Paris, 1983 - p363)

L'immense projet qui devait redéfinir le mythe de l'amour, confondant passion et sensualité, esprit et chair, sacré et profane naquit en 1854 à partir de "la vision pessimiste de Schopenhauer sur la condition humaine" (Ibid. p321). Wagner précisa alors avoir été séduit par le thème tragique plus que par l'anecdote romantique. Désireux d'en établir la synthèse, il en rédige le livret en 1857, développe la partition de 1857 à 1859 pour que l'oeuvre soit finalement créée en 1865 à Munich. L'enregistrement de Solti a lieu presque cent ans plus tard, en 1960 avec les interprètes wagnériens les plus renommés (voir notre page spéciale interprètes). Marcel Schneider, dans l'article d'Universalis 7 consacré au compositeur, parle de Tristan et Isolde comme de "l'évangile de l'amour occidental". Si ce drame poignant et désespéré réactualise l'ancienne légende celtique de la toute jeune princesse d'Irlande, de l'adolescent Tristan et du vieux Roi Marke de Cornouailles, il symbolise l'amour infini qui ne peut être satisfait que dans la mort. La "théorie courtoise de l'amour passion qui se nourrit d'absence", continue Schneider, "sera la fatalité de l'Occident". Intériorité, trouble, énergie, extase, en perpétuelles modulations détruisent peu à peu la notion de tonalité au profit de celle de chromatisme. La partition de Tristan ne laissera pas Schoenberg insensible...

 

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